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UE-CHINE : L’AFFAIRE DE LA « 5G »

Que le passage prochain à la cinquième génération de réseau de télécommunication (« 5G ») -et le maillage d’antennes-relais qui en résulte- suscitent des controverses n’a, en soi, rien d’anormal. Les enjeux de cette révolution technologique sont assurément considérables. Ne prévoit-on pas que d’ici dix ans, la 5G relie 500 milliards d’objets connectés dans le monde ? Ce phénomène concerne chaque citoyen ainsi que de nombreuses filières, telles la robotique, la future voiture autonome, voire la téléchirurgie, etc… La croissance exponentielle des données et l’hyper-connectivité des sociétés futures posent des problèmes sociaux et sociétaux, économiques et écologiques, et, naturellement, de sécurité et de souveraineté. Il n’y a, à cet égard, rien à redire à la volonté exprimée par la Commission européenne de prévenir par des règles strictes les risques inhérents à une mutation de cette ampleur, depuis celui de la protection des données personnelles ou stratégiques jusqu’à celui de la dépendance d’un seul équipementier. Et ce d’autant plus qu’il n’y en a guère que trois qui comptent réellement, à ce jour, pour les opérateurs européens : le finlandais Nokia, le suédois Ericsson et…le chinois Huawei, leader mondial en la matière (dont SFR et Bouygues-Télécom utilisent déjà les infrastructures). Un consensus européen semblait s’établir : réguler plus, oui; bannir Huawei, non.
Le problème est venu de Washington : qui dit « leadership chinois » dit contre-offensive Trump. Celui-ci a donc non seulement interdit toute vente de matériel chinois de télécommunication aux Etats-Unis et toute exportation d’équipements américains en la matière vers la Chine. Il a, dans le même temps, exercé sur ses « alliés » européens des pressions inouïes -y compris sonnantes et trébuchantes- pour qu’ils fassent de même, arguant de soupçons d’espionnage à grande échelle de la part de Huawei au profit de Pékin. En vain, dans un premier temps. Même le très obséquieux Boris Johnson refusa en janvier dernier de suivre son maître à penser, quitte à s’attirer les foudres de son protecteur. Or, voilà que , peu à peu, le ton se durcit en Europe -à l’exception, pour le moment, de la Chancelière allemande- à l’égard de la firme chinoise. À Londres, un lobby de 60 députés conservateurs dévoués à Washington a fini par faire basculer Boris Johnson. Hypocritement, Paris dit refuser le « bannissement total » de Huawei, mais n’accordera aux opérateurs utilisant les équipements chinois qu’une autorisation d’une durée de trois à huit ans, rendant l’amortissement des investissements quasi-impossible. « Question de souveraineté européenne » dit-on. Vraiment ? Est-on si sûr de la stratégie future de Nokia ? Rappelons qu’après avoir racheté Alcatel en 2015 et touché du gouvernement français de quoi payer 1000 ingénieurs pendant trois ans et demi, ce « Champion européen » (dixit Macron) vient d’annoncer la suppression de 1233 emplois en France , principalement dans la recherche et le développement « pour atteindre un niveau de rentabilité durable » ! Quant à Ericsson, il a été condamné à 1 milliard de dollars aux Etats-Unis, l’an dernier, pour avoir mis en place entre 2000 et 2016 un système de caisses noires destinées à décrocher des contrats grâce à des pots de vins ! Souveraineté européenne ? Non. Simple reculade face au chantage américain.
L’EUROPE FACE À L’ASPIRATION ÉCOLOGIQUE
L’aspiration écologique, on s’en doute, n’est pas une spécificité française ! Elle s’exprime avec de plus en plus de force à travers l’Europe. Il ne faut pas chercher ailleurs le choix de la nouvelle présidente de la Commission européenne, la chrétienne-démocrate allemande Ursula Von der Leyen, d’affirmer haut et fort que la grande priorité de son quinquennat serait le « Pacte vert » (ou « Green Deal »), espérant ainsi vaincre la défiance des citoyens.
Comme on s’en doute, ce projet comporte de nombreuses contradictions.
Certaines d’entre elles risquent de se révéler dès les 17 et 18 juillet prochains. Ces jours-là, les 27 Chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE -réunis sous la présidence d’Angela Merkel- avaliseront…ou contesteront les lourds engagements financiers pris par la présidente de la Commission et dont dépend la viabilité de son « Pacte » : un budget de plus de 1000 milliards d’euros sur sept ans, assorti d’un plan de relance de 750 milliards sur trois ans. Pour amadouer les États estimant « trop payer pour les autres », Angela Merkel plaidera pour le maintien des « ristournes » à la Autriche, aux Pays-Bas, au Danemark, à la Suède (et à…l’Allemagne ? ) !
A ce prix pourrait finalement être approuvé un plan qui prévoit notamment des aides pour les régions qui rencontrent le plus de difficultés à réaliser la transition écologique; des crédits pour les zones rurales engagées dans les changements structurels rendus nécessaires ; des fonds dédiés à la rénovation des bâtiments ; des soutiens à la recherche sur la transition énergétique ; des investissements dans des technologies en matière d’énergies renouvelables, de stockage d’énergie, l’hydrogène propre, les batteries, le captage et le stockage du carbone…
Ensuite, il faudra compter avec les exigences -légitimes- du Parlement européen. Celui-ci soutient le principe du « Green Deal », mais entend réviser toutes les législations européennes non conformes aux nouveaux objectifs climatiques. Cette réévaluation concerne notamment la politique agricole, les accords commerciaux et la gestion de l’économie européenne. Il souhaite également instituer un mécanisme d’ « ajustement-carbone » aux frontières de l’UE, autrement dit compenser par des taxes toute importation d’un pays n’observant pas les normes climatiques européennes. D’une façon générale, il veut passer au crible tous les obstacles à la réalisation de l’objectif stratégique en matière climatique : la « neutralité carbone d’ici 2050 ». Cela veut dire qu’à cette date, les émissions de gaz à effet de serre ne devront plus dépasser les quantités de gaz que la nature est capable d’absorber. Pour y parvenir, l’objectif intermédiaire déterminant est, selon la majorité des députés, de réussir à réduire de 55% des émissions de CO2 à l’horizon 2030 (toujours par rapport à 1990). Des compromis acceptables devront être trouvés sur tous ces sujets avant la prochaine Conférence de l’ONU sur le climat, en novembre prochain, à Glasgow.
Reste, pour réussir, à remplir une dernière condition, qui tend, chaque jour un peu plus, à devenir décisive : répondre sans tricher aux attentes des citoyennes et des citoyens !
PALESTINE : C’EST L’HEURE DU SURSAUT !

