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PASSER A L’OFFENSIVE SUR L’EUROPE
Dans ma toute première chronique de 2010, je posais la question : « 2010 sera-t-il l’année de l’éclatement de la zone euro? » On n’en est finalement pas (encore ?) arrivé à cette extrémité. Je dirai : fort heureusement, car les peuples concernés en seraient à coup sûr les premières victimes, tant les dominations des plus puissants s’exacerberaient au détriment des plus faibles tandis que les spéculateurs s’en donneraient à cœur joie sur ce champ de ruines… Mais on n’en est pas très loin si rien ne bouge sur le fond.
Les décisions prises par les Chefs d’Etat et de gouvernement lors du dernier Conseil européen de l’année (16-17 décembre derniers) ont-elles apporté le moindre début de solution à la crise ? Hélas nullement ! Certes, l’actuel « Fonds de stabilisation financière », prévu pour une durée de trois ans, va être pérennisé. Mais, à supposer que cela évite de pousser de futurs pays fragilisés à quitter la zone euro -ce qu’il reste à prouver- leur « sauvetage » se ferait au prix d’un véritable écrasement des populations, comme on le voit aujourd’hui en Grèce et en Irlande (et dans une certaine mesure dans tous les pays membres , à titre « préventif » !). C’est totalement inacceptable et il y a fort à parier que la généralisation de ce scandale se heurtera à une opposition de plus en plus forte.
Il faut rendre de plus en plus difficile aux dirigeants de cette « Union » en flagrant échec d’empêcher l’ouverture d’un grand débat public sur ce que pourrait être un autre type de construction : solidaire, démocratique, et capable de libérer les pays membres de l’étouffante dépendance aux marchés financiers. C’est possible. Ainsi une idée qui nous est chère depuis longtemps -la réorientation des missions de la Banque centrale européenne (BCE)- est en train de faire son chemin, notamment dans le mouvement syndical européen et y compris parmi les économistes de divers horizons. Les circonstances se prêtent à un aiguisement de ce débat. La BCE a, en effet, la possibilité de financer à des conditions très avantageuses les investissements publics pour le développement social dans les pays membres ! Et ce en créant de la monnaie, c’est à dire sans recours à l’emprunt sur les marchés de capitaux ! Voilà une exigence porteuse de ruptures salutaires autour de laquelle on peut et on doit rassembler des forces vives dans toute l’Union européenne. C’est le sens de l’initiative que vient de prendre le Parti de la Gauche européenne (PGE) : il va lancer en 2011 une collecte d’un million de signatures en faveur de la création, dans cet esprit, d’un « Fonds européen de développement social ».
Cela nécessiterait de changer les traités ? Et alors ? Les « 27 » ne veulent-ils pas modifier l’article 136 du traité de Lisbonne (qu’ils prétendaient jusqu’alors intouchable) sur le fonctionnement de la zone euro pour légaliser leur « mécanisme de stabilité » financière ? Banco, si je puis dire! Quitte à changer les traités, changeons les pour de bon. Il est temps, pour la gauche, de passer à l’offensive sur l’Europe.
Bonne année 2011 !
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NB : La semaine dernière, la chronique intitulée « réponse à un ami internaute » appelait une suite, tant sur les contours d’une alternative progressiste que sur le chemin à emprunter pour réussir à amorcer un tel changement. Ce que nous venons d’évoquer sur la maturation du débat d’idées et sur les perspectives d’action en France et à l’échelle européenne s’inscrit dans ce dialogue. Nous le poursuivrons dès notre prochain rendez-vous.
VERS UNE GRANDE INITIATIVE EUROPEENNE
Le jeune « Parti de la Gauche européenne » (PGE), qui réunit une trentaine de partis progressistes dont le PCF – et depuis peu les deux autres formations du Front de Gauche, le PG et la Gauche unitaire – vient, à l’occasion de son 3ème Congrès, à Paris, de décider le prochain lancement d’une grande initiative, sans équivalent, à ce jour, dans la gauche européenne. Il s’agit de se saisir de l’instrument dit « initiative citoyenne », prévu par les traités européens: autrement dit de tenter de collecter jusqu’à un million de signatures sur une pétition adressée à la Commission européenne afin d’obtenir l’ouverture d’un débat public sur un sujet donné.
Le sujet choisi en l’occurrence est la demande du PGE que soit créé – à l’opposé de l’actuel « Fonds européen de stabilisation financière » qui est une machine de guerre contre les peuples grec et irlandais (et d’autres demain…) et plus généralement, des plans d’austérité généralisés dans toute l’Europe, – un « FONDS EUROPEEN DE DEVELOPPEMENT SOCIAL ». Ce fonds viserait à financer des investissements publics créateurs d’emplois, développant la formation et la recherche, consolidant et élargissant les services publics ou contribuant à la réalisation d’infrastructures utiles, par exemple dans le domaine de l’environnement.
