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IL FAUT RETIRER LE PKK DE LA « LISTE NOIRE » !
En maintenant indéfiniment le « Parti des Travailleurs du Kurdistan » (PKK) sur la liste des « organisations terroristes », l’Union européenne et ses États membres veulent-ils égaler le record de bêtise des États-Unis , qui avaient conservé Nelson Mandela et l’ANC sur la funeste « liste noire » jusqu’en …2008, soit 17 ans après l’abolition de l’apartheid ? La France peut, en prenant unilatéralement la décision de mettre un terme à toute stigmatisation de ce parti kurde, rouvrir la discussion sur le plan européen au sujet de ce qu’est réellement le PKK aujourd’hui. Il serait temps! L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe -qui n’est pas, que l’on sache, peuplée de suppôts du terrorisme, mais d’élus de tous les pays du continent sur les enjeux de la démocratie et des droits humains- a adopté le 23 avril 2013 par 150 voix sur 161 (!) une résolution selon laquelle le PKK ne doit pas être considéré comme une organisation terroriste.
Pourquoi est-il totalement injustifié, voire outrageant, au regard du rôle que jouent aujourd’hui celles et ceux qui se reconnaissent dans cette organisation, de maintenir le PKK sur cette liste mortifère ? Retour sur quelques points de repères.
En 2002 -alors même que le PKK observait unilatéralement un cessez le feu depuis trois ans malgré la répression féroce que subissaient les Kurdes- le pouvoir turc a demandé à ses alliés de l’OTAN de criminaliser ce parti. Les États-Unis se sont aussitôt exécutés, suivis de l’Union européenne. Cette mesure a eu des conséquences dramatiques pour des milliers de Kurdes : en Turquie bien sûr, où le Pouvoir s’est senti légitimé dans sa répression antikurde; mais aussi dans plusieurs pays de l’UE, où nombre de militants ou de sympathisants du PKK ont subi des violations graves de leurs droits (liberté d’expression et de réunion notamment), quand ils n’ont pas connu procès, prison ou expulsion. En vain. « La liste terroriste n’a pas réussi à atteindre une quelconque réduction du terrorisme » souligne une association de juristes européens. Mais, en tout état de cause, poursuit-elle, « Lorsque les circonstances concrètes sur lesquelles ( des décisions d’interdiction) étaient basées ne sont plus valides, ces décisions doivent être annulées ».(1)
Tel est le cas du PKK. Son leader, Abdullah Öcalan, emprisonné depuis 15 ans, a proclamé unilatéralement à six reprises (trois avant son incarcération, trois depuis lors) un cessez-le-feu resté sans effet sur la stratégie ultra-répressive du Pouvoir turc à l’égard du mouvement kurde. En outre, le PKK a renoncé à son objectif de créer un État kurde indépendant et a opté pour une « autonomie démocratique » dans le cadre de la Turquie. S’y ajoute , depuis l’offensive des (vrais) terroristes de Daech (« État islamique »), la résistance héroïque des combattants et des combattantes du PKK ou d’organisations proches (PYD, YPG, YPJ) d’abord dans les Monts Sinjar, en Irak, où ils ont permis de sauver 200 000 Kurdes Yézidis abandonnés de tous, puis à Kobanê, en Syrie, où ils constituent le seul rempart contre la déferlante barbare des « djihâdistes ».Les soutiens aux (vrais) terroristes sont à rechercher…à Ankara ! Le pouvoir turc a pris le parti de Daech contre le PKK, au point de laisser tuer plus de…40 (!) manifestants kurdes demandant une aide militaire pour Kobanê alors très menacée (mi-octobre dernier), puis de laisser Daech attaquer Kobanê depuis le territoire turc en vue de lui permettre de briser la résistance victorieuse des combattants kurdes dans la Syrie voisine (fin novembre dernier). Enfin, le maintien du PKK sur cette liste indigne joue dangereusement en défaveur du succès du » processus de paix » engagé en toute discrétion depuis deux ans entre le Pouvoir Erdogan et Abdullah Öcalan -processus aujourd’hui gravement menacé. Mais ceci est un enjeu stratégique en soi sur lequel nous reviendrons dans une toute prochaine chronique.
