Posts filed under ‘Francis Wurtz’
GARE AU PSEUDO DIVORCE ENTRE LONDRES ET BRUXELLES !
Le torchon brûle-t-il vraiment entre le libéral « souverainiste » David Cameron et les libéraux « fédéralistes » de la plupart des autres gouvernements des « 28 » ? Que n’a-t-on entendu sur l’ « inutile camouflet » infligé par le Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement au Premier Ministre britannique en élisant Jean-Claude Juncker comme candidat à la présidence de la Commission de Bruxelles ! « Il est irresponsable de pousser Londres sur la pente glissante de la sortie de l’Union européenne », s’est insurgé « Le Figaro ». » Après l’échec de David Cameron, l’hypothèse d’une sortie de l’UE s’accroit », s’inquiétait « Le Monde ». « Le prochain Président de la Commission devra consacrer du temps à répondre aux préoccupations des Britanniques s’il veut conserver le Royaume Uni en son sein », insista-t-on dans « Les Echos »…
En réalité, les risques de voir la Grande Bretagne quitter l’Union européenne sont extrêmement limités: ni la classe dirigeante britannique -dont David Cameron sert fidèlement les intérêts- ni les forces les plus influentes de l’UE n’y ont le moindre intérêt.
A Londres, on est conscient que plus de la moitié des exportations du pays est absorbée par ses partenaires européens. Perdre l’accès libre à ce grand marché couterait très cher au Royaume Uni en termes de commerce, d’investissements et d’emplois.Quant à la City, elle tient à demeurer le coeur financier de l’Europe! D’une façon générale, l’Union européenne actuelle est trop aux couleurs du capitalisme anglo-saxon pour que le pouvoir britannique, David Cameron en tête, n’envisage sérieusement de tuer la poule aux oeufs d’or.
Le même sentiment règne dans les milieux dominants, sur le continent. Ainsi, le très emblématique ministre allemand des finances,Wolfgang Schäuble, juge « la Grande Bretagne absolument indispensable à l’Europe » et « inimaginable » son éventuel départ. Quant à la Chancelière, elle estime qu’il serait « grossièrement irresponsable » de ne pas répondre aux demandes britanniques.
Le vrai danger est là: les menaces proférées à Londres ne visent qu’à planter le décor des négociations à venir avec Bruxelles. Plus se répand, de ce côté-ci de la Manche, la crainte de perdre ce précieux partenaire, et mieux s’imposera l’idée qu’il faut aller à la rencontre des attentes du leader britannique. Celles-ci sont résumées en termes éloquents par un fin connaisseur du personnage: « Moins de règlementations, moins d’interférences dans les affaires intérieures, moins de coopération -son idéal est celui d’une Europe réduite au seul marché unique, approfondi aux sévices. Il entend aussi limiter la liberté de circulation des nouveaux entrants dans l’UE avant qu’ils n’atteignent un certain niveau de revenus » (1) Enfin, Londres -là encore rejoint par nombre de ses pairs européens- demande une accélération des négociations sur le « Grand marché transatlantique » ,qui est une vieille obsession anglaise.
Le pseudo divorce entre Londres et l’UE à propos de Jean-Claude Juncker, délibérément théâtralisé, a permis à David Cameron de faire valoir auprès des europhobes de son camp son apparente intransigeance vis à vis de Bruxelles. Cette page est désormais tournée. L’heure des négociations sur les « réformes » libérales de l’UE a sonné : voilà que les deux adversaires irréconciliables d’hier envisagent ,selon les dires du Britannique, « une relation équilibrée ». Il y a malheureusement tout à craindre d’un tel « équilibre »! L’on ne peut que souhaiter que la gauche critique -celle du Parti de la Gauche européenne et du groupe de la Gauche unitaire du Parlement de Strasbourg- puisse au plus vite reprendre l’initiative sur les changements d’une tout autre nature que la crise de légitimité de l’Europe libérale a mis dramatiquement à l’ordre du jour le 25 mai dernier.
