Posts filed under ‘Francis Wurtz’

EUROPE-AFRIQUE : VERS UN « NEW DEAL », VRAIMENT ?

Emmanuel Macron nous l’assure : le 6 ème Sommet Europe-Afrique, qui va se tenir les 17 et 18 février prochains sous la présidence française du Conseil européen, vise à mettre en place un « New deal », autrement dit à refonder « en profondeur » la relation entre les deux régions. Et le Président d’aligner ses ambitions en la matière : « un agenda en matière d’éducation, de santé et de climat à la hauteur des enjeux de l’Afrique » ainsi qu’ « un véritable agenda sanitaire, qui consiste à déployer beaucoup plus vite et beaucoup plus fort des structures de production de vaccins ». Soulignant « qu’entre 2020 et 2025, il y a 300 milliards d’euros de besoins de financements pour les économies africaines, car elles ont des conséquences économiques et financières de la Covid 19 à gérer », le Chef de l’Etat appelle en outre l’Europe à « porter une stratégie commune avec l’Afrique dans les instances internationales » en vue de « réactualiser le mécanisme d’investissement solidaire à l’égard du continent africain ». 
Qu’est-ce qui nous vaut, soudainement, ce sursaut de lucidité et de générosité du porte-parole actuel des « 27 » ? Serait-ce la volée de bois vert récemment reçue par l’Union européenne de la part du Président sud-africain, Cyril Ramaphosa, accusant les puissances occidentales de pratiquer « l’apartheid vaccinal » par « cupidité » et fustigeant leur refus d’une levée des droits de propriété intellectuelle permettant à des Etats africains de fabriquer leurs propres vaccins génériques pour accélérer le rythme de la vaccination ? Ou bien serait-ce pour redorer le blason européen auprès des Africains après le spectaculaire quadruple engagement pris par le Président chinois, Xi Jinping, à l’Afrique : un milliard de doses de vaccin anti-Covid; 10 milliards de dollars d’investissements pour industrialiser le continent; 300 milliards d’importations supplémentaires de produits agricoles africains et l’annulation de la créance des pays les moins avancés -soit la quasi-totalité des demandes de l’Union africaine à Pékin ? 
C’est que le temps où les anciennes puissances coloniales faisaient la pluie et le beau temps en Afrique est bien révolu. L’Europe se voit contrainte de promettre une relation « libérée des démons du passé », un « changement de logiciel plutôt radical » et « le respect de nos différences » (Charles Michel, Président permanent du Conseil européen).
Nul ne peut plus ignorer que ce continent appelé à compter…2,5 milliards d’habitants en 2050  -dont la moitié aura moins de 25 ans-  est devenu incontournable : « Pour l’Europe, l’Afrique est le problème géopolitique ou géo-économique No 1 » plaide l’ex-directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy.
 « Eldorado » pour le business selon les uns; cauchemar pour les migrations aux yeux des autres, l’Afrique entend désormais être traitée pour ce qu’elle est : un partenaire indispensable pour relever les grands défis mondiaux de notre temps. Au prochain Sommet Europe-Afrique, les beaux discours ne suffiront plus.

3 février 2022 at 1:11 Laisser un commentaire

FEU, LE  DOGME  SACRO-SAINT  DES  « 3 % » ?


Les règles européennes ont beau être réputées intouchables, quand les circonstances l’exigent, elles peuvent être contournées, voire voler en éclats. C’est ainsi qu’en mars 2020, toute « discipline budgétaire » devenant incompatible avec la gestion d’une crise sanitaire aux implications financières incalculables, la Commission européenne prit la décision inédite de proposer aux Etats membres de suspendre le Pacte de stabilité : exit l’obligation de limiter les déficits publics à 3 % des ressources nationales ; finie la chasse aux « dettes publiques excessives »; place au « quoiqu’il en coûte » ! Puis, la pandémie se prolongeant, il fut décidé, un an plus tard, de prolonger ce moratoire jusqu’à la fin 2022. Qu’en sera-t-il à partir de l’année prochaine ? Reviendra-t-on peu ou prou au carcan de l’austérité budgétaire ? Tirera-t-on, au contraire, les leçons de l’étroitesse de vue économique et de l’impasse politique qu’illustre cette règle arbitraire devenue un véritable repoussoir ? Et si oui, de quelle nature seront les réformes adoptées ? Ces questions seront à l’ordre du jour du Conseil européen des 10 et 11 mars prochains, à Paris. Et les avis restent partagés sur les choix à opérer.
Le climat social et politique dans les différents pays pèsera sur les débats. L’exemple de l’évolution du positionnement d’Emmanuel Macron sur la question en est une bonne illustration. En 2017, le candidat à la présidence prônait sans état d’âme « le respect de nos engagements européens en restant dans l’épure des 3% de déficit ». Deux ans plus tard, le même estimait a  contrario tellement évidente la nécessité d’en finir avec cette même règle qu’il jugea que les débats à son propos étaient « d’un autre siècle ». C’est sans doute qu’entretemps, confronté au mouvement des « Gilets jaunes »,  il dût se résoudre à des dépenses non prévues de l’ordre de 17 milliards d’euros, creusant d’autant le déficit public de la France…Or, dans l’avenir, si l’on veut tenir les « objectifs stratégiques » que les « 27 » se sont fixés à la lumière des failles béantes révélées par la crise sanitaire  -renforcement de la « souveraineté européenne » en matière de santé, d’énergie, de puces électroniques, de conquête spatiale…- , ce n’est pas en dizaines mais en centaines de millards d’euros que se compteront les nouveaux investissements nécessaires, dont il ne faudra pas escompter une rentabilité à court terme. 
Reste une interrogation clé : à quoi seront destinées les aides publiques massives envisagées dans ce contexte pour soutenir les « investissements d’avenir » ? Serviront-elles une fois encore à « faire baisser le coût du travail » pour « préserver l’emploi » et « améliorer la compétitivité » des groupes européens face à leurs concurrents américains ou asiatiques ? Dans ce cas, la fin de la règle des  3% ne changerait pas la donne pour le plus grand nombre. Dit autrement : quelle  part de ces fonds publics d’envergure exceptionnelle est-elle destinée aux investissements dans l’emploi de qualité , à des programmes massifs de formation ou à des services publics performants ? A quels critères sociaux, écologiques et démocratiques répondront ces nouvelles aides aux entreprises ? Ces enjeux sont devant nous : c’est l’autre face de la présidence française du Conseil européen.

