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125 MILLIONS D’EUROPÉENS PRIVÉS DE VACANCES !
En plein chassé-croisé entre « juillettistes » et « aoûtiens », la Confédération Européenne des Syndicats (CES) a publié une étude édifiante sur les Européens et Européennes privés de vacances en 2021 . « L’Humanité » lui avait consacré à juste titre une large place. On y apprenait que près de 30 % des citoyennes et citoyens de l’UE -soit quelque 125 millions de personnes !- n’ont pas les moyens de passer une semaine de vacances en dehors de chez eux. Circonstance aggravante pour le système économique en vigueur dans l’UE : nombre de ces victimes travaillent, mais leur salaire de misère ne leur permet pas de s’offrir une escapade de quelques jours, par exemple dans la famille ou chez des amis ! L’enquête de la CES précisait que cette discrimination particulièrement révoltante touchait la grande majorité -35 millions !- des travailleurs et travailleuses dont le revenu est inférieur au « seuil de risque de pauvreté »(1) .
Arrêtons-nous sur le cas de ces derniers.
Si les travailleurs pauvres privés de vacances sont particulièrement nombreux dans les pays d’Europe centrale et orientale, cette cruelle injustice est présente, voire s’accentue, dans chacun des 27 États membres de l’Union européenne.
La situation la plus dramatique est, sans surprise, celle de la Grèce -saignée à blanc par ses créanciers de « l’euro-groupe- , mais elle est également alarmante dans un grand pays fondateur de l’UE comme l’Italie, où 7 millions de travailleurs pauvres sont concernées !
Même la riche Allemagne, avec 4,3 millions de victimes, et la France, où elles sont au nombre de 3,6 millions, ne font pas exception à cette règle maudite ! Voilà une réalité concrète à opposer aux laudateurs immodestes du « modèle social européen »…qui sont souvent ceux ou celles qui voient dans les restes de cet héritage des « 30 glorieuses » un boulet dans il est urgent de se libérer à l’heure de la mondialisation néolibérale et du pouvoir triomphant des marchés financiers.
Rappelons-nous, à cet égard, le fameux « théorème Merkel » : « L’Europe représente aujourd’hui à peine plus de 7% de la population mondiale, produit environ 25% du produit intérieur brut (PIB) mondial et doit financer 50% des dépenses sociales mondiales », se lamentait la Chancelière en 2012 dans les colonnes du bien nommé Financial Times. La même année, Mario Draghi, alors Président de la Banque centrale européenne, rassurait les « investisseurs » dans le Wall Street Journal, autre bible de la finance internationale, en soulignant que « Le modèle social européen est mort ». Si ni l’une ni l’autre n’ont pu pousser jusqu’au bout le démantèlement des conquêtes sociales d’une partie des pays européens par rapport à d’autres régions du monde, les inégalités les plus révoltantes s’accroissent sous nos yeux .
« L’Europe sociale » est un combat.
———-(1) Le seuil dit de « risque de pauvreté » est fixé dans les statistiques de l’UE à 60 % du revenu médian (« revenu médian » signifie que la moitié des habitants du pays concerné a un revenu supérieur à ce montant , l’autre moitié un revenu inférieur).
RETOUR SUR DES NOTES D’ESPOIR DANS LE MONDE EN 2021
Dans le monde inhumain que façonne sous nos yeux la domination capitaliste, faire la lumière sur les notes d’espoir est indispensable aux luttes pour un autre avenir. Un regard rétrospectif sur les six derniers mois est édifiant à cet égard.
Premier constat frappant : la remontada de la gauche en Amérique latine, sur la base de mobilisations populaires plus impressionnantes les unes que les autres !
Au Chili, portée par l’exigence de dignité et d’égalité des droits, l’élection des membres de la Convention chargée de réécrire la Constitution héritée de Pinochet s’est traduite par un camouflet historique pour le pouvoir politiquement conservateur et économiquement ultra-libéral.
Au Pérou, un Président progressiste issu du peuple -une première- vient de battre une figure de « l’élite » réactionnaire, liée à Washington.
Au Brésil, les manifestations à répétition pour la destitution de Bolsonaro et le retour en force de Lula, fort de sa victoire judiciaire et de sa popularité, changent la donne dans la première puissance de la région.
En Argentine, le nouveau Président veut en finir avec l’austérité et tient tête au Fonds monétaire international. Si les obstacles au changement restent nombreux dans la région, on peut en tout cas parler de retournement de tendance.
Il n’en va malheureusement pas de même partout. Pourtant, même au Proche Orient -véritable région martyre- l’actualité récente offre des encouragements, comme la chute de Netanyahou, ou la décision de la Cour pénale internationale de se déclarer compétente pour enquêter sur les crimes de guerre d’Israël dans les territoires palestiniens occupés. Sans oublier les nombreuses marques de solidarité avec le peuple palestinien de la part d’écrivains, d’acteurs ou de sportifs. On peut dire la même chose à l’égard du peuple kurde ou pour la reconnaissance du génocide arménien.
