Posts filed under ‘Francis Wurtz’

SOUS NOS YEUX, L’ORDRE MONDIAL EN PLEINE MUTATION 

« Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres » : qui n’a à l’esprit, face au désordre mondial en cours, la fameuse citation de Gramsci ? 

L’indicible sauvagerie de l’armée israélienne d’occupation à Gaza n’exprime-t-elle pas la rage d’un pouvoir sur-puissant, et bénéficiant du « soutien indéfectible » de l’Occident, devant son incapacité à soumettre un peuple du Sud, comme jadis le pouvoir nord-américain au Vietnam ? 

 L’agression terriblement meurtrière de l’armée russe contre l’Ukraine n’est-elle pas, pour sa part, l’expression de la nostalgie d’une puissance passée, elle-même nourrie par les humiliations infligées au peuple russe par des Occidentaux trop sûrs d’eux après la chute de l’URSS ? 

Quant à l’effarante croisade réactionnaire trumpienne pour « rendre sa grandeur à l’Amérique », n’étale-t-elle pas au grand jour le refus radical de reconnaître que, si les Etats-Unis conservent d’énormes moyens de domination, l’ère de la suprématie mondiale de l’ex-« hyper puissance » n’est plus ?

Face à ce « vieux monde (qui) se meurt », comment qualifier les grands pays émergents, tels ceux réunis lors du récent Sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) ? À l’évidence, en considérant le profil de certains participants, ils ne représentent pas, à ce stade, le « nouveau monde ». En revanche, le fait que des représentants de la moitié de l’humanité -par delà leurs divergences et parfois leurs conflits- organisent leurs coopérations hors des circuits dominés par les puissances occidentales, mais en présence du Secrétaire général des Nations unies, illustre la grande mutation de l’ordre mondial à l’œuvre sous nos yeux. 

Dans ce contexte, que font les dirigeants de l’Union européenne, censée œuvrer à la paix ? Trois de leurs choix stratégiques me paraissent hautement contestables. Le premier fut la décision de répliquer à l’agression russe contre l’Ukraine par les armes alors qu’existait en novembre  2022 « une solution politique, où, politiquement, les Russes se retirent » comme le plaidait alors…le Général Mark Milley, Chef d’Etat-Major des armées des Etats-Unis lui-même ! Depuis lors, l’escalade se poursuit sans aucune perspective.

Cette impasse dramatique alimente une deuxième série de choix funestes. D’abord, celui d’une folle course aux armements. Ensuite, le choix humiliant -« quoiqu’il en coûte »- de tenter d’amadouer Donald Trump afin qu’il consente à continuer d’assurer la défense de l’Europe. Enfin, loin de préparer l’avenir en ouvrant un dialogue approfondi et constructif avec les pays du « Sud global » -sans éluder les divergences mais en en traitant en partenaires-, l’Union européenne se raidit. Le statut officiel de la Chine est désormais celui de « rival systémique ». Tout est dit. 

Contribuer à sortir par le haut et au plus vite de ce « clair-obscur » pour ouvrir la voie au « nouveau monde » : telle est la responsabilité historique qui doit rapprocher les forces de progrès du Sud et du Nord dans leur grande diversité. L’avenir leur appartient.

11 septembre 2025 at 12:45 1 commentaire

      10 ÉVÉNEMENTS DE CET ÉTÉ A SUIVRE AVEC ATTENTION

     

Le fait d’assister impuissant, jour après jour, à un génocide de plus en plus avéré à Gaza et à la poursuite impitoyable de la guerre en Ukraine pèse sur notre capacité à apprécier à leur juste valeur d’autres événements significatifs de cet été dont les développements sont pourtant à suivre avec attention.

Tout d’abord, des accords de paix ont mis fin à plusieurs conflits : entre la RDC (Congo) et le Rwanda; l’Arménie et l’Azerbaïdjan; la Thaïlande et le Cambodge, l’Inde et le Pakistan…Certes, la situation y reste souvent fragile et la médiation américaine, là où elle s’est réellement exercée, laisse des traces délétères. La vigilance s’impose donc, mais le progrès est sensible.

Par ailleurs, le fait que les présidents des deux principales puissances nucléaires se parlent est en soi une bonne chose, même s’il ne leur appartient pas de décider de l’avenir de l’Ukraine.

Un autre événement de portée considérable est le rapprochement spectaculaire entre la Chine et l’Inde, qui, tout comme le Brésil de Lula, ont tenu tête à l’autocrate de la Maison Blanche. C’est une défaite politique majeure pour Washington et un gage de coopération et de paix au cœur du Sud global. 

A l’inverse, la soumission de Madame Von der Leyen à Trump dans l’affaire des taxes douanières et les flagorneries des dirigeants européens à l’égard de leur « papa » (dixit le secrétaire général de l’OTAN !) ont humilié l’Europe dans le monde et risquent de coûter très cher aux Européens.

A suivre également la voie ouverte par le dirigeant kurde Öcalan vers le désarmement du PKK au profit de la lutte politique pour la pleine reconnaissance des droits de son peuple. Significatif est également le mandat d’arrêt émis par le Tribunal pénal international à l’encontre du chef suprême des talibans pour « persécution » des femmes afghanes.

