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UN « 14 JUILLET » DÉDIÉ À L’OTAN !
Au début de son premier quinquennat, Emmanuel Macron avait ébloui Donald Trump en l’invitant au défilé militaire du 14 Juillet : « Ce fut l’un des grands jours de ma vie ! », commenta même le « Chef du monde libre ». À l’aube de son second mandat, le Président de la République se devait de rééditer son exploit, en mettant à l’honneur, cette fois, d’une part, les troupes de la mission « Aigle » -la Force de réaction rapide de l’OTAN déployée en Roumanie, dont la France assure le commandement du « bataillon d’alerte »- et, de l’autre, des soldats de pas moins de 9 pays d’Europe centrale et orientale, parmi lesquels les plus fervents supporters de l’Alliance militaire occidentale. On espère en haut lieu que cette démonstration de force -6300 soldats, 71 avions, 25 hélicoptères, 221 véhicules et 200 chevaux de la Garde républicaine, sans oublier le nouveau commandement de l’espace ni l’équipage d’un sous-marin nucléaire d’attaque…- aura ancré dans l’esprit de ces alliés suspicieux l’image d’une France de 2022 n’ayant décidément plus rien à voir avec celle de 2021 qui jugeait l’OTAN « en état de mort cérébrale », mais bien celle d’un allié de poids au service d’une OTAN forte et unie.
C’est que son rêve de puissance se heurte, dans le nouveau contexte stratégique européen, à forte compétition. « La France doit redevenir une grande puissance (…) Notre armée (…) demeurera la première armée européenne, la deuxième armée du monde libre », proclamait-il peu après son élection (1). La cause semblait entendue avec la proclamation, le 14 juillet suivant, par le Président de la République, de la Loi de programmation militaire 2019-2025, prévoyant la mobilisation inouïe de 295 milliards d’euros « pour réparer et moderniser les armées » (soit l’équivalent d’une année entière de recettes fiscales nettes de l’Etat : impôt sur le revenu, TVA, impôt sur les sociétés…) ! Mais c’était sans compter avec la militarisation galopante des principaux Etats européens, engagée depuis plusieurs années mais accentuée par la guerre russo-ukrainienne… et l’instrumentalisation de ce conflit au service de la même illusion de « puissance » que celle crânement affichée par Emmanuel Macron dès 2017.
À l’instar d’un Le Drian se bombant le torse, naguère, en annonçant, sans craindre le ridicule : « En 2019, nous aurons 187 000 soldats, alors que la Grande-Bretagne n’en aura que 145 000 et l’armée allemande moins aussi », le Chancelier allemand, Olaf Scholz, fort de son « fonds spécial » de 100 milliards d’euros au profit de la Bundeswehr, a annoncé fin juin, avant de s’envoler au Sommet de l’OTAN, que son pays allait se doter de « la plus grande armée conventionnelle dans le cadre de l’OTAN en Europe »…Quant à Boris Johnson, il n’avait pas attendu l’invasion de l’Ukraine, pour décider d’augmenter de 45% l’arsenal nucléaire britannique ! Il n’en fallait pas plus pour qu’Emmanuel Macron prévoie une « réévaluation » supplémentaire du budget des armées ! Où va s’arrêter cette surenchère suicidaire ? « C’est un malheur du temps que les fous guident les aveugles » (William Shakespeare).
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(1) Entretien dans « Le Point » (31/8/2017)
COMBIEN DE KURDES COÛTE UNE PLACE DANS L’OTAN ?
Erdogan s’est dit convaincu d’obtenir le renvoi en Turquie des « terroristes » réfugiés en Suède et en Finlande. Il répète à l’envi sans être démenti par les dirigeants concernés : « Ils les renverront, ils l’ont promis. Cela figure dans des documents écrits. Ils tiendront leur promesse ». Sans extradition, en particulier, des Kurdes désignés, bénéficiant actuellement du droit d’asile dans leur pays d’adoption, le Président turc menace de bloquer à nouveau l’adhésion des deux pays scandinaves à l’OTAN. Les deux Premières Ministres (sociales-démocrates !) concernées vont-elles perdre tout honneur en troquant effectivement des réfugiés politiques contre un strapontin dans l’organisation militaire occidentale ? Pour tenter de justifier l’injustifiable, la dirigeante suédoise n’a pas hésité à reprendre à son compte le qualificatif dont le Président turc affuble les militants et combattants kurdes de Syrie (du PYD, de l’YPG et de l’YPJ ) en déclarant : « Si on ne se consacre pas à une activité terroriste, il n’y a aucune raison d’être inquiet « , et en s’engageant, de concert avec son homologue finlandaise, à « ne pas fournir de soutien » à ces organisations.
