Posts filed under ‘kurdes’
LA « FORTERESSE-EUROPE » SE LÉZARDE
« Le choix est désormais entre le sursaut et la barbarie » écrivions-nous cet été, en appelant de nos vœux la rupture de cette « mentalité de forteresse assiégée » vis-à-vis des réfugiés ( 1). C’est le moment où , aux yeux de François Hollande, il fallait « tout faire pour qu’ils évitent de venir jusqu’à nous » tandis que Manuel Valls repoussait bruyamment toute idée de partage obligatoire de 40 000 demandeurs d’asile entre tous les pays de l’Union européenne. L’Europe ne songeait qu’à se barricader : indigne et mortelle illusion ! Trois semaines plus tard, la crainte du glissement vers la barbarie a commencé à produire un début de sursaut.
Entre-temps , aux effroyables naufrages en mer s’était ajoutée une série de tragédies insoutenables sur le sol européen. Jusqu’à cette découverte du « camion de la honte » à Vienne , au moment même où se tenait dans la capitale autrichienne un sommet européen avec les pays des Balkans consacré, notamment, au problème des migrants . Une semaine plus tard, l’image du petit Aylan provoqua un choc sans pareil en cristallisant sur le visage d’un enfant -si semblable à ceux que nous connaissons toutes et tous- l’horreur que subissent en masse les réfugiés recherchant en Europe un havre de paix.
Ce fut la Chancelière allemande qui, la première, mesura combien cette escalade de drames insupportables réveillait les consciences dans son pays. Elle sut trouver les mots pour être au diapason de la majorité de son opinion publique . Elle surprit tout le monde en proposant d’accueillir 800 000 réfugiés cette année. Elle s’attribua une sorte d’ « hégémonie morale » en donnant l’exemple et en appelant les dirigeants européens à la dignité et à la raison . En passant, elle prit l’initiative ( heureuse ) de briser unilatéralement un tabou -critiqué de toutes parts mais jamais remis en cause- : le règlement dit « de Dublin » qui reporte la prise en charge des demandeurs d’asile sur les seuls pays par lesquels entrent les réfugiés : en particulier la Grèce, l’Italie, la Hongrie, l’Espagne…Enfin, elle transforma son idée propre de « mécanisme permanent obligatoire » d’accueil – portant sur 120 000 réfugiés déjà arrivés en Europe- en « initiative franco-allemande ». Paris s’ est ainsi trouvé co-signataire avec Berlin d’une lettre demandant au président de la Commission européenne d’agir en faveur d’une mesure que la France avait refusée au même Jean-Claude Juncker au début de l’été , qui plus est en triplant cette fois le nombre de personnes à accueillir…
Que retenir de cette lézarde dans l' »Europe-forteresse » ? D’abord, quelles que soient les arrières pensées de la Chancelière -qu’elles soient économiques ( l’Allemagne a un besoin crucial de main d’œuvre en raison du vieillissement de sa population ) ou politiques ( un « magistère moral » au service du rayonnement du pays ), on ne peut que se réjouir de cette première brèche ouverte . D’autres feraient bien d’en « prendre de la graine » : la France, jadis « terre d’asile », en premier lieu ! Ensuite, rien de tout cela ne se serait produit sans la mobilisation de larges secteurs de la société : particulièrement en Allemagne , et ce depuis plusieurs mois, face aux violences criminelles des néo-nazis, poussant même le puissant journal « Bild », habituellement scandaleusement populiste, à lancer une campagne pour rassembler des dons ! Enfin, cette nouvelle donne doit nourrir un élan durable, car nous sommes loin du compte. Nombre de responsables politiques -y compris en France- n’attendent que le reflux du mouvement de solidarité pour revenir à leurs « fondamentaux » égoïstes et sécuritaires. Un vrai défi de civilisation.
———–
(1) Voir HD du 20/8/2015
IL FAUT ARRÊTER LE BRAS DE L’INCENDIAIRE ERDOGAN !
