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CES VOIX COURAGEUSES QUI NOUS REDONNENT UN PEU D’ESPOIR
Rarement période historique aura, comme aujourd’hui, accumulé les régressions. La course aux armements et les campagnes de militarisation des esprits touchent jusqu’à des pays comme l’Allemagne, naguère connus pour le pacifisme inébranlable de leur population, voire de leurs dirigeants. Par ailleurs, le « chacun pour soi » se répand comme une traînée de poudre, le summum étant atteint par les Etats-Unis avec un président au nationalisme débridé, dont l’imprévisibilité et l’irresponsabilité dépassent les tristes records de ses prédécesseurs. Enfin, du Proche-Orient à la Russie, des agressions militaires atteignent « un niveau de morts et de destructions sans équivalent dans l’Histoire récente » pour reprendre les termes du Secrétaire général des Nations unies à propos de la cruauté extrême de l’armée israélienne contre la population de Gaza.
Tel un rouleau compresseur, ce flot ininterrompu de désastres humanitaires semble tout emporter sur son passage : traditions progressistes, principes humains, perspectives de changement…Pourtant, sur chacun de ces terrains, des voix courageuses se font entendre, propres à nous redonner un peu d’espoir, ce carburant vital pour engager l’indispensable contre-offensive. Retour sur ces signes qui n’ont rien de banal.
Ainsi, en Allemagne, où nos amis de « Die Linke » -en forte progression- étaient longtemps quasiment seuls à prendre le contre-pied de la stratégie militariste du très réactionnaire Chancelier CDU et de ses alliés social-démocrates, d’anciens hauts dirigeants du SPD ont créé la surprise au mois de juin en publiant un « manifeste » s’opposant frontalement à la rhétorique alarmiste, à la stratégie de confrontation et au surarmement démentiel choisi par le pouvoir. Le débat est lancé (1).
Aux Etats-Unis, c’est le résultat spectaculaire de la récente primaire démocrate de New-York, en vue de l’élection du Maire de la plus grande ville du pays, qui a fait l’effet d’une bombe : contre toute attente, ce n’est pas le représentant de l’establishment démocrate qui l’a emporté, mais un candidat affilié aux « Socialistes démocrates d’Amérique », principale organisation de gauche, qui a littéralement écrasé son concurrent. Or, c’est un signe : Zohran Mamdani, 33 ans, s’est clairement engagé contre « la guerre de classe » de Trump et le trumpisme en général. Certes, il n’est pas encore élu, le Parti républicain mais aussi nombre de poids lourds du Parti démocrate se liguant contre l’intrus. Mais là encore : le débat est lancé.
Enfin, comment ne pas saluer les récents développements des mobilisations en Israël contre la guerre et le recours barbare à l’arme de la faim à Gaza ! Certes, ces actions restent le fait d’une (trop petite) minorité, la majorité de la population détournant le regard ou cédant aux pressions ignobles du pouvoir d’extrême-droite. Il n’empêche : l’évolution des mots d’ordre de nombre de manifestants des samedis à Tel-Aviv ou encore les multiples témoignages bouleversants de soldats dans le grand quotidien « Haaretz » en disent long sur le rejet grandissant de cette guerre atroce. S’ajoutant aux résistants de toujours comme les communistes israéliens ou les milliers de membres, en nombre croissant, d’organisations opposées à l’occupation et au colonialisme comme « Standing Togheter » , il s’agit d’un fait politique qui encourage à l’action. Comme le dit fort justement Bernie Sanders : « En ces temps difficiles, le désespoir n’est pas une option ».
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(1) Voir Humanité (11/6/2025)
LA « MENACE RUSSE » : UN ALARMISME DÉLÉTÈRE
« La Russie est devenue une menace pour la France et pour l’Europe »; « Strasbourg-l’Ukraine, c’est à peu près 1500 km, ce n’est pas très loin »; « Jamais, sans doute, depuis 1945, la liberté n’avait été si menacée » : depuis plusieurs mois, le Président de la République donne le ton. Le Chef d’Etat-major des armées en personne -qui ne s’était jamais exprimé en public depuis le début de la guerre russo-ukrainienne- a eu la consigne de surenchérir : « Le Kremlin a fait de la France une cible prioritaire » a-t-il assuré, sans que l’on puisse trouver de déclaration de Poutine en ce sens. La revue nationale stratégique 2025, publiée le 14 juillet dernier, a enfoncé le clou : « Nous entrons dans une nouvelle ère, celle d’un risque particulièrement élevé d’une guerre majeure de haute intensité (qui) impliquerait la France et ses alliés, en particulier en Europe, à l’horizon 2030 » !
Il est fini, le temps où le ministre français des armées, Sébastien Lecornu, lui-même, démentait les annonces catastrophistes au sujet d’un risque d’attaque russe contre l’OTAN d’ici 5 ans : « Nos services de renseignement ne disent pas cela » assurait-il le 9 mars dernier, jugeant « absurde » de manifester une « forme de fébrilité » . Désormais, il faut une sacrée indépendance d’esprit sinon un certain courage pour oser se démarquer de l’alarmisme des dirigeants français et européens. Or, résister à cette dérive est essentiel car il n’y a rien de plus dangereux que d’insuffler un climat de guerre dans une Europe en crise profonde. Gare aux prophéties auto-réalisatrices !
