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Changer l’Europe : illusion ou vrai défi ?

« Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. » Edgar Morin rappelait récemment cette fameuse formule du poète allemand Hölderlin, qu’on pourrait rapprocher de celle de Karl Marx : « Dans l’histoire comme dans la nature, la pourriture est le laboratoire de la vie. » Deux façons de souligner l’unité des contraires : la crise et son dépassement. De nos jours, alors que s’accumulent sous nos yeux les symptômes du déclin – irrémédiable d’un système dans un flot de régressions, de décompositions, de déstabilisations, et que tend à s’installer dans les esprits un profond scepticisme sur la possi- bilité d’ouvrir une issue positive à cette dramatique impasse, le retour à un peu de dialectique n’est pas un luxe.

Naturellement, le passage du « péril » au « sauvetage » n’a rien de spontané ! Le « laboratoire de la vie » est fait de luttes, d’engagements, de créativité, d’expérimentations et donc de choix et de risques assumés… Cela s’appelle la politique et décrit assez bien, à mes yeux, la nature des défis auxquels sont confrontées aujourd’hui les forces de gauche, dans chacune de nos sociétés comme à l’échelle de l’Europe et du monde. Restons-en, dans le cadre de cette chronique, à la dimension franco-européenne. En France, les formations qui composent le Front de gauche ont commencé, dans la perspective des échéances politiques décisives de 2012 – élections présidentielle et législatives -, à travailler à l’élaboration publique d’un « programme populaire et partagé » avec une dimension européenne affirmée. Réussiront-elles à hisser leurs propositions au niveau requis par la situation que nous venons de décrire et à en faire le bien commun de nos concitoyennes et concitoyens en proportion significative ? C’est notre affaire à toutes et à tous d’y contribuer.

Mais, à supposer qu’une dynamique se crée qui permette un vrai changement politique en France et rende incontournable pour toute la gauche une action résolue pour réorienter en profondeur la construction européenne, « comment la France haussera-t-elle le ton (vis-à-vis de ses voisins et partenaires) si elle n’était pas écoutée ? » m’interrogeait il y a peu un internaute. C’est là que les deux pensées rappelées plus haut prouvent leur actualité. C’est, en effet, dans toute l’Union européenne, que les peuples sont désespérément (c’est le mot !) à la recherche de solutions. Un gouvernement français de gauche devrait donc impérativement miser sur eux. Toutes ses initiatives européennes devraient représenter autant de messages de solidarité, d’union et d’espoir à leur adresse. C’est, à l’opposé de toute politique de « coups de menton » comme de toute forme de repli nationaliste – comme celui entamé par le gouvernement fascisant de Hongrie -, le sens de la proposition du PCF, que le Parti de la gauche européenne (PGE) vient de faire sienne : la création d’un fonds européen de développement social et la rupture avec les dogmes actuels de la Banque centrale européenne qu’une telle innovation suppose. Si ce type d’idée – qui se fraye déjà son chemin dans le mouvement syndical européen – s’empare des forces sociales en attente de changements, je souhaite du plaisir à qui s’y opposera au nom de l’orthodoxie libérale des traités ! Oui, « là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve ».

14 janvier 2011 at 8:21 1 commentaire

L’ESPOIR,CE « MAL INCURABLE »…

On connait la citation du regretté Mahmoud Darwich,le plus grand poète palestinien,qui expliquait par ces mots l’irrépressible esprit de résistance de son peuple,malgré l’interminable calvaire de l’occupation,le torpillage systématique des négociations de paix et le sentiment d’être abandonné par la communauté internationale : « Nous souffrons d’un mal incurable qui s’appelle l’espoir. »C’est lui qui permet,au milieu de la nuit noire,d’apercevoir la petite lueur qui évite le découragement et aide à retrouver l’envie et la force de poursuivre le combat.

Une fois n’est pas coutume: voilà que la « petite lueur » nous vient d’un groupe d’importantes personnalités politiques européennes ayant toutes exercé des responsabilités de haut niveau en liaison avec la situation au Proche Orient.Qu’on en juge : cinq anciens commissaires européens dont un ex-Président de la Commission (Romano Prodi) et un ex-Vice-Président chargé des Relations extérieures -qui plus est,conservateur britannique- (Chris Patten);une quinzaine d’anciens ministres français,allemand,anglais,italien,espagnol,autrichienne,néerlandais,scandinaves…parmi lesquels six ex-ministres des Affaires étrangères (de gauche comme Hubert Védrine ou de droite comme Hervé De Charrette),trois ex-Vice Premiers Ministres et six ex-Premiers Ministres (eux aussi de sensibilités politiques diverses);et même trois anciens Chefs d’État,un ancien Directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce,ainsi que l’ex-Haut Représentant de l’UE pour la politique étrangère et de sécurité commune,Javier Solana en personne…ont publié au mois de décembre une adresse commune aux actuels dirigeants européens à propos de la question palestinienne.(1)

