Posts filed under ‘Francis Wurtz’

CONGRATULATIONS TO YOU !

Voilà qui nous rajeunit ! Le magnifique mouvement social qui ne cesse de prendre de l’ampleur outre-Manche rappelle aux « anciens » les impressionnantes mobilisations des travailleurs britanniques de la fin des années 70 puis de celles de la première moitié de la décennie 80 -bref, dans une vie antérieure que la plupart des grévistes actuels n’ont pas connue ! Des postiers de la Royal mail aux employés des télécoms; des salariés de raffineries aux agents de centrales électriques; des cheminots aux enseignants et aux avocats; des personnels de santé à ceux du métro, jusqu’aux dockers du port de Felixstowe, le plus grand du pays : c’est une lame de fond qui surgit de la société pour signifier au pouvoir conservateur et à ses soutiens que enough is enough , la limite du supportable est franchie. La hausse vertigineuse des prix, à commencer par ceux de l’énergie -de 1655 euros/an en 2021 à 4965 euros/an prévu en janvier prochain comme ordre de grandeur (selon The Guardian) !- fut , sur fond d’exaspération grandissante, l’élément déclencheur de cet extraordinaire mouvement. Ajoutons qu’au même moment, la City connaît, elle, une inflation… des rémunérations des grands patrons : les 100 plus grosses entreprises britanniques ont ainsi augmenté les salaires de leur PDG de 39% (pour atteindre la coquette somme de 4 millions d’euros par an, en moyenne). 

Une franche solidarité mériterait doublement de s’exprimer envers ces innombrables travailleurs britanniques en lutte. D’abord, en raison de la riposte impitoyable qu’ils risquent d’avoir à braver de la part de leur gouvernement -qui vient d’autoriser des intérimaires à remplacer les grévistes- ; ensuite du fait de l’évidente communauté d’intérêt du monde du travail de part et d’autre de la Manche. Concernant le gouvernement britannique, on sait que la favorite à la succession du très réactionnaire Boris Johnson ( en vacances prolongées) n’a rien à envier à son prédécesseur en matière de dogmatisme ultra-libéral et de mépris des classes populaires. Liz Truss -pour qui « Il est inacceptable que le public soit ris en otage par les syndicats militants »-  a annoncé la couleur : elle inscrit son action dans les traces de Margaret Thatcher. Comme son idole, elle juge les travailleurs britanniques -tout particulièrement ceux du Nord de l’Angleterre- « paresseux » et manquant de compétences, voire comptant « parmi les plus oisifs du monde », justes intéressés « au football et à la musique pop » ! (1) Quant aux intérêts communs entre travailleurs français et britanniques, par les temps qui courent, il suffit, pour s’en convaincre, de se rapporter aux récentes annonces -sur un ton se voulant… churchilien- d’Emmanuel Macron sur « la grande bascule »,  prélude à des régressions en série.

Comment dit-on enough en Français ?

——–

(1) Voir :  Britannia Unchained, ouvrage dont Liz Truss fut la co-autrice en 2012, avec d’autres figures de son parti, dont Dominic Raab,…actuel vice-premier ministre de Boris Johnson.

1 septembre 2022 at 5:51 Laisser un commentaire

EFFORTS  DIPLOMATIQUES  SUR  ZAPORIJIA : ENFIN !

Une catastrophe vient, peut-être, d’être évitée autour de la centrale nucléaire de Zaporijia ! Bien que rien ne soit encore joué à cet égard, de premières leçons peuvent sans doute être tirées de cette confrontation à hauts risques et de l’attitude des principaux protagonistes à son propos. 

La première est, de toute évidence, la gravité, chaque jour plus sensible, de la responsabilité prise par Vladimir Poutine en décidant d’envahir l’Ukraine ! Comme à chaque guerre, on assiste une fois de plus à un enchaînement infernal : l’hypothèse initiale de l’envahisseur d’une « guerre-éclair » vole en éclats; un engrenage aux rebondissements imprévisibles se met en place. Plus la situation se dégrade, plus grandit, de part et d’autre, la tentation de la fuite en avant, au prix de pertes humaines démesurées, de prises de risques inconsidérés, d’irresponsables chantages à la catastrophe . Jusqu’au jour où des « lignes rouges » seraient brusquement franchies : par exemple, une cible jugée trop emblématique pour permettre à chacun des « camps » de reculer sans perdre la face…Kaliningrad pourrait en être une, dans le cas d’un blocus de l’enclave russe dans l’UE, du fait de sa connotation historique liée à la victoire soviétique contre le nazisme; la Crimée est peut-être en train d’en devenir une autre, la charge symbolique immense que revêt pour la majorité des Russes le « retour de la province perdue » étant ébranlée par les explosions mystérieuses qui s’y produisent depuis quelques jours…Le cas de Zaporijjia était, dans ce contexte extrêmement tendu,  à analyser avec beaucoup de sang froid et d’esprit de responsabilité -deux qualités rares en temps de guerre, personne ne souhaitant paraître céder face à l’ennemi. C’est dire si la situation était (et reste) grave.

