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POUR UN AUDIT DE LA LIBERALISATION DU RAIL

wurtz-l-humanite-dimanche           La France entière a été légitimement traumatisée par la catastrophe ferroviaire du 12 juillet dernier en gare de Brétigny-sur-Orge. On imagine la profondeur du choc que le désastre de Saint-Jacques-de-Compostelle a infligé à l’Espagne. La Belgique, quant à elle, n’a pas oublié le déraillement du train de marchandises de Wetteren, le 4 mai dernier, qui entraina, en plus des victimes, des ravages écologiques dus à l’explosion des gaz toxiques transportés – et qui constituait…le cinquième accident ferroviaire grave en moins d’un an dans ce pays!  Il y a deux ans, c’est l’Allemagne qui eut à déplorer une collision meurtrière (10 morts et de nombreux blessés!) entre un train de voyageurs (exploité par Veolia) et un train de fret. Les statistiques ont beau nous rassurer en confirmant que le train reste le moyen de transport le plus sûr en Europe, ces accidents sont inacceptables parce qu’ils sont,de nos jours, évitables . En fait, ils révèlent dramatiquement jusqu’à quels effets extrêmes peut conduire, dans des circonstances exceptionnelles, la logique perverse de la libéralisation d’un service public aussi essentiel que le rail.

Naturellement, les pouvoirs publics s’élèvent comme un seul homme contre toute référence à un lien quelconque entre mise en concurrence, restrictions budgétaires, chasse aux « coûts », d’une part, et risques accrus sur la sécurité, de l’autre. Leurs explications hâtives et superficielles sur les causes des accidents plaident, au contraire,  pour l’organisation d’un audit public, pays par pays, associant notamment les organisations syndicales de cheminots et des représentants des usagers, sur les conséquences directes et induites de la libéralisation du rail en Europe -dont la quatrième étape, celle concernant les transports de passagers- est programmée mais encore réversible.

Qu’a-t-on entendu, en effet,sur l’origine des derniers accidents? En Espagne, tout s’expliquait au départ par l’excès de vitesse du conducteur. Cela s’appelle un mensonge par omission, puisqu’un mécanisme automatique de freinage est censé équiper toutes les lignes à grande vitesse, pour pallier , précisément, toute défaillance humaine éventuelle. La véritable question est dès lors: pourquoi ce système n’était-il pas installé sur ce tronçon , pourtant réputé pour sa dangerosité ? Cela coûte cher… Or, « le réseau ferré espagnol est connu pour sa compétitivité » (Le Figaro)

A Brétigny, l’erreur humaine ne pouvait être incriminée. Alors, on a invoqué une cause « mécanique »: une « éclisse » s’était dévissée. Certes, mais pourquoi ? La question mérite d’autant plus d’être posée que le réseau ferré français compte 5000 de ces pièces ! C’est là qu’il faut bien prendre en considération le contexte économique et social dans lequel de petites causes peuvent avoir de grands effets ! Il est reconnu que notre réseau classique est à bout de course du fait d’un sous-investissement chronique. Au rythme actuel des travaux de rénovation, l’âge moyen des voies sera, en 2025, encore bien plus élevé qu’il ne l’était en 1990 ! Parallèlement, les diminutions d’effectifs, le recours à la sous-traitance et le recrutement de personnels hors statut, ne bénéficiant souvent ni du même salaire,ni de la même formation, ni de la même culture de la sécurité ne sont pas sans effet, à la longue, sur la qualité du travail.

C’est cette vision marchande du rail -destinée à préparer l’entreprise publique à affronter les concurrents dans une implacable logique de rentabilité – qui est à l’origine de la dégradation permanente du service public ainsi que d’innombrables dysfonctionnements. Jusqu’au jour où un faisceau d’incidents conduit au pire. Il faut refuser cette « fatalité » en exigeant une évaluation sans concession de la libéralisation du rail en Europe pour en tirer toutes les conséquences qui s’imposent.

1 août 2013 at 3:46 Laisser un commentaire

QUEL PROJET EUROPEEN ? A VOS PLUMES !

wurtz-l-humanite-dimanche    Le Parti communiste français vient d’annoncer la tenue, à la mi-novembre, d’une « convention nationale » sur le thème : « Quel projet européen? « Le Parti socialiste avait fait de même à la mi-juin. « De même »?  Ces deux événements promettent, en fait, de se différencier sensiblement, tant sur le fond que dans la forme.

Au PS, l’objectif était -en vue des élections européennes de mai 2014- de produire un texte reprenant un certain nombre d’aspirations du « peuple de gauche » tout en cautionnant la politique européenne du Président de la République: un exercice difficile par les temps qui courent…La motion adoptée traduit cette contradiction fondamentale: les constats d’évidence (« L’Europe connait une crise économique et sociale d’une ampleur inédite ») ou les voeux pieux (« Les socialistes européens doivent porter un modèle de développement nouveau, porteur de croissance économique pérenne, de progrès social et respectueux de l’environnement ») y côtoient les silences assourdissants sur des transformations indispensables à un projet réellement nouveau ( Pas un mot, par exemple, sur la Banque centrale européenne !). Dès lors, aucun débat libre et public n’était possible sur ce document: la direction toléra tout juste l’intégration de quelques amendements durement négociés avec les représentants de son aile gauche. On peut légitimement douter, dans le contexte actuel, que les citoyens de gauche , y compris parmi celles et ceux qui se reconnaissent habituellement dans le Parti socialiste, se satisfassent d’un tel projet, dont les débats à venir feront apparaitre le manque de cohérence, de crédibilité et d’ambition.