« L’année 2011 aura une importance déterminante pour l’avenir du Moyen Orient » soulignent-ils,notant qu’il serait grand temps de traduire en « mesures concrètes » les positions de principe qui sont officiellement celles de l’Union européenne.Suit alors toute une série d’observations et d’exigences qui correspondent souvent trait pour trait aux arguments que nous n’avons cessé,avec notre groupe de la Gauche Unitaire européenne,de mettre en avant: « L’Europe ne peut pas accepter » la politique d’Israël dans les territoires palestiniens occupés. »Il y va de sa crédibilité ».Or, »elle n’a pas sanctionné de quelconque manière l’expansion continue et systématique des colonies ».Au contraire, elle a « continué à développer ses relations bilatérales » alors même que ce « rehaussement » n’a pas lieu d’être « tant que la colonisation ne sera pas gelée. »C’est pourquoi « nous estimons nécessaire de mettre fin à l’importation des produits des colonies. »En outre, une « délégation de haut niveau de l’UE » devrait se rendre à Jérusalem-Est-dont la Lettre des anciens dirigeants met en relief l’importance stratégique.Plus généralement,est-il souligné,l’UE devrait ,en coopération avec les USA,la Russie, l’ONU, ainsi que la Ligue arabe,présenter « une proposition globale pour la résolution du conflit » et fixer une sorte d’ultimatum à Israël : « en l’absence de progrès d’ici avril 2011 »,le problème prendra de la part de l’UE, une tout autre dimension…

Voilà,en effet, l’attitude que l’on attend de l’Union européenne! Certes,certains de ces signataires n’ont pas eu le même courage quand ils étaient aux affaires…Il n’empêche: cette initiative ouvre une nouvelle perspective d’action qui légitime notre engagement de longue date.Raison de plus de nous en saisir résolument.

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(1)Lettre du Groupe des anciens dirigeants européens au Président du Conseul européen -décembre 2010.

6 janvier 2011 at 10:00 9 commentaires

PASSER A L’OFFENSIVE SUR L’EUROPE

Dans ma toute première chronique de 2010, je posais la question : « 2010 sera-t-il l’année de l’éclatement de la zone euro? » On n’en est finalement pas (encore ?) arrivé à cette extrémité. Je dirai : fort heureusement, car les peuples concernés en seraient à coup sûr les premières victimes, tant les dominations des plus puissants s’exacerberaient au détriment des plus faibles tandis que les spéculateurs s’en donneraient à cœur joie sur ce champ de ruines… Mais on n’en est pas très loin si rien ne bouge sur le fond.

Les décisions prises par les Chefs d’Etat et de gouvernement lors du dernier Conseil européen de l’année (16-17 décembre derniers) ont-elles apporté le moindre début de solution à la crise ? Hélas nullement ! Certes, l’actuel « Fonds de stabilisation financière », prévu pour une durée de trois ans, va être pérennisé. Mais, à supposer que cela évite de pousser de futurs pays fragilisés à quitter la zone euro -ce qu’il reste à prouver- leur « sauvetage  » se ferait au prix d’un véritable écrasement des populations, comme on le voit aujourd’hui en Grèce et en Irlande (et dans une certaine mesure dans tous les pays membres , à titre « préventif » !). C’est totalement inacceptable et il y a fort à parier que la généralisation de ce scandale se heurtera à une opposition de plus en plus forte.

Il faut rendre de plus en plus difficile aux dirigeants de cette « Union » en flagrant échec d’empêcher l’ouverture d’un grand débat public sur ce que pourrait être un autre type de construction : solidaire, démocratique, et capable de libérer les pays membres de l’étouffante dépendance aux marchés financiers. C’est possible. Ainsi une idée qui nous est chère depuis longtemps -la réorientation des missions de la Banque centrale européenne (BCE)- est en train de faire son chemin, notamment dans le mouvement syndical européen et y compris parmi les économistes de divers horizons. Les circonstances se prêtent à un aiguisement de ce débat. La BCE a, en effet, la possibilité de financer à des conditions très avantageuses les investissements publics pour le développement social dans les pays membres ! Et ce en créant de la monnaie, c’est à dire sans recours à l’emprunt sur les marchés de capitaux ! Voilà une exigence porteuse de ruptures salutaires autour de laquelle on peut et on doit rassembler des forces vives dans toute l’Union européenne. C’est le sens de l’initiative que vient de prendre le Parti de la Gauche européenne (PGE) : il va lancer en 2011 une collecte d’un million de signatures en faveur de la création, dans cet esprit, d’un « Fonds européen de développement social ».

Cela nécessiterait de changer les traités ? Et alors ? Les « 27 » ne veulent-ils pas modifier l’article 136 du traité de Lisbonne (qu’ils prétendaient jusqu’alors intouchable) sur le fonctionnement de la zone euro pour légaliser leur « mécanisme de stabilité » financière ? Banco, si je puis dire! Quitte à changer les traités, changeons les pour de bon. Il est temps, pour la gauche, de passer à l’offensive sur l’Europe.

Bonne année 2011 !

 

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NB : La semaine dernière, la chronique intitulée « réponse à un ami internaute » appelait une suite, tant sur les contours d’une alternative progressiste que sur le chemin à emprunter pour réussir à amorcer un tel changement. Ce que nous venons d’évoquer sur la maturation du débat d’idées et sur les perspectives d’action en France et à l’échelle européenne s’inscrit dans ce dialogue. Nous le poursuivrons dès notre prochain rendez-vous.

23 décembre 2010 at 8:27 2 commentaires

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