Concernant l’Ukraine, faut-il taire plusieurs faits entachant l’image de Volodimyr Zelensky, comme la tentative avortée de mettre fin à l’indépendance de deux organisations de lutte contre la corruption, ou l’arrestation en Italie du responsable présumé de l’attentat perpétré en 2022 contre le gazoduc Northstream , qui s’avère être le chef d’un commando ukrainien , ou encore le lancement par l’armée ukrainienne d’un drone sur la centrale nucléaire de la ville russe de Koursk ? Je ne le pense pas : la solidarité légitime avec le peuple ukrainien agressé ne doit pas se traduire par un renoncement à l’esprit critique à l’égard de ses dirigeants. Pas de justice sans vérité.

Dans un tout autre domaine : quiconque voit dans la lutte pour le climat l’une des priorités de notre époque ne peut que se réjouir de la décision de la Cour Internationale de Justice (23/7/2025) de considérer la violation des obligations climatiques comme un « fait internationalement illicite » engageant la responsabilité des États.

Enfin, on appréciera hautement les différentes formes de sursaut humaniste qui se manifestent face aux vents mauvais qui balaient le monde : depuis ces figures du Parti social-démocrate allemand qui ont lancé un manifeste pour s’opposer au surarmement et « arrêter la course insensée à la guerre »,  jusqu’aux désormais innombrables initiatives de solidarité avec le peuple palestinien, y compris de la part de personnalités israéliennes de référence. Leur dignité nourrit notre espoir.

4 septembre 2025 at 4:23 Laisser un commentaire

Course à l’armement et sécurité commune européenne : « Il faut construire des  »accords d’Helsinki » de notre époque »

Francis Wurtz Député européen PCF honoraire

L’image qui me vient à l’esprit est celle de deux bolides lancés sur une route l’un vers l’autre à pleine vitesse et qui accélèrent toujours plus, chacun se persuadant que l’autre cédera au dernier moment et qu’il triomphera. C’est ainsi que se préparent les catastrophes. Il faut en revenir à l’esprit d’Helsinki.

Certes, le monde d’aujourd’hui n’est pas celui d’il y a cinquante ans. Mais l’essentiel demeure : nous partageons durablement notre continent avec la Russie, il faut donc travailler à établir le moment venu une architecture de sécurité commune.

Chaque pays signataire devra s’engager à ne pas prendre pour sa propre sécurité des mesures mettant en cause la sécurité d’un autre pays signataire. Ce principe est au cœur de la sécurité collective.

Non, bien sûr. Cette architecture de sécurité n’est envisageable qu’après la fin de cette maudite guerre. Et pour cause : cette future architecture de sécurité doit être fondée sur le droit international, que cette guerre viole grossièrement ! Mais il faut travailler dès maintenant à cette perspective, sans s’interdire de parler avec Moscou. Faire le contraire est contre-productif.

Quant aux dirigeants occidentaux, ils auront également à tirer les leçons de l’extension de l’Otan vers les frontières de la Russie : nombre de diplomates américains avaient, à la fin des années 1990, mis en garde contre le développement du nationalisme « grand-russe » qui en résultera. Ils n’ont pas été entendus.

Il faut sortir de cette logique de blocs devenue la référence obligée de nos dirigeants français et européens aujourd’hui. Elle nourrit une escalade mortifère.

Nous sommes à la veille des commémorations du 80e anniversaire d’Hiroshima et de Nagasaki. Et voilà qu’au lieu d’avancer vers l’abrogation de l’arme nucléaire, on la banalise. L’Allemagne, la Pologne, la France n’ont plus que ce mot à la bouche ! Et Poutine multiplie les gesticulations à propos de l’arsenal russe ! On banalise ainsi l’idée d’un éventuel usage de l’arme atomique sur un champ de bataille. C’est irresponsable.

Malheureusement, l’OSCE est aujourd’hui tributaire des priorités va-t-en-guerre défendues par la plupart des gouvernants européens. Comme à l’époque de l’Ostpolitik (politique d’ouverture à l’Est, NDLR) du chancelier Willy Brandt, qui avait eu le courage de rompre avec l’esprit de guerre froide, il faut à nouveau faire preuve de volontarisme et prendre l’initiative d’un processus permettant de construire des « accords d’Helsinki » de notre époque.

L’ONU doit jouer un rôle décisif. Les pays des Brics, rejoints par la plupart des pays dits du Sud global, sont les seuls à avoir mis sur la table des propositions multilatérales de sortie du conflit en ne lâchant rien sur les principes fondamentaux de l’ONU. Ils souffrent, eux aussi, à des degrés divers, des conséquences de la politique des blocs. Il faut s’appuyer sur leurs efforts pour trouver une solution dans l’intérêt commun des Européens et de l’humanité entière.

L’aspiration à la détente et à la paix au sein des opinions publiques a joué un rôle sans doute décisif dans l’émergence de l’accord d’Helsinki. Peut-on encore compter sur des mobilisations analogues aujourd’hui ?

La plupart des dirigeants européens s’emploient à militariser les esprits. Il faut dénoncer cette pédagogie manichéenne de préparation à la guerre. Un pays comme l’Espagne, dont le gouvernement refuse la folle augmentation des dépenses militaires entérinées par l’Otan à son dernier sommet fin juin, a bien saisi les conséquences délétères de tels choix.

En Allemagne, un manifeste adopté par de hauts dirigeants du SPD souligne l’importance de résister à la fuite en avant militariste mise en œuvre par leur gouvernement de coalition. C’est la bonne voie. Développer une pédagogie de la paix est aujourd’hui un enjeu vital pour toute l’Europe.

2 août 2025 at 4:37 Laisser un commentaire

Older Posts Newer Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 297 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

septembre 2026
L M M J V S D
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
282930  

Archives

Catégories

Pages

Pages