Naturellement, le recours à une procédure prévue par le traité de Lisbonne ne signifie en aucun cas que le PGE approuve ce traité! Le but recherché est, au contraire, de favoriser des mobilisations de citoyennes et de citoyens contre la soumission aux marchés financiers, autrement dit contre la logique des actuels traités européens. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a été convenu, au congrès du PGE, que ce Fonds de développement social ne devait surtout pas dépendre, pour son financement, des marchés financiers.
Plusieurs sources de financement alternatives ont été envisagées. La taxation des mouvements de capitaux d’une part. Elle s’impose mais ne suffit pas. Et la Banque centrale européenne (BCE) d’autre part. Comment cela? La BCE a le pouvoir – illimité – de créer de la monnaie et de prêter cet argent à un taux et selon des critères qui relèvent de la volonté politique qui guide ces opérations. Contrainte par la crise à aider des Etats en grande difficulté, elle achète, par exemple, en ce moment des titres publics pour des dizaines de milliards d’euros, afin de sauver la zone euro de l’éclatement. C’est formellement interdit par les traités actuels – opposés à toute forme de solidarité financière dans la zone euro! – La BCE se voit donc contrainte par les circonstances de violer les traités!
Eh bien, poussons cette logique jusqu’au bout mais dans une toute autre optique: que la BCE accorde durablement, par le biais de ce « Fonds de développement social », des prêts à taux très bas, voire nuls aux Etats membres, des lors qu’il s’agit d’investissements répondant aux critères évoqués plus haut – c’est à dire créant de la valeur au lieu d’alimenter les spéculations. Voilà une campagne qui, bien préparée, argumentée et organisée à l’échelle européenne en liaison avec les luttes en cours, peut permettre enfin à la gauche de se hisser à la hauteur de ses responsabilités actuelles. Bravo et plein succès au PGE!
SARKOZY DISQUALIFIE EN EUROPE!
Tout lecteur régulier de cette chronique en conviendra: je n’ai pas l’habitude de ménager mes critiques à l’encontre des actuelles institutions européennes. Je n’en suis que plus à l’aise pour dire le mépris que m’inspire la démagogie antieuropéenne de Nicolas Sarkozy et de sa garde rapprochée à propos des réactions suscitées par la campagne de stigmatisation des Roms.
Oui, c’est la vocation et le devoir du Parlement européen de fustiger la rhétorique ouvertement discriminatoire d’un Etat membre, quel qu’il soit, et d’exiger, en l’occurrence de la France, de « suspendre immédiatement » les pratiques qui la concrétisent. Parler à ce propos de « diktat, comme l’a fait M. Besson, est indigne d’un ministre d’une démocratie. Les dernières protestations de ce type ont émané du gouvernement de droite-extrême droite d’Autriche, menacé de sanction en 2000, ou encore de la coalition xénophobe de Berlusconi, toutes ces dernières années -sans oublier le courroux manifesté par la droite française après la légitime admonestation que l’Assemblée de Strasbourg adressa à Jacques Chirac lors de la reprise des essais nucléaires par Paris, en 1995. Des références peu glorieuses!
De la même manière, si l’on peut reprocher quelque chose à la commissaire européenne « à la Justice et aux droits des citoyens » -poste occupé jusqu’à très récemment par… un Français proche de M. Sarkozy, Jacques Barrot- ce n’est pas d’avoir mis en cause la politique « honteuse » du gouvernement français à l’endroit des Roms, mais de s’y être résolue très tardivement, bien après le Comité de l’ONU contre la discrimination raciale, par exemple, sans parler de la gauche européenne, de la Confédération européenne des syndicats ou des associations de défense des droits de l’homme. E, effet, si la fameuse circulaire du 5 août demandant l’évacuation « en priorité » des camps Roms n’était connue que depuis peu, la réunion convoquée par le Président de la République au sujet des « problèmes posés par les gens du voyage et le Roms » remonte, elle, au … 28 juillet et la chasse aux Roms qu’elle a lancée a été délibérément médiatisée tout l’été. La Commission savait tout cela. Cela n’a pas empêché sa représentante (membre du PPE, comme l’UMP) d’afficher jusqu’à la mi-septembre une grande complaisance à l’égard de la France – tout comme vis-à-vis des autres pays membres qui traitent eux aussi, mais sans s’en vanter (à la notable exception de l’Italie), les Roms comme des parias.
Dans ce contexte, la sortie de Pierre Lelouche, le « Monsieur Europe » du gouvernement, à l’adresse de Madame Reding – « Ce n’est pas comme cela que l’on s’adresse à un grand Etat! » – fut un parfait condensé de l’arrogance que tant de « petits » pays reprochent à juste titre à la classe dirigeante française. M. Sarkozy lui-même avait enfoncé le clou en renvoyant la Commissaire à son pays d’origine, le Luxembourg. Curieusement, Paris supporte mieux les pratiques de Bruxelles quand il s’agit des règles de concurrence que lorsqu’il est question de droits des citoyens. En tout cas, l’espoir – sans doute vain – de grappiller quelques voix en désignant comme bouc émissaire une communauté humaine sans moyen de défense et réputée mal aimée et en relançant à cette occasion le populisme antieuropéen, aura un coût: l’image de la France est sévèrement ternie. Et son Président disqualifié.




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