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LE CRÉPUSCULE DES « VALEURS » DE L’ OCCIDENT
« Nous avons le même rêve, celui (…) de créer un monde plus juste, plus sûr, plus humain » récitait , avec la conviction qu’on lui connaît , François Hollande devant Barack Obama , en février dernier à Washington. Cinq ans plus tôt, Angela Merkel avait, dans des termes voisins, entretenu le même rituel de la « gouvernance mondiale » sous l’égide de l’Occident, en glorifiant devant le Congrès des États-Unis la « base commune des valeurs (qui) rapproche et soude Européens et Américains : une vision commune de l’homme et de sa dignité inaliénable ». Il y a belle lurette que cette phraséologie convenue sonne creux. Mais l’état révulsant du monde en cette fin d’été la rend carrément insupportable . Retour sur quelques postures de dirigeants occidentaux dans la dernière période.
Face à l’effroyable agression israélienne contre Gaza, tout d’abord. Le soutien sans nuance à Nétanyahou du début devint rapidement intenable . »La situation ressemble un peu à ce que nous avons connu en Europe à la fin de la Seconde Guerre mondiale » rapporta le coordinateur général pour la Palestine de « Médecins du Monde », Owen Breuil ! (1) De son côté, la Haut-Commissaire des Nations-Unies pour les Droits de l’Homme, Navy Pillay, alertait dès fin juillet sur la « forte possibilité » que les frappes aériennes israéliennes constituent des « crimes de guerre ». Quelle fut alors la réaction des puissances occidentales face à la décision du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU d’envoyer sur place une commission indépendante chargée d’enquêter sur « toutes les violations » du droit international commises ? Les États-Unis ont voté contre et les pays membres de l’Union européenne (France comprise) se sont abstenus ! On imagine l’avalanche de pressions exercées en sous-main sur le Président palestinien pour le dissuader de saisir la Cour pénale internationale au risque d’y faire condamner « la seule démocratie au Proche-Orient qui agit en toute légitimité pour protéger ses citoyens du terrorisme meurtrier » ( Benjamin Nétanyahou à propos de la Commission d’enquête de l’ONU )! Entretemps, le nombre des victimes civiles a quadruplé et 133 (!) écoles de l’ONU ont été endommagées par les bombes de la « démocratie » en question. Ce qui n’a empêché ni les États-Unis ni la Grande Bretagne de continuer à livrer des armes à Tel Aviv, comme l’a rappelé la Secrétaire d’Etat britannique démissionnaire, Sayeeda Warsi.
Plus généralement , ces mêmes puissances portent une terrible responsabilité dans la descente aux enfers de tout le Proche Orient . L’Irak connaît sa quatrième guerre en l’espace d’une génération. L’Occident a soutenu Saddam Hussein dans la première (contre l’Iran) avant de l’écraser puis de le supprimer dans les deux suivantes. Il a imposé au peuple irakien un embargo criminel avant de le « libérer » en 2003, jouant sur les communautarismes, détruisant l’Etat et plongeant le pays dans un épouvantable chaos dont nul ne connaît l’issue. Chez les « libérateurs », c’est le désarroi: le Premier Ministre , hier adoubé par Washington , est destitué; l’ Iran, naguère ennemi No 1 , est à présent sollicité pour prêter main forte aux combattants opposés aux « djihâdistes » qui prospèrent dans ce contexte. Quant à la Libye, trois ans après la « victoire de la démocratie » arrachée par la guerre franco-anglo-américaine , elle est livrée aux milices armées, tandis que les ex-champions de la « responsabilité de protéger les populations » (résolution du Conseil de sécurité d’ août 2011 autorisant la guerre ) déguerpissent en hâte, laissant le peuple sans défense face aux pilleurs et aux violeurs.
Heureusement pour l’image de tous ces apprentis-sorciers de l’ordre euro-atlantique , il y a l’Ukraine, où l’on retrouve à nouveau, comme au début de chaque conflit, les bons ( Ukrainiens loyalistes) et les méchants ( Russes et « pro-russes »)…Jusqu’où ? Un citoyen averti en vaut deux !
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(1) « Le pire conflit que j’aie vu » (Journal du Dimanche – 10/8/2014).
UKRAINE : LA NEGOCIATION OU LE CHAOS.