Ainsi, alors que les échanges de tirs de mortiers se multipliaient depuis le 5 août autour de la centrale, au risque de finir, par exemple, par entraîner une coupure d’alimentation des circuits de refroidissement des réacteurs, comme à Fukushima, on pouvait, certes, considérer que la responsabilité de toute cette tragédie incombe à la Russie -ce qui est fondamentalement vrai- et que, par conséquent, il fallait mettre Poutine au pied du mur, en exigeant qu’il retire ses troupes de la centrale avant toute visite approfondie du site par des experts de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA). Telle était , jusqu’à ces derniers jours, la position de Kiev , reprise par les dirigeants occidentaux. C’était une option qui, pour légitime qu’elle fût, comportait pour toute l’Europe -et en premier lieu pour l’Ukraine- un risque inouï, difficile à assumer. La raison l’a, à ce stade, emporté. L’AIEA devrait se rendre sur place, malgré la présence des troupes russes (une concession de Kiev), mais en passant par l’Ukraine (une concession de Moscou) . Un cessez-le-feu s’imposera de fait.  

Une fois de plus -après le précédent de l’accord sur la reprise des exportations de céréales- c’est le choix de  la diplomatie qui a permis d’éviter le pire : par la discussion avec Kiev d’abord, puis avec Moscou , le 15 août, grâce au dialogue entre le Secrétaire général de l’ONU et le ministre russe de le défense, suivi, le 19 août,  par l’échange Macron-Poutine. Il était temps !

25 août 2022 at 6:12 Laisser un commentaire

CETTE ALLÉGEANCE QUI PROSCRIT TOUT SENS CRITIQUE…

Trois faits convergents intervenus ces derniers jours sont suffisamment graves pour qu’il soit utile d’y revenir. Ils ont en commun de contribuer à installer dans le pays un climat d’intolérance en montrant du doigt quiconque exerce son sens critique sur des sujets réputés sensibles. Au nom du « Qui ne dit mot consent », ne pas réagir à ce rabougrissement du débat public pourrait être interprété comme une acceptation tacite de cette culture de l’allégeance au « camp » dominant dans chacun des domaines concernés. Parlons donc franchement.

La première de ces « affaires » est celle provoquée par -excusez du peu !- le Garde des sceaux en personne à propos du désormais fameux projet de résolution de 38 députés de la NUPES, qui condamnait « l’institutionnalisation par Israël d’un régime d’apartheid à l’encontre du peuple palestinien ». Le ministre, rappelons-le, avait, sur cette base, insidieusement accusé les députés de gauche d’antisémitisme, à l’instar de la pratique honteuse d’un Netanyahu comme de ses successeurs à l’égard de quiconque exprime une critique de fond de leur politique discriminatoire à l’égard des Palestiniens. Une chose est de désapprouver  l’usage, en l’occurrence, du terme d’apartheid : cela fait partie du débat normal en démocratie , même si, outre Amnesty International ou Human Rights Watch, la très respectée organisation israélienne B’Tselem ou la courageuse journaliste du quotidien israélien Ha’aretz, Amira Hass, entre autres, prennent cette notion à leur compte, et que la loi de 2018 sur « l’Etat-nation du peuple juif » institue officiellement la ségrégation…Ce qui est, en revanche, totalement inadmissible est de proscrire le débat de fond par le chantage à l’antisémitisme ! Tout démocrate devrait s’insurger contre cette dérive ignoble.

La deuxième affaire, également déplorable, est l’entreprise de culpabilisation menée par nombre de commentateurs contre les auteurs du rapport d’Amnesty International (A.I.) accusant l’armée ukrainienne de mettre des civils en danger, notamment en établissant des bases militaires dans des écoles et des hôpitaux. Si le Président Zelensky estime que A.I. tente ainsi « d’amnistier l’Etat terroriste russe », c’est son affaire. Rien ne devrait, pour autant, altérer le débat : oui, l’Ukraine est l’agressée et la Russie l’agresseur, mais les exactions des troupes russes ne rendent pas caduque la question des pratiques éventuellement condamnables de l’armée de Kiev. La seule question qui vaille est donc de savoir si les preuves apportées par A.I. sont contestables ou non. Le débat de fond, pas l’allégeance.

Enfin, l’accusation de « reprendre les éléments de langage de Pékin » (Antoine Bondaz)  lancée contre les rares dirigeants politiques  qui ont désigné la visite de Nancy Pelosi à Taïwan en pleine crise internationale par le terme approprié (« provocation ») est, là encore, une façon de troquer le nécessaire débat de fond contre l’injonction à s’aligner sur les positions d’un « camp », en l’occurrence le camp occidental. « Ayez le culte de l’esprit critique ! » conseillait, en grand scientifique, Louis Pasteur. C’est plus vrai que jamais.

19 août 2022 at 6:29 Laisser un commentaire

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