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(1)Appel du 3/11/2014 de l’ Association Européenne des Avocats pour la Démocratie et les Droits Humains . L’ELDH (en Anglais) , organisée dans 18 pays, travaille notamment en partenariat avec l’Association Internationale des Juristes Démocrates .
LES KURDES DE TURQUIE ENTRE DOUTES ET ESPOIR
Un conflit vieux de 30 ans et qui a déjà couté la vie à quelque 45 000 personnes va-t-il prendre définitivement fin ou cette chance historique risque-t-elle d’être gâchée?
Le 21 mars 2013, à l’occasion de Newroz, la grande fête du Nouvel An kurde, le message du leader historique kurde, Abdullah Öcalan, détenu depuis 15 ans sur une île près d’Istanbul, à son peuple fit l’effet d’un coup de tonnerre dans tout le pays : il appela les combattants de son organisation, le PKK, à cesser le feu et à quitter la Turquie. La perspective d’une « ère nouvelle » souleva un immense espoir, particulièrement dans la population kurde, qui attendait, en retour, non seulement la fin de la répression mais la reconnaissance de ses droits. Près de quinze mois plus tard, les doutes sont perceptibles, en particulier chez les jeunes,frustrés de ne pas voir se réaliser les changements attendus de la part du gouvernement.
Dans ce contexte, l’ « Initiative Internationale pour la Paix et la Réconciliation » (IPRI), lancée suite à un appel de l’archevêque sud-africain, lauréat du Prix Nobel de la Paix, Desmond Tutu, et soutenue par d’éminentes personnalités, telles que l’ancien Président des Etats-Unis, également lauréat du Prix Nobel de la Paix, Jimmy Carter, ou Gerry Adams, Président de Sinn Fein (Irlande), a décidé d’envoyer une mission d’enquête en Turquie. Son objectif était de rencontrer toutes les parties concernées: le parti AKP du Premier Ministre Erdogan; les différents partis d’opposition -dont le parti à majorité kurde BDP/HDP- ainsi qu’un large éventail d’organisations et de personnalités de la « société civile »; puis de tirer des conclusions de ces entretiens dans un rapport circonstancié destiné à être publié et largement diffusé (1).
Sans anticiper sur le rapport en question, on notera d’une part,avec intérêt, des ouvertures prometteuses de la part du gouvernement, tout en pointant, de l’autre, avec inquiétude, la tentation de ces mêmes autorités de reporter les mesures les plus attendues aux lendemains des prochaines élections présidentielles (août 2014) et législatives (2015).
Au titre des décisions encourageantes, on évoquera par exemple le fait qu’un vice Premier Ministre, Monsieur Besir Atalay, dont l’attitude est jugée plutôt modérée,a été chargé du suivi du « processus de paix »; le fait que le projet d’autoriser le retour au pays des militants Kurdes exilés dès lors qu’ils ne sont pas recherchés pour « crimes » a été évoqué; le fait qu’ une « Commission de Sages », comprenant des personnalités très respectables, a pu organiser pendant trois mois des consultations et établir des propositions destinées au gouvernement; le fait que des rencontres entre des représentants du parti kurde et Abdullah Öcalan ont été facilitées…Ce n’est pas rien. Le leader emprisonné aurait même annoncé à des proches que « le gouvernement s’apprête à faire un pas important ».
Le problème est que ces annonces tardent à se concrétiser: l’éducation en langue kurde n’est autorisée que dans les écoles privées; les lois « antiterroristes » sont toujours en vigueur; la barre des 10% permettant l’entrée d’un parti au Parlement est toujours en vigueur; les retards de développement de la région kurde sont toujours aussi évidents; les mesures répressives continuent d’y sévir; les prisonniers politiques malades ne sont pas libérés. Quant au « dialogue » entre le gouvernement et Öcalan, il reste informel et sa substance secrète: pour créer un climat de confiance, on peut mieux faire! Le moment est critique. Au moment où nous quittions la Turquie,on enterrait deux jeunes, tués par l’armée au cours d’une manifestation à Dijarbakir, la grande métropole kurde…
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(1) La mission d’enquête s’est déroulée du 2 au 9 Juin dernier à Istanbul,Ankara et Dijarbakir. Elle a été conduite par Monsieur Essa Moosa, ancien avocat de Nelson Mandela puis juge à la Haute Cour d’Afrique du Sud. Elle comprenait, en outre, Monsieur Osman Kavala, une personnalité du monde économique et culturel de Turquie et moi-même, FW.