Parlons-donc clairement. Oui, hélas, Poutine a montré jusqu’où peut le conduire son nationalisme « grand russe » envers un pays proche devenu hostile comme l’Ukraine ! Non, il ne faut pas entériner les annexions de territoires ukrainiens acquis par l’agression militaire russe. Notre boussole, ici comme ailleurs, doit être le droit international. Quiconque, sans exception, le viole de manière particulièrement grave et répétée mérite d’être sanctionné. Mais, dans le même temps, s’impose la recherche d’une solution politique du conflit prenant en considération le contexte historique de celui-ci et s’inscrivant dans une perspective à long terme. Cela s’appelle la diplomatie.
Or, qu’a fait l’Union européenne jusqu’ici face à cette guerre en plein cœur de notre continent ? Elle a livré des armes aux Ukrainiens, de plus en plus d’armes, sans aucune initiative diplomatique significative, comme pourrait l’être l’ouverture de discussions sur les conditions d’une sécurité internationale durable avec d’autres pays que ceux étroitement liés à l’Occident. Est-ce l’amer et déroutant constat de l’impasse de cette stratégie qui conduit la France et la plupart des gouvernements européens à cette fuite en avant à la fois militaire et idéologique : la course folle aux armements et son corollaire, un alarmisme délétère ?
Disons-le tout net : parallèlement aux sanctions légitimes contre Moscou, il est indispensable de parler, non seulement avec les grands acteurs de la scène internationale -Chinois, Indiens, Brésiliens, Sud-Africains…- mais avec les dirigeants de la Russie eux-mêmes. Qu’on le veuille ou non, nous partageons le continent européen avec ce grand pays. La reconstruction en commun d’une architecture de sécurité paneuropéenne est un impératif catégorique. Attendre la fin des hostilités pour y réfléchir et y travailler, c’est rendre la recherche d’une issue encore plus difficile et la future paix plus fragile. En Allemagne, en Espagne, notamment, des voix s’élèvent aussi pour promouvoir un nouveau cours: rejoignons-nous !
14 JUILLET 2015 : RETOUR SUR UN ACCORD DE PAIX EXEMPLAIRE
La « guerre préventive » d’Israël contre les sites nucléaires iraniens et les assassinats ciblés de scientifiques iraniens, complétés par les super-bombes américaines, ont-ils mis fin au programme nucléaire de Téhéran ? La plupart des experts en doutent. A l’inverse, cette folle aventure militaire coûte très cher au peuple iranien : outre les centaines de victimes civiles de l’agression israélienne, elle a entraîné une vague de répression du régime contre ses opposants sous couvert de chasse aux espions. Les seules frappes israéliennes sur la (tristement célèbre) prison d’Evin ont coûté la vie à 71 personnes parmi lesquelles nombre de détenus politiques, de proches en visite, de gardiens respectés. Elles ont « fragilisé la lutte des dissidents » note « L’Orient-le Jour ». S’ajoutent à ce désastre le projet de l’Iran de refuser désormais les contrôles de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, voire de se retirer du Traité de Non-Prolifération nucléaire (qui entraînerait la fin définitive des contrôles internationaux), ainsi que la certitude, selon des spécialistes de la région, que cette guerre va « alimenter au Moyen-Orient la haine de l’Occident et le désir de vengeance » (1). Un chaos qui tranche tragiquement avec le résultat prometteur obtenu il y a tout juste 10 ans grâce à un accord de paix exemplaire conclu entre la communauté internationale et l’Iran : l’emblématique Accord de Vienne. Retour sur ce succès historique, torpillé par Trump 1 en 2018, avec les conséquences que l’on sait.
Tout avait commencé, en 2002, par des révélations sur la construction clandestine d’un site d’enrichissement de l’uranium en Iran. Le pays se préparerait-il à se doter de l’arme atomique ? La France, l’Allemagne et la Grande Bretagne prirent ensemble la bonne initiative d’engager, à partir de 2003, des négociations avec Téhéran. Ils furent rejoints en 2006 par les Etats-Unis, la Chine et la Russie, ainsi que par l’Union européenne comme telle. Cette coalition exceptionnelle travailla en relation étroite avec l’AIEA. Les bases de la négociation étaient, en principe, claires (même si la France en eut une lecture volontiers plus exigeante que d’autres) : dès lors que l’Iran, signataire du Traité de Non Prolifération nucléaire (TNP), respecte les règles de celui-ci -qui interdisent l’usage militaire mais autorisent l’usage civil du nucléaire sous la supervision de l’AIEA- le pays échappera aux sanctions économiques internationales et pourra trouver sa place dans les relations internationales (2).
La structure très particulière du pouvoir iranien -celui, archi-dominant, du « Guide », celui des inflexibles « gardiens de la révolution », mais aussi celui du Président élu, auquel le guide peut laisser une certaine marge de manœuvre en fonction des rapports de force dans le pays- n’a pas simplifié les pourparlers. Après 10 années de langage de sourds sans résultats concluants -malgré l’application de sanctions internationales de plus en plus sévères à l’économie Iranienne- la situation se débloqua en 2013, après l’élection d’un Président iranien « modéré » : Hassan Rohani. Celui-ci dépêcha à Genève puis à Vienne des négociateurs brillants, avec un mandat réaliste : obtenir la levée des sanctions contre l’acceptation d’une limitation stricte du nombre de centrifugeuses et du niveau d’enrichissement de l’uranium ainsi que d’un contrôle international conséquent. L’AIEA confirma le plein respect de ces engagements. Un pari historique était gagné.
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(1) Robert Malley, ancien négociateur américain de l’accord de Vienne de 2015, éminent spécialiste du Moyen-Orient (in « Le Monde » , 25/6/2025)
(2) Israël est la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient. Elle n’a pas signé le TNP et ne fait donc l’objet d’aucun contrôle de l’AIEA




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