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LES ENNEMIS DE NOS ENNEMIS SONT-ILS NOS AMIS ?

Les images qui nous parviennent d’Ukraine sont insoutenables. Nul besoin d’être un partisan de l’OTAN pour être révolté par la cruauté de la guerre russe contre ce pays ! Il suffit pour cela d’être attaché au droit international le plus élémentaire et d’avoir un peu de cœur ! Pourtant, les circonstances tragiques de ce conflit offrent aux thuriféraires de « l’Occident » (merci M Poutine !) une occasion rêvée de tenter de réhabiliter la vieille logique des 2 « camps » : quiconque ne se retrouve pas dans l’un est sommé de faire allégeance à l’autre. L’Union européenne est, à cet égard, dans l’œil du cyclone : toute critique entamant l’unité de la « famille occidentale » est assimilée à de la complaisance envers le Kremlin . 

C’est le retour aux mœurs détestables de la guerre froide ou encore du début des années 90, quand s’opposer à la guerre du Golfe vous classait parmi les soutiens à Sadam Hussein ! Le « camp occidental » est si verrouillé que la timide réserve formulée par Emmanuel Macron à propos du qualificatif dont Joe Biden a affublé son homologue russe passerait presque pour de l’impertinence. Y compris les dirigeants de l’UE qui se voulaient naguère si attachés à « l’autonomie stratégique » de l’Europe placent désormais, comme au bon vieux temps, le « Chef du monde libre » sur un piédestal . C’est si vrai que, fin mars, le Président américain a participé à la réunion du…Conseil européen. Les deux principaux sujets à l’ordre du jour de ce sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE étaient l’alourdissement des sanctions contre la Russie (qui ne coûtent pas cher à Washington) et le renforcement de la sécurité énergétique de l’Europe (qui lui rapporte gros). En prime, a été réaffirmée à cette occasion « la coopération solide entre l’OTAN et l’UE ».  

Il faut espérer que ces pressions ne réussiront pas à altérer la pensée critique ni à instaurer une quelconque autocensure parmi nos concitoyens et concitoyennes ! Ainsi, ne laissons pas la légitime aspiration des Européens à veiller à leur sécurité face à un pouvoir russe, plus que jamais vécu comme une menace, se traduire par une folle course aux armements réclamée par Washington et le complexe militaro-industriel. Rappelons que, d’ores et déjà, les dépenses militaires des seuls pays de l’UE sont 4 fois supérieures à celles de la Russie. En cas d’agression, ils auraient largement les moyens d’assurer, en coopération, leur défense commune. 

Plutôt que de se lancer dans une nouvelle orgie d’armements et de s’abriter sous l’illusoire « parapluie nucléaire » américain, les Européens seraient bien inspirés d’approfondir sérieusement leur politique de prévention des tensions et des conflits sur le continent ! Et, de ce point de vue, l’OTAN s’est davantage révélée comme pourvoyeuse de crises que comme facteur de confiance -cet ingrédient indispensable à la construction d’une paix durable. Les ennemis de nos ennemis ne sont pas toujours nos amis

7 avril 2022 at 9:04 Laisser un commentaire

INDISPENSABLE « CONFÉRENCE PANEUROPEENNE »

Tout laisse à penser que nous sommes à un moment-charnière de la guerre que mène l’armée russe contre l’Ukraine. Certains observateurs craignent le basculement dans un conflit encore plus ravageur, nous rapprochant toujours plus d’un engrenage incontrôlable. D’autres veulent croire, malgré tout, à de possibles chances de compromis entre agresseurs et agressés. N’est-ce pas le moment ou jamais  -par exemple pour la « présidence française » du Conseil européen-   de tenter une médiation en lançant une grande initiative diplomatique ?

Celle-ci pourrait consister à proposer officiellement  -parallèlement à l’établissement d’un cessez-le-feu en Ukraine-   au Président ukrainien et au Président russe, puis, en cas d’acceptation de leur part, à tous les États du continent, quelque soit leur orientation politique , de se réunir ensemble dans le cadre d’une « Conférence paneuropéenne de sécurité » ayant pour mission de mettre à plat tous les différends à l’origine des tensions et des confrontations, et, depuis peu, même d’une guerre , en vue d’aboutir à un règlement global mutuellement acceptable. Les négociations dureraient tout le temps nécessaire, mais tant qu’on discute, les armes se taisent. En cas d’accord, un traité pourrait être signé sous l’égide de l’ONU. 

Rappelons, une fois de plus, à ce propos, un fait majeur, malheureusement trop peu connu : le 6 juin 2008, le Président russe d’alors, Dmitri Medvedev, proposa, depuis Berlin, la signature d’un tel traité paneuropéen « juridiquement contraignant ». Ce pacte  -pouvait-on alors lire dans « Le Monde » (17/7/2008), citant M. Medvedev-  « pourrait parvenir à une résolution générale des questions de sécurité et de contrôle d’armements en Europe (…) L’atlantisme a vécu, nous devons (donc) parler d’unité au sein de tout l’espace euro-atlantique, de Vancouver à Vladivostok ». Et le quotidien de préciser : 

« Nicolas Sarkozy a déclaré que si Moscou propose « un arc de sécurité de Vancouver à Vladivostok, ça mérite d’être étudié », mais…reconnut la journaliste,  « aucun dirigeant occidental n’a formellement donné suite aux idées de M. Medvedev ». 