Le Président turc est engagé depuis deux semaines dans une aventure criminelle de très grande envergure. Et il bénéficie pour accomplir son forfait du soutien explicite des Etats-Unis et de l’OTAN , comme de l’incroyable « laisser-faire » des Etats européens, dont la France. Un cri d’alarme s’impose de toute urgence !
Tout d’abord, Erdogan vient de prendre la décision totalement irresponsable de mettre fin aux pourparlers de paix entamés depuis 2013 entre Ankara et le leader historique du PKK , Abdullah Öcalan . Celui-ci ,emprisonné et isolé depuis plus de quinze ans, avait appelé les combattants de son organisation à cesser le feu et à quitter la Turquie avec leurs armes. Fort de son autorité, il avait obtenu gain de cause auprès de la majorité de ses partisans. La contrepartie devait être l’arrêt de la répression et la reconnaissance progressive des droits du peuple kurde. La poursuite des violences policières et militaires et l’absence de résultats significatifs -toujours reportés dans la perspective de l’élection présidentielle de 2014, puis de celle du scrutin législatif de 2015- ont alimenté d’évidentes frustrations parmi la jeunesse kurde. La paix ne tenait que grâce aux appels répétés d’Öcalan à « rester patients » et à « garder espoir » dans les négociations en cours . C’est dans ce contexte qu’est intervenu le grave revers électoral d’Erdogan, le 7 Juin dernier : pour la première fois, un parti « pro-kurde » entrait comme tel (et en force ! ) au Parlement , privant l’aspirant-dictateur de sa majorité absolue, à plus forte raison de la majorité renforcée qu’il espérait pour établir un régime présidentiel. Le « sultan » mégalomane a donc dû partir à la recherche d’un partenaire de coalition. Sans succès à ce jour. Dès lors, se préparant à des élections anticipées, et prêt à tout pour les gagner, Erdogan s’est lancé dans une campagne ultra-nationaliste . Dès lors, plus question de laisser planer le moindre espoir d’une reconnaissance des droits des Kurdes !
Ce crime contre la démocratie se double d’un crime contre la paix. Car, cette politique du pire porte en elle l’immense danger d’une reprise de la guerre civile qui a déjà coûté 45 000 vies humaines et trente années de malheur ! Or, Erdogan s’engouffre dans cette sanglante impasse. Sa cible privilégiée n’est autre que le principal partisan d’une solution politique (et non militaire) du problème kurde : Selahattin Demirtas, le jeune et brillant co-président du nouveau parti progressiste HDP qui a réussi, lors du scrutin du 7 Juin dernier, à rassembler non seulement la majorité des Kurdes mais nombre de démocrates turcs sur un programme résolument anti-nationaliste et pacifique. En tentant d’écarter Demirtas -celui-là même qui s’évertue à réduire les tensions en soulignant à l’adresse des militants kurdes exaspérés que « le sang ne peut être lavé par le sang »- et en redoublant de violence contre le peuple kurde, le tyran d’Ankara apporte la preuve qu’il préfère un conflit meurtrier qui lui assure les pleins-pouvoirs à une démocratie apaisée qui l’obligerait à respecter les droits de chacune et de chacun.
Enfin, en plus de mettre gravement en péril la démocratie et la paix en Turquie même, Erdogan torpille la lutte , unanimement saluée, des Kurdes dans la Syrie voisine contre le terrorisme de l’ « Etat islamique ». Après avoir refusé tout soutien aux combattants et combattantes kurdes de Kobané dans leur résistance héroïque -et efficace !- à Daech , puis pactisant notoirement avec les djihadistes, Erdogan cherche ouvertement à empêcher les Kurdes de Syrie de libérer leur région, allant jusqu’à faire bombarder l’un de leurs villages ! Il faut d’urgence arrêter le bras de cet incendiaire. On ne peut , pour cela , compter sur Washington , qui lui a donné , au contraire, son scandaleux et absurde feu vert. Quand Bruxelles, Berlin et Paris se décideront-ils à réagir ?




Commentaires récents