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LA TORPILLE DES JUGES ALLEMANDS RELANCE LE DÉBAT SUR LA BCE

C’est un ultimatum sans précédent que les 8 juges de la Cour constitutionnelle allemande viennent d’adresser à la Banque centrale européenne (BCE). Celle-ci est sommée de prouver « dans les trois mois » qu’en lançant en 2015 son programme de rachat de titres de dettes des Etats de la zone euro, elle n’a pas outrepassé son mandat (qui lui interdit de financer des Etats membres). Faute de quoi, la Cour de Karlsruhe menace d’ ordonner à la Banque centrale allemande (première actionnaire de la BCE) de se retirer de ces rachats de titres et de revendre les 534 milliards d’euros d’obligations publiques qu’elle détient !  En clair, les juges allemands reprochent à la BCE d’avoir aidé financièrement les pays d’Europe du Sud au détriment des « actionnaires, propriétaires, épargnants ou détenteurs de police d’assurance » allemands, lésés par la baisse des taux d’intérêt qu’a entraînée l’action de la BCE !

Cela ressemble fort à une bombe à retardement ! En effet, ce jugement va encourager d’autres recours contre la BCE. Celle-ci ne vient-elle pas, face à la crise du coronavirus, de prendre l’initiative d’un nouveau programme de rachats massifs de dette publique ? Circonstance aggravante, aux yeux des adeptes de l’orthodoxie monétaire : elle a, cette fois, expressément privilégié les pays du sud de l’Europe (en plus grande difficulté) en rachetant beaucoup plus de dette italienne, française ou espagnole qu’allemande. Il y a peu de chances que la BCE, jalouse de son « indépendance », ne plie devant la Cour allemande. Mais les pressions sur elle risquent fort de s’accentuer. La torpille que viennent de lancer les juges constitutionnels allemands relance spectaculairement le débat sur le rôle à faire jouer à la BCE !

Attention dans ce contexte, à ne pas confondre deux types de critiques -diamétralement opposés- qui sont adressées à cette dernière ! D’un côté, celui dans lequel excelle le courant national-libéral allemand, rejoint, de ce côté-ci du Rhin, par la droite anti-européenne : pas question de mettre le doigt dans ce qui pourrait conduire, même modestement, à une logique de solidarité et de résistance commune aux pressions des marchés financiers ! De l’autre, celui que porte, en France, de longue date, le PCF et qu’expriment d’une façon ou d’une autre des voix de plus en plus nombreuses : la monnaie créée doit être impérativement assortie de critères qui l’orientent vers la création de richesses. Ces masses d’argent doivent permettre de financer gratuitement (voire, dans certains cas, à taux négatif) des investissements publics pour sécuriser l’emploi, développer la formation et la recherche, favoriser la transition écologique, promouvoir les services publics et les biens communs de l’Union (santé, climat, industrie…) Depuis plus de dix ans, le PCF (puis, à son initiative,  toutes les composantes du Parti de la Gauche Européenne) proposent  dans cet esprit la création d’un « Fonds européen de développement social, environnemental et de solidarité » financé grâce à la création monétaire de la BCE et placé sous un contrôle démocratique. C’est le moment ou jamais de relancer ce débat.

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JE VEUX RENDRE HOMMAGE À CECILE ROL-TANGUY, UNE FIGURE DE LA RÉSISTANCE QUI A, TOUT AU LONG DE SA VIE, FAIT HONNEUR À SON PARTI ET À LA FRANCE

14 Mai 2020 at 11:24 Laisser un commentaire

FACE À LA CRISE : STOP À L’INDECENTE GABEGIE DES ARMES !

Le SIPRI, le très sérieux « Institut international de recherche sur la paix de Stockholm » -lauréat du Prix UNESCO de l’éducation pour la paix- vient de publier son rapport annuel.  On y apprend que, durant l’année écoulée, les dépenses militaires ont atteint, dans le monde, le montant-record de 1917 milliards de dollars, soit 1750 milliards d’euros ! Ces sommes sont en progression de 3,6 % sur 2018, de 7,2 % sur 2010 et de…36 % sur 1990 (à la fin du « monde bipolaire ») et un nouvel accroissement de ces budgets pharaoniques était prévu pour 2020 et au-delà ! Révoltante en temps « normal », cette gabegie colossale est encore plus indécente dans une période de profonde crise sanitaire et sociale de dimension planétaire. Rappelons que l’Organisation mondiale de la santé disposait, pour cette même année 2019, d’un budget dérisoire de quelque 2,2 milliards de dollars, soit environ 2 milliards d’euros ! 

Sans surprise, les Etats-Unis représentent à eux seuls, avec 732 milliards de dollars,  près de 40 % des dépenses militaires mondiales. Suivent la Chine avec 261 milliards et l’Inde avec 71 milliards -en progression de près de 7% sur un an ! La Russie, au quatrième rang, ne consacre à ces dépenses « que » 65 milliards de dollars, soit l’équivalent de 9% du budget démesuré des USA, mais cette somme équivaut à près de 4% des ressources du pays, soit près du double de la moyenne mondiale (2,2 % du PIB, ce qui constitue déjà un prélèvement scandaleusement exorbitant). L’Arabie saoudite, qui mène depuis cinq ans au Yémen une guerre à l’origine de la pire crise humanitaire au monde, ferme la marche de ce « top 5 » du  surarmement (qui concentre 62 % des dépenses militaires mondiales). La bataille acharnée de Donald Trump pour sauvegarder à tout prix le « leadership » mondial, les tensions entre puissances rivales, les interminables conflits et le très lucratif commerce des armes entraînent le monde dans une fuite en avant aussi ruineuse que dangereuse. 