NETANYAHOU avait-il anticipé la levée de boucliers, d’une ampleur sans précédent depuis des décennies, provoquée par son projet d’annexion de 30% de la Cisjordanie ?
En Israël même, il n’y a pas que les forces de paix -communistes en tête- à manifester leur rejet du plan d’annexion. La liste est longue, jusque dans le camp opposé, des voix qui s’élèvent pour s’inquiéter de savoir « Comment le monde va réagir ? » Tel cet ex-ministre des finances de Nétanyahou, passé à l’opposition, Yair Lapid, qui dit craindre les « grands dommages » pour l’Etat d’Israël et les « réactions sévères » de la part des Palestiniens, des Jordaniens, de l’éventuel successeur démocrate de Trump et « bien sûr des Européens » que susciterait la réalisation du coup de force annoncé. Ou cet ex-haut responsable du Mossad, Ephraïm Halévy, qui attire l’attention publique sur « la colère des Européens » de l’UE, « premier partenaire commercial d’Israël » . Selon lui, « les dommages économiques qu’ Israël subira dépassent de loin tout ce qu’on peut imaginer aujourd’hui, même si les Européens mettent simplement en suspens les accords » (bilatéraux). Ou bien, le chef de l’Institut israélien pour les politiques étrangères régionales, Nimrod Goren, pour qui « Israël doit s’attendre à un recul important de pays comme la France, l’Allemagne et la Jordanie » (l’un des rares pays arabes ayant signé un Traité de paix avec Israël en 1994). Ou encore cet ancien porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Ygal Palmor, qui rappelle aux dirigeants de son pays qu’ « ignorer les avertissements n’est pas une bonne politique » et qu’au contraire, « ces signes publics de ressentiment doivent (…) être soigneusement pesés contre toute mesure prévue ».
Et voilà que se surajoute aux critiques arabes ou européennes une lettre-ouverte signée par 189 Représentants démocrates, parmi les plus pro-israéliens du Congrès américain, demandant au gouvernement de renoncer à « l’annexion unilatérale (qui) pourrait créer de sérieux problèmes pour Israël avec ses amis européens et d’autres partenaires dans le monde » !
De fait, jour après jour, les réactions pleuvent comme jamais : la commission des Affaires étrangères du Parlement belge demande à son gouvernement de reconnaître l’Etat palestinien et de « prendre des initiatives aux niveaux européen et multilatéral afin de prévenir l’annexion par Israël de territoires palestiniens » . Plus de 1000 parlementaires de pays européens appellent à « une action décisive » contre l’annexion. 50 anciens ministres, Premiers Ministres ou Commissaires européens -et non des moindres-appellent l’UE à « contrer la menace d’annexion » en allant jusqu’à parler d’ « apartheid » (une « première à ce niveau) ! Paris note (prudemment) que « l’annexion aura un coût pour Israël » et Berlin évoque une « ligne rouge »…Reste , au-delà des mises en gardes verbales, à passer, cette-fois, à l’acte . Chacun est devant ses responsabilités. C’est l’heure du sursaut.



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