L’explosion en plein vol d’un avion de ligne au-dessus de l’Ukraine constitue une épouvantable tragédie . Elle nous rappelle l’urgence absolue d’une solution politique à la crise -en fait, à la guerre- ukrainienne . Car aujourd’hui, le pire devient possible. Les apprentis-sorciers responsables de ce tir meurtrier devront répondre de leur crime. Ils seront disqualifiés pour défendre la cause qu’ils prétendent servir -et ce quel que soit le « camp » auquel ils appartiennent. D’une façon générale, ni les dirigeants de Kiev (et leur irresponsable illusion d’une solution militaire au conflit ukrainien) , ni les aventuriers armés de la partie orientale du pays (qui plongent chaque jour un peu plus profondément la population de la région dans une dramatique impasse) ne méritent notre confiance ou notre sympathie. C’est d’abord à leur niveau que se situe la cause des derniers développements du plus grand désastre que notre continent ait connu depuis la guerre en ex-Yougoslavie.
Mais qu’en est-il des acteurs officiellement extérieurs à l’Ukraine et pourtant directement impliqués dans l’engrenage qui a conduit le pays dans la situation inextricable qu’il connait aujourd’hui? Ils ont pris une part notable sinon décisive , à des moments-clés de l’enchainement des événements. C’est le cas de la Russie, mais il n’y a pas qu’elle !
« Vladimir Poutine a décidé que les règles du jeu fixées dans l’après-guerre froide par les Occidentaux sont caduques » s’insurge un expert en recherche stratégique (1). Le problème n’est-il pas précisément que les « règles » régissant les relations entre l’ « Occident » et la Russie aient été fixées unilatéralement par les « vainqueurs de la guerre froide »? Cela vaut pour l’Union européenne avec son « Partenariat oriental ». Voulue notamment par la Pologne et les Pays baltes, cette politique vise à disputer à la Russie le maximum d’influence sur les pays de l’ex-Union soviétique. Elle s’ajoute au harcèlement pratiqué à l’encontre de Moscou par l’OTAN. Bras armé des Etats-Unis en Europe, celle-ci n’a de cesse, depuis la chute du Mur, de chercher à s’élargir à l’Est , puis d’installer son « Bouclier anti-missiles »en Pologne et en République tchèque au grand dam de Moscou. Nul ne pouvait imaginer que cette fuite en avant contribuerait à une relation constructive avec la Russie.
Dans une Ukraine au bord de la faillite, et dominée par des oligarques sans scrupules , le fameux « accord d’association » proposé par l’Union européenne laissait espérer à la population -malgré un contenu en réalité fort modeste- un avenir meilleur en échange de la renonciation à un accord du pays avec la Russie. Tentant pour les Ukrainiens de l’Ouest , de culture plus européenne , mais redouté par ceux qui, à l’Est, n’entendaient pas se détacher de la Russie , ce cadeau empoisonné fut le déclencheur d’une crise qui couvait de longue date dans toute la région. La Russie de Vladimir Poutine, s’estimant une fois de plus provoquée sinon humiliée par « l’Occident », a réagi « à la russe »…avec le soutien massif de sa population .
Ce rappel ne vaut pas approbation de la politique du Kremlin, loin de là ! La conception du pouvoir incarnée par Vladimir Poutine est , à maints égards, aux antipodes de ce que à quoi peut aspirer un homme ou une femme de gauche. Mais cela ne doit pas nous faire perdre de vue cette évidence : sanctionner la Russie pour des initiatives jugées condamnables , tout en ignorant les actions occidentales qui les nourrissent, cela ne conduit en rien à une issue à la crise. C’est tout le cercle vicieux des « règles du jeu fixées dans l’après-guerre froide par les Occidentaux » qu’il faut briser. Dans cet esprit, les Européens seraient bien inspirés d’agir en faveur d’un arrêt total des opérations militaires en Ukraine : difficile ou pas, il n’y a pas d’autre chemin que celui de négociations sérieuses, prenant en considération les différences -devenues à certains égards des fossés !- entre les deux parties du pays.Et au-delà, rien ne préparerait mieux la stabilisation du continent que le lancement d’un processus de normalisation durable des relations entre les deux grands ensembles européens, l’Union européenne et la Russie, dans le respect mutuel et sur un pied d’égalité.
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(1) François Heisbourg (Libération 20/7/2014)




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