L’EUROPE SOLIDAIRE A RENDEZ-VOUS A ISTANBUL
« Un autre monde est possible! » Dix ans déjà que ce slogan, alors novateur, a commencé à rassembler militants de gauche et acteurs sociaux des cinq continents. Depuis la chute du Mur de Berlin, le capitalisme se voulait triomphant et éternel. Le rassemblement gigantesque contre la Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à Seattle (USA), en novembre 2009, donna le signal de la contre-offensive progressiste à l’échelle de la planète. Dans la foulée, naquit l’idée d’un « forum social mondial » (FSM) comme réplique populaire au « forum économique mondial » de Davos – ce rendez-vous annuel informel des ténors du capital et de leurs principaux interlocuteurs politiques. Le Parti des Travailleurs du Brésil, le « parti de Lula », proposa de tenir ce nouveau lieu d’échanges alternatifs à Porto Alegre. Il proposa, dans le même temps, à notre groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE-NGL) au Parlement européen de constituer en commun un « Forum parlementaire international » au sein du FSM. Ce qui fut fait. Magnifique expérience alliant le sérieux des débats de fond à la chaleur humaine de la solidarité internationale.![article-manif-londres[1]](https://franciswurtz.net/wp-content/uploads/2010/07/article-manif-londres1.jpg?w=300&h=189)
Au fil des ans, ce processus se diversifia, notamment en se régionalisant une année sur deux. Ainsi, pour la sixième fois, se tient (du 1er au 4 juillet 2010) un « Forum social européen », cette fois symboliquement, à Istanbul, en Turquie, pour signifier qu’aux yeux des progressistes, ce pays a toute sa place en Europe – non seulement lors de l’euro de foot…, mais aussi pour l’organisation de la vie sociale et politique du continent! Une fois encore, quelque 10 000 voix de cette Europe solidaire que nous aimons vont se faire entendre sur des thèmes en rupture avec les orientations en vigueur: « Crise sociale et économique: résistance et alternatives »; « Des droits sociaux pour une Europe sociale »; « Quel type de démocratie? Promotion des droits civils et politiques »; « Contre l’Europe forteresse »; « L’égalité contre les discriminations. L’alternative féministe »; « Sauvons la planète »; « La paix contre la guerre » et notamment le rejet de l’occupation des territoires palestiniens; « la jeunesse : le droit à l’éducation, au travail et à un avenir »; « L’Europe et le monde: coopération et développement » etc…
Naturellement, ce type de forum a une limite: il n’ouvre pas par lui-même de débouché politique. C’est sans doute parce qu’une partie des progressistes qui se sont investis dans les premiers rassemblements de ce type espéraient en voir éclore quasi-spontanément cet « autre monde » dont la nécessité est si vivement ressentie qu’il en a résulté une forme de déception ou de lassitude qui s’est traduite par un affaiblissement du mouvement altermondialiste. C’est que, pour transformer la société, dépasser le capitalisme, changer le monde, rien ne permet de faire l’économie d’un combat politique, en liaison avec les luttes sociales, organisé dans la durée, à l’échelle de chaque pays et en coopération étroite avec le plus de partenaires possibles d’autres pays, notamment au niveau d’une région structurée comme l’Union européenne. Forums sociaux et combat politique sont complémentaires et doivent s’articuler.
Aussi est-il heureux qu’à côté des mouvements sociaux et de réseaux progressistes – comme « Transform » -, un parti politique tel que le PCF soit présent à Istanbul et que son premier dirigeant y débatte des « réponses politiques à la crise ».




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