L’explication de cette désinvolture, on la trouva dans cette autre citation de M Medvedev  rapportée, elle, par la chaîne « France 24 » (27/9/2008) : « le Président russe a averti qu’un élargissement de l’OTAN vers l’Est « saperait » les relations de Moscou avec les autres pays européens, de manière radicale » et « pour longtemps ». Stopper l’extension de l’OTAN était, en effet, le prix à payer pour cet « arc de sécurité ». Or, pour nombre de dirigeants occidentaux, il n’était pas question de « donner à la Russie un droit de veto sur les décisions de l’OTAN ». 

Évidemment, rien de tout cela ne peut tenir lieu, 14 ans plus tard, d’une quelconque excuse à Poutine, unique responsable de son agression armée contre l’Ukraine ! L’évocation de cette occasion manquée en 2008 vise, en revanche, à tirer les leçons du passé pour prendre les bonnes décisions aujourd’hui : je reste convaincu qu’une initiative, même tardive, en faveur d’une Conférence paneuropéenne de sécurité servirait la cause la plus précieuse : la paix.

31 mars 2022 at 6:14 Laisser un commentaire

EH BIEN NON, LE MONDE N’APPARTIENT PAS À L’OCCIDENT 

Joe Biden et ses alliés, anglo-saxons comme européens, semblent se voir  (presque) revenus aux lendemains de la chute de l’Union soviétique, quand le Président Bush (sénior) pouvait encore dire, dans son « Discours sur l’état de l’Union » de janvier 1992 : « Grâce à Dieu, l’Amérique a gagné la guerre froide. Un monde jadis divisé en deux camps reconnaît aujourd’hui la supériorité d’une seule puissance : les Etats-Unis. » 

Certes, il y a aujourd’hui un gros caillou dans la chaussure des Etats-Unis . Il est économique plus que militaire : c’est cette insupportable épée de Damoclès de la puissance chinoise qui menace le leadership américain, l’enjeu stratégique No 1 pour Washington. Mais,  par sa guerre d’agression contre l’Ukraine , Vladimir Poutine lui offre une occasion historique d’affaiblir lourdement l’autre éternel rival, la Russie, et permet à la coalition occidentale de revêtir la panoplie de défenseure  du « Monde libre », rassemblant -apparemment-  derrière son étendard tous les pays en désaccord avec l’aventure sulfureuse du chef du Kremlin. Autrement dit, la quasi-totalité des nations du globe. Une aubaine stratégique inespérée  pour « l’Amérique » et ses alliés. Et pourtant…

L’analyse des votes de l’Assemblée générale des Nations unies, le 3 mars dernier, donne une image du monde beaucoup plus contrastée que celle d’une hégémonie sans partage de « la famille occidentale ». Rappelons que, si Moscou fut -légitimement- isolé dans ce vote, puisque seules la Biélorussie, l’Erythrée, la Syrie et la Corée du Nord approuvèrent sa stratégie en Ukraine, les Occidentaux ne furent pas plébiscités pour autant. Bien des pays -et non des moindres- n’entendent plus être soumis à un camp. Pas moins de 35 pays se sont, en effet, abstenus et 12 autres ne prirent pas part à ce fameux vote. Parmi ces récalcitrants, il y a la Chine, qui, bien qu’alliée de la Russie, souligne que « la crise ukrainienne n’est pas quelque chose que nous souhaitions voir venir » car « la guerre n’est dans l’intérêt de personne » et doit cesser au plus tôt. Il y a également l’Inde, qui, bien qu’alliée des Etats-Unis, n’a pas cédé à leurs (fortes) pressions et a refusé de s’aligner sur les positions occidentales. Il y a enfin  22 pays africains dont le Sénégal qui, bien que réputé proche de la France sinon de l’Europe, a tenu à marquer sa différence.

C’est que nombre de pays du Sud constatent chaque jour un peu plus que leurs intérêts bien compris sont les parents pauvres des stratégies des « grandes puissances » : l’ONU n’annonce-t-elle pas que la guerre russe contre l’Ukraine et la « guerre économique et financière totale contre la Russie » (Bruno Le Maire) risquent d’entraîner « une crise alimentaire mondiale », en particulier dans les pays les plus démunis  ? Quant aux grands  États « émergents »,  des voix fortes s’y élèvent en faveur de la mise en place d’un système financier et commercial international moins dépendant des instruments de la domination occidentale, comme le dollar ou le système de messagerie interbancaire SWIFT. Leur message est clair : notre opposition à la guerre russe ne fait pas de nous les obligés de l’Occident.

24 mars 2022 at 6:59 Laisser un commentaire

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