Terroristes, les membres ou sympathisants de ces organisations ? Rappelons qu’il s’agit, ni plus ni moins que des alliés auxquels avaient fait appel les Etats-Unis et l’Union européenne dans la lutte contre les (vrais) terroristes de Daech en Syrie ! Les héros et les héroïnes de Kobane infligeant sa première défaite au groupe « État islamique », ce sont eux ! Ceux et celles qui, au prix de la vie de nombre d’entre elles et d’entre eux, ont permis de sauver 200 000 personnes de la minorité Yézidie menacée de génocide par la milice islamiste dans les Monts Sinjar, en Irak, ce sont encore eux ! Les cibles de l’offensive militaire de l’armée turque et de ses supplétifs du groupe djihadiste Tahrir Al-Cham (émanation d’Al-Qaida) dans le Nord de la Syrie, ce sont toujours eux ! Le premier Chef d’Etat occidental à les avoir trahis fut Donald Trump -retirant ses troupes de la région kurde de Syrie pour laisser la voie libre à l’armée turque- dans le cadre d’un de ses tristement fameux deal , en l’occurrence avec Erdogan, déjà à propos d’un différend au sein de l’OTAN. Désormais, c’est au tour de dirigeants européens de piétiner leurs « valeurs » pour renforcer à tout prix l’Alliance militaire transatlantique.
Loin d’avoir été offusqués par cet abaissement des autorités de Stockholm et d’Helsinki, tant Joe Biden qu’Emmanuel Macron ont tenu à remercier le Président turc d’avoir accepté -à ses conditions- le nouvel élargissement de l’OTAN. Le premier l’a fait sur le mode emphatique : « Je veux vous remercier pour ce que vous avez fait pour arranger la situation en ce qui concerne la Suède et la Finlande », ajoutant, en connaisseur : « Vous faites du bon boulot ! » Le second a préféré une formulation plus évasive (ou plus hypocrite) en saluant, lors de son entretien avec Erdogan, le « consensus » trouvé en marge du Sommet de l’OTAN. Ainsi va le monde libre…
KALININGRAD : UNE DANGEREUSE ESCALADE
Le 19 juin 2022 marquera-t-il rétroactivement le début d’une nouvelle et dangereuse escalade dans la guerre russo-ukrainienne ? Depuis ce jour-là, la Lituanie, membre de l’Union européenne et de l’OTAN, bloque, en effet, le transit par voie ferrée d’une série de marchandises -comme les métaux, les matériaux de construction, le charbon ou certains produits technologiques- entre la Russie et le territoire russe de Kaliningrad (la région compte 1 million d’habitants) enclavé entre la Pologne et la Lituanie et totalement isolé de la Russie continentale. Pour Vilnius, il s’agit simplement de l’application de récentes sanctions européennes « contre l’exportation de certains produits russes » (bien qu’on soit ici en face d’ « exportations » considérées comme « internes » à la Russie). Moscou voit, pour sa part, dans cette décision « sans précédent » un « blocus partiel » contrevenant à un accord UE-Russie de 2002 (dont le respect par la Lituanie fut une condition imposée à ce pays lors de son adhésion à l’Union européenne en 2004). On n’est pas loin d’un casus belli. Le terme de « blocus », même « partiel », est évidemment exagéré, l’approvisionnement de l’enclave par la mer restant possible. Mais le défi stratégique lancé à Moscou n’est que trop évident.
Pour prendre la mesure du « fort potentiel d’escalade » de cette crise (Pierre Haski), il faut rappeler les caractéristiques historiques, géographiques et stratégiques de ce territoire et, par là-même, sa charge hautement symbolique dans le contexte explosif de la guerre russo-ukrainienne. C’est en 1945, suite à la défaite du nazisme, que cette partie septentrionale de la Prusse orientale (alors appelée Königsberg) fut rattachée à l’Union soviétique (Accords de Yalta et de Potsdam) et prit le nom de Kaliningrad. Après la désintégration de l’URSS, puis l’entrée des pays baltes et de la Pologne dans l’UE et l’OTAN, Kaliningrad devint un îlot russe entouré de pays hostiles. La surmilitarisation de toute la région évolue avec le climat de tensions Est-Ouest. Depuis 2017, l’OTAN a décidé une « présence avancée rehaussée » sur tout son « flanc Est », de la mer Baltique à la mer Noire, en y établissant progressivement 8 « groupements tactiques multinationaux » constitués de « forces robustes », de navires et d’avions. Pour sa part, Kaliningrad, en plus d’être le siège de la flotte russe de la mer Baltique, héberge une partie des missiles nucléaires tactiques de la seconde puissance atomique…Des manœuvres militaires d’envergure y sont, de part et d’autre, régulièrement organisées. Dans ce contexte, les 65 km du « couloir de Suwalki » à la frontière polono-lituanienne, qui relient Kaliningrad à la Biélorussie, alliée à Moscou, sont considérés par les deux « camps » comme ultra-sensibles.
C’est pourtant dans cette zone « rouge » que la Lituanie -avec l’assentiment de l’Union européenne- vient de décider de porter le fer. On reste confondu par tant de légèreté, voire d’irresponsabilité. Loin de faire reculer l’agresseur, cette mesure risque fort de galvaniser l’aile la plus nationaliste du pouvoir, de l’armée et de l’opinion russes. Moscou, qui a aussitôt dépêché sur place Nikolaï Patrouchev, considéré comme le bras droit, sinon le dauphin de Poutine, prépare vraisemblablement des représailles , auxquelles les Occidentaux estimeront peut-être inévitable de riposter…Au feu ! Y-a-t-il un diplomate dans l’avion ?




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