Aux Etats-Unis, si la politique de Joe Biden est pleine de contradictions, elle comporte indubitablement des avancées positives qui sont le reflet des nouveaux rapports de forces dans le pays qu’illustre l’influence acquise par un homme comme Bernie Sanders.
Ce recul de l’idéologie néolibérale dans la première puissance capitaliste est tout sauf un changement anodin pour tout le monde occidental.
En Europe, on retiendra que le Parlement de Strasbourg s’est prononcé en faveur de la levée des brevets sur les vaccins anti-covid; que la justice britannique a refusé d’extrader le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, vers les Etats-Unis ; que la Belgique s’est engagée à son tour à restituer les œuvres pillées pendant la colonisation. Nous nous réjouissons également de l’élection d’un maire issu d’une coalition de la gauche et des écologistes à Zagreb, arrachant la tête de la capitale de la Croatie aux ultra-nationalistes !
Concluons par un triple point d’appui de portée mondiale : l’entrée en vigueur du traité sur l’interdiction des armes nucléaires ; la tenue du premier Forum syndical international à l’initiative de la CGT et l’explosion des actions judiciaires liées à la défense du climat contre des multinationales et des États. Tout n’est décidément pas noir en 2021.
QUAND MACRON ÉNONCE UNE VÉRITÉ SUR L’EUROPE
« Je suis un ardent Européen, mais je crois à la voie européenne lorsque je la comprends et que je pense qu’elle est bonne pour le destin national » a déclaré le Chef de l’Etat le 13 juillet dernier, ajoutant que, dans le cas contraire, « nous tiendrons bon jusqu’au bout » ! Voilà qui sonne juste ! L’hôte de l’Elysée serait-il touché par la grâce ? Pas vraiment, car sa réaction ne concerne qu’un cas très spécifique : le statut des forces armées françaises.
Le Président de la République énonça cette vérité à propos d’un arrêt de la Cour de Justice de l’Union européenne (sise à Luxembourg), ordonnant à tous les Etats membres d’appliquer à leurs soldats -hormis ceux en opération- le même droit du travail (et notamment le même temps de travail) qu’aux salariés normaux, tandis que l’exécutif français estime que nos militaires doivent être « disponibles en tout temps et tous lieux ». Nous ne nous étendrons pas ici sur ce cas d’espèce.
En revanche, la position de principe affirmée à cette occasion par cet « ardent européen »pour une fois mécontent de l’Europe, nous intéresse et mérite que l’on s’y arrête. Elle éclaire bien, en effet -involontairement- les raisons profondes de la crise de confiance massive entre nos concitoyens et les institutions de l’Union européenne.
Tout comme Emmanuel Macron s’insurge contre la remise en cause du statut de nos forces armées parce qu’il ne « comprend » pas une telle décision, nombre de Françaises et de Français se révoltent contre des directives ou des traités européens dont ils « ne comprennent pas » qu’ils leur imposent un dumping social et fiscal, la privatisation des services publics, des délocalisations d’activités ou la libre circulation des capitaux au détriment des besoins humains et des impératifs écologiques .
Comme le Président s’agissant d’une ingérence illégitime de l’UE dans les règles de fonctionnement de nos armées, une majorité de nos concitoyennes et concitoyens ne considère pas que « l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre » ou la limitation arbitraire des déficits publics à 3% des ressources nationales soient « bonnes pour le destin national ».
Comme le Chef de l’Etat dans le cas précis de règles imposées par une institution européenne aux militaires français , de plus en plus de nos compatriotes sont prêts à « tenir bon jusqu’au bout » , mais pour en finir avec de multiples contraintes dictées depuis Bruxelles, Francfort ou Luxembourg, au nom de choix politiques néolibéraux auxquels la majorité de Françaises et de Français ne souscrit pas. Ajoutons que, parmi eux, beaucoup se sentent « européens » . Non à la manière -néolibérale et occidentaliste- d’Emmanuel Macron, mais au nom de l’impératif de coopération et de solidarité, dans chaque région du monde comme sur le plan mondial.
Le différend entre Emmanuel Macron et la Cour européenne -qu’il faudra suivre de près durant ces prochains mois- nous donne l’occasion de remettre un peu de clarté dans le débat sur les enjeux européens. On peut se sentir « européen » et combattre des décisions de l’UE ! Mieux : agir pour des ruptures radicales dans les politiques et le fonctionnement de « l’Europe réellement existante » est une composante vitale du combat démocratique sur notre continent.




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