28 janvier 2022 at 6:52 Laisser un commentaire

LA DANGEREUSE TENSION EST-OUEST EST-ELLE FATALE ?

Les Européens sont paradoxalement les premiers concernés par les résultats des pourparlers de Genève entre diplomates russes et américains, en cours depuis le 10 janvier. L’avenir de la sécurité de notre continent dépend en grande partie de la réponse finale de Washington à la demande essentielle de Moscou : l’arrêt définitif du processus d’extension de l’OTAN aux frontières de la Russie. Jusqu’ici, la position officielle est : « Nous n’acceptons pas qu’un pays dispose d’un veto sur un autre, lorsqu’il s’agit de faire partie de l’alliance de l’OTAN ».  Est-ce aussi simple ?
Pourquoi, si ce principe allait de soi en matière de sécurité internationale, James Baker,  le Secrétaire d’Etat de George Bush (senior) aurait-il promis à Mikhaïl Gorbatchev, en 1990, que « La juridiction militaire actuelle de l’OTAN ne s’étendra pas d’un pouce vers l’Est » ? Le Secrétaire général de l’OTAN de l’époque, en personne, Manfred Werner, avait d’ailleurs souligné, de son côté, en des termes tout aussi dénués d’ambiguïté : « Que nous soyons prêts à ne pas déployer les troupes de l’OTAN à l’extérieur du territoire de la République fédérale allemande, cela donne à l’Union soviétique des garanties sûres de sécurité ». 
On rétorquera peut-être que la Russie de Poutine n’est pas l’URSS de Gorbatchev. C’est vrai : le dernier Président soviétique prônait « la Maison commune européenne », tandis que l’actuel maître du Kremlin est en conflit ouvert avec ses voisins alliés à « l’Occident ». Pourtant, l’élargissement de l’OTAN (à la République tchèque , à la Hongrie et à la Pologne) a commencé avant l’ère Poutine : dès 1999, sous le règne de Eltsine, pourtant très accommodant avec les puissances de l’Ouest. Quant à l’adhésion des Pays baltes (en plus de celle des pays d’Europe centrale restant) à l’organisation militaire atlantique, elle a eu lieu en 2004, soit à une époque où Poutine était encore conciliant et visait une alliance russo-américaine fondée sur ce qu’il appelait alors « la communauté de destin » entre son pays et le monde occidental…Quatre ans plus tard  -soit six ans avant le conflit russo-ukrainien-  les dirigeants occidentaux annonçaient que « l’Ukraine deviendra membre de l’OTAN »…
Pourtant, cette stratégie fut critiquée dès le début aux Etats-Unis, et pas que par des pacifistes ! George Kennan, jadis théoricien de la guerre froide, pronostiqua dès l’An 2000 que « l’élargissement de l’OTAN vers l’Est peut devenir la plus fatale erreur de la politique américaine depuis la guerre » ! Robert Gates, ex-directeur de la CIA puis Chef du Pentagone convint, à son tour, en 2014 (dans ses Mémoires…) que cette stratégie « fut une erreur » et regretta « l’arrogance » occidentale. Encore le 9 janvier dernier , un autre ex-haut responsable de la CIA parla, à propos de la stratégie des Etats-Unis vis-à-vis de la Russie, d’une « erreur d’analyse fondamentale » et invita à prendre en considération « l’obsession (de la Russie) de sa sécurité » héritée de son histoire. Selon lui, « il existe une possibilité de désescalade » et, faute de la concrétiser, le risque est que « Poutine estime qu’il n’a plus que la menace de recourir à la force armée pour être entendu »(1).
Puissent les dirigeants occidentaux actuels tirer les leçons de l’expérience et donner toute sa chance à la diplomatie.

——–(1) George Beebe , ex-directeur d’analyse de la Russie à la CIA (Figaro 9/1/2022)

20 janvier 2022 at 11:27 Laisser un commentaire

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