D’où l’importance de l’existence d’une autre « offre » à gauche! En particulier pour ces pans entiers de la gauche de plus en plus pressés de tourner la page de l’actuelle Europe. Ce que se propose d’élaborer la Convention du PCF, c’est toute une stratégie de « refondation » de la construction européenne. Non une alternative utopique, abstraite et inaccessible. Non un nouveau « Grand soir », dangereusement illusoire. La volonté est d’aider à orienter les débats et le combat vers les ruptures concrètes à opérer progressivement avec les orientations et les structures actuelles; à populariser des propositions réellement transformatrices; à construire des rassemblements suffisamment larges -y compris en coopération avec d’autres forces progressistes européennes- pour faire bouger les rapports de force, dans les consciences comme sur le terrain, seul moyen de rendre effectivement possible le changement radical de cap auquel nous aspirons en grand nombre.

Le mode de préparation de cette convention- là est en rapport avec sa finalité. Ses organisateurs ont décidé de publier dès maintenant une liste indicative de questions que se posent nos concitoyens, militants politiques ou non, y compris les « questions qui fâchent », afin d’encourager sans attendre les confrontations d’idées . Ils ont même lancé un « Appel à contribution » pour alimenter l’échange d’opinions sur les enjeux en question. Début octobre, un projet de texte, apportant des propositions de réponses à ces questions sera mis en circulation et en débat pour préparer les assises de la mi-novembre. Voilà une démarche à saluer! Naturellement, le PCF s’adresse ainsi prioritairement à ses adhérents et sympathisants. Gageons cependant que tous les apports d’amis du Front de gauche dans son ensemble, et même de la gauche en général, seront les bienvenus.
A vos plumes!

25 juillet 2013 at 5:50 1 commentaire

UNE EUROPE AMERICAINE ?

wurtz-l-humanite-dimanche    Les révélations effarantes de l’ex-collaborateur de l’Agence américaine de sécurité nationale (NSA), Edward Snowden, au sujet du programme de surveillance d’internet,PRISM, des activités de surveillance de tous les moyens de communication à travers l’Europe et de la mise sur écoute de dirigeants et de diplomates de nombre de nations « amies » nous donnent l’occasion de nous rappeler la copieuse série de scandales de ce type -mais chaque fois plus graves- qui émaillent l’histoire récente des relations USA-Union européenne.

En 1999 (donc avant l’attentat du 11 septembre 2001, toujours invoqué pour justifier la paranoïa américaine en matière de « renseignement »), on découvre l’existence du réseau de surveillance planétaire Echelon sous l’égide , déjà, de la NSA. Plus exactement, on apprend alors que ce système, mis en place aux temps de la guerre froide pour espionner « l’ennemi commun de l’Occident », a été, par la suite, réaffecté à la surveillance …des Alliés! Le Parlement européen (PE) se saisit de l’affaire, enquête, consulte, mais les (timides) conclusions de son rapport publié en…mai 2001 disparaissent, quatre mois après, dans les ruines du World Trade Center.

En 2004, l’UE négocie avec Washington un accord au terme duquel les données personnelles des passagers (appelées PNR) à destination des Etats-Unis ou prévoyant de survoler leur territoire seront transmises aux autorités américaines. Le problème est qu’ outre -Atlantique, la législation est notoirement moins protectrice que dans l’UE pour les données personnelles. Qu’à cela ne tienne: la Commission assure que le niveau de protection obtenu des Américains est « adéquat ». Aussitôt saisie par le PE, la Cour européenne de Justice annulera cet accord -fait rare- en 2006 ! Un accord , un peu plus protecteur, sera conclu en 2007 pour sept ans.

En 2006, nouveau scandale: on apprend, stupéfaits, que les Etats-Unis disposent depuis cinq ans des données bancaires des citoyens européens, dans le cadre de leurs enquêtes internationales sur le financement du terrorisme. Là encore, le PE adopte , en 2007, une directive acceptant cette pratique mais visant à l’ « encadrer ». Il tente d’améliorer le texte en 2010, mais, de l’aveu même du Contrôleur européen des données, Peter Hustinx, « Cet accord permet de transmettre (au Trésor américain) beaucoup plus d’informations que nécessaire »!

Le double point commun à toutes ces affaires est l’affirmation sans scrupule de la suprématie américaine et la confirmation sans vergogne de la soumission européenne.  » Susan Rice, la conseillère à la sécurité du Président Obama, vient tout juste de rappeler au monde que son pays est « le plus puissant, le plus influent, le plus important, la plus grande économie, la plus grande puissance militaire » sans oublier ses « valeurs », of course ! Alors,pourquoi se gêner? D’autant que, en Europe, ne manquent ni les « chevaux de Troy » qui s’assument -Grande-Bretagne (ouvertement co-organisatrice du système d’espionnage!); Autriche;  pays d’Europe de l’Est…- ni les « indignés » d’un jour qui finissent toujours par s’aligner (suivez mon regard…) Même l’Allemagne ne s’est pas offusquée plus que cela d’être classée par la NSA « partenaire de troisième zone » ni d’apprendre que sa Chancelière était sur écoute ! Il est vrai que la Stratégie européenne de sécurité stipule depuis 2003 que : « En agissant ensemble, les Etats-Unis et l’Union européenne peuvent représenter une formidable force au service du bien dans le monde. « Ben voyons!

11 juillet 2013 at 7:19 Laisser un commentaire

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