L’Europe n’échappe pas à ce funeste engrenage. Mis sous pression par Washington dans le cadre de l’OTAN et sommés de « partager le fardeau » en portant au plus vite à au moins 2% du PIB leur budget militaire, la France et l’Allemagne affichaient encore il y a peu leurs ambitions respectives. Ainsi, présentant devant les stagiaires de l’Ecole de guerre, le 7 février dernier, sa « Stratégie de défense et de dissuasion », Emmanuel Macron réitérait ses rêves de puissance militaire -chiffrées dans la loi de programmation militaire (2019-2025 ) à près de 300 milliards d’euros ! Quant à l’Allemagne, elle a clairement entrepris de rattraper son « retard » en matière de dépenses militaires avec une augmentation-record de 10% (!), pour approcher, l’an dernier, les 50 milliards de dollars (45,5 milliards d’euros) . Même en Afrique, les dépenses militaires -notamment des achats d’armes aux Etats du Nord, et  singulièrement la France- ont augmenté pour la première fois en cinq ans ! 

Tandis que les systèmes de santé de la plupart des « grands » pays montrent tragiquement leur fragilité et qu’on estime que la moitié de l’humanité risque, avec cette crise, de basculer sous le seuil de pauvreté, n’attendons pas pour crier STOP à l’indécente gabegie des armes et des dépenses militaires !

7 Mai 2020 at 11:30 1 commentaire

LA DIVISION NORD-SUD : UN POISON MORTEL POUR L’UE !

« Dans cette crise, nous Européens sommes tous embarqués dans la même galère. Si le Nord n’aide pas le Sud, il ne se perd pas seulement lui-même, il perd aussi l’Europe. » Ce sont -et il faut s’en réjouir !- des personnalités allemandes de premier plan qui ont lancé, le 3 avril dernier, par ces mots, un appel à se ressaisir à l’adresse des dirigeants de leur propre pays comme des alliés les plus « orthodoxes » de Berlin, notamment néerlandais, scandinaves ou autrichiens. (1)

Cette initiative a fait suite à l’un des Conseils européens les plus calamiteux de l’histoire de la construction européenne : celui du 26 mars 2020 portant notamment sur le principe de « dettes mutualisées » et d’aide solidaire en général . Ce jour-là, en réponse à l’appel des pays d’Europe du Sud et particulièrement de l’Italie -très durement frappée, on s’en souvient, par la pandémie-, les Pays-Bas avaient demandé que soient appliquée à ces Etats une forme de mise sous tutelle pour leur imposer des « réformes » permettant d’assainir leurs finances publiques ! Une sorte de « remake » de la purge qui, il y a peu, écrasa la Grèce ! « Attitude répugnante ! »; « Mesquinerie récurrente ! »; « Inconscience absolue ! » rétorquèrent légitimement les responsables italiens, espagnols, portugais ou grecs !

Moins agressifs que leurs partenaires néerlandais dans la forme, mais tout aussi anti-solidaires sur le fond, les dirigeants allemands, bien que premiers bénéficiaires du marché unique et de l’euro, voient rouge dès qu’il est question d’ « emprunt commun » à toute la zone euro, susceptible, à leurs yeux, d’encourager l’irresponsabilité dépensière des « cigales » du Sud et de détériorer la position privilégiée des finances allemandes auprès des « investisseurs » sur le marché financier. Plus généralement, aime à répéter la Chancelière, pas question d’une « Union de transferts » (d’argent des pays riches vers les pays en difficulté) ! Problème : cette intransigeance devient intenable aujourd’hui ! Comme le souligne Habermas : ou le « Nord » aide le « Sud » ( de l’UE et notamment de la zone euro ), ou c’est tout l’édifice qui s’écroule !

Conscients de cette alternative existentielle, les Chefs d’Etats et de gouvernement européen, depuis le psychodrame dévastateur du 26 mars , font tout pour éviter le « clash », quitte à renvoyer la patate chaude à la Commission, chargée de trouver un compromis, ou à retarder les choix les plus difficiles…Jusqu’à Christine Lagarde, la nouvelle présidente de la Banque centrale européenne (BCE), qui appelle à l’unité sinon à l’entraide : « Si tous les pays ne se relèvent pas, les autres en pâtiront (…) Les gouvernements européens doivent être côte à côte pour déployer ensemble des politiques face à un choc commun »…Angela Merkel elle-même plaide à présent pour un « Fonds de relance » (évalué à 1000 milliards d’euros sur trois ans par la Commission) s’ajoutant aux « mesures d’urgence » de 540 milliards , aux plus de 1000 milliards à créer de toute pièce par la BCE pour racheter de la dette aux États membres et aux bien plus de 1000 milliards d’euros du budget de l’UE proprement dit pour les sept prochaines années ! Quelle part de cette montagne de crédits ira-t-elle à de la solidarité vraie ? Nous gagnerions à nous y intéresser de près…
——–
(1) En particulier, le grand philosophe Jürgen Habermas, le cinéaste Volker Schlöndorf ou le Président de l’Institut allemand pour la recherche économique, Marcel Fratscher

30 avril 2020 at 5:53 Laisser un commentaire

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