———
(1)Florentin Collomp ( « Le Figaro » 30/6/2014 ).
IL FAUT RESSORTIR LA CHARTE DES NATIONS UNIES !
Ce 26 juin, il y a 69 ans, était signée à San Francisco la Charte des Nations Unies. Elle entrera en vigueur quatre mois plus tard. De 51 en 1945, le nombre d’Etats membres de l’ONU -qui ont, en conséquence, reconnu la Charte comme référence fondamentale du droit international- est passé à 193 aujourd’hui. Face aux innombrables violations de ce droit, aux déchaînements de violence et à la prolifération des guerres qui font notre quotidien sans que les Nations Unies ou la « Communauté internationale » n’y changent rien, la tentation est grande de ranger la Charte au rayon des utopies d’une époque révolue. Le moment me paraît , tout en contraire, propice à sa promotion.
Rappelons d’un mot le saut qualitatif qu’a représentée son adoption au lendemain de la victoire des démocratie sur la barbarie nazie. Alors que la Société des Nations, fondée après la Première Guerre mondiale, ne reposait que sur quelques puissances , ce n’est qu’avec la Charte de 1945 qu’apparaît un droit universel et proclamé au nom de tous les « peuples des Nations Unies ». Son Préambule, magnifique, reflète l’attachement indéfectible de ses initiateurs à une paix durable,au respect de la dignité humaine et à la coopération internationale : la guerre est mise hors la loi et le recours à la force ou à la menace de la force interdit. Quant à la solution des différends entre États membres ,elle doit être recherchée « avant tout par voie de négociation, d’enquête ,de médiation ,de conciliation, d’arbitrage, de règlement judiciaire, de recours aux organismes ou accords régionaux, ou par d’autres moyens pacifiques de leur choix » insiste la Charte. Ce n’est qu’en tout dernier recours que le Conseil de Sécurité -sous réserve que 9 de ses 15 membres dont la totalité des ses cinq membres permanents partagent cette option ultime- peut entreprendre « toute action qu’il juge nécessaire » et encore seulement s’il s’agit du « maintien » ou du « rétablissement de la paix et de la sécurité internationales » (Chapitre VII , article 42 -le plus cité des 111 articles de la Charte…).
Le lancement de la guerre en Afghanistan bénéficia de ce feu vert (après l’attentat du 11 septembre 2001) puis elle dévia de ses justifications initiales jusqu’à conduire à l’épouvantable fiasco que l’on sait. La guerre en Libye fut également autorisée ,cette fois au nom de la « responsabilité de protéger » la population de Bengazi menacée par Kadhafi, puis dériva à son tour, entraînant le pays et la région du Sahel dans le chaos que tout le monde reconnaît aujourd’hui. À l’inverse, la guerre en Irak , faute d’une caution onusienne, fut lancée sans cet accord : après plus de dix ans de destructions qui se sont soldées d’après la revue scientifique américaine » Plos Médecine » par le bilan effroyable de…500 000 (!) morts , elle aboutit , sous les yeux médusés du monde entier, à la décomposition politique du pays, à la déstabilisation de toute la région, et au risque de voir s’installer un État fondamentaliste au cœur du monde arabe!
Or, ce constat -tellement insupportable que le Président américain, soucieux de coller à son opinion publique, fustige ceux qui se sont « précipités dans ces aventures militaires sans penser aux conséquences » et promet de « tourner la page d’une décennie vouée aux guerres »- tout le monde est en train de le faire. Et ce alors que viennent d’avoir lieu les commémorations de la Première Guerre mondiale puis celles du Débarquement en Normandie qui contribua à mettre fin à la seconde Guerre. C’est dire si le moment est indiqué pour ouvrir un débat de fond avec nos concitoyens sur l’exigence -partout !- de proscrire la guerre comme moyen de régler les problèmes du monde. Ressortons la Charte des Nations Unies !




Commentaires récents