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GAZ POLLUANTS : UN TRIPLE SCANDALE EUROPÉEN

wurtz-l-humanite-dimancheLa décision « abracadabrantesque » prise à Bruxelles le 28 octobre dernier d’accorder aux constructeurs automobiles le droit de dépasser de 110% les normes européennes en matière d’émission de gaz polluants par les véhicules automobiles a provoqué un légitime tollé . Au point que Ségolène Royal a cru nécessaire -à moins d’un mois de la COP 21- de promettre qu’une prochaine réunion des ministres européens « remettra les choses au clair ». Il y a de quoi ! Il s’agit, en fait, d’un triple scandale qui met en lumière des tares structurelles de l’actuelle Union européenne.

Le premier d’entre eux saute aux yeux : en réponse aux pressions des grands constructeurs, l’ « Europe » légalise la triche en matière de pollution automobile ! Rappelons les faits : bien avant que n’éclate l’incroyable « Affaire Volkswagen » -en fait, au moins depuis 2013- , l’Union européenne sait pertinemment que 90% des constructeurs ne respectent qu’en apparence le plafond d’émission de gaz polluants fixé par une directive européenne de… 2007 -et ce grâce à leurs tests « bidons » réalisés en laboratoire, dans des conditions qui ont peu à voir avec celles que rencontreront les futurs clients. Ce n’est qu’après la révélation du pôt-aux-roses « VW » que les dirigeants européens se sont décidés à rappeler à l’ordre les tricheurs. Par des sanctions ? Non : ils devront simplement se mettre en règle d’ici 2017 ( soit dix ans après l’adoption de la directive ) et les tests seront désormais réalisés en condition réelle. Cool ! Mais comme cette souplesse ne suffit pas aux industriels de l’automobile, Bruxelles vient de leur consentir un « seuil de tolérance » de 110% jusqu’à 2020 puis, durablement, une « marge d’erreur » de 50% au-delà de cette date. Le lobbying, ça marche en Europe !

Mais ce n’est pas tout ! Le deuxième scandale, c’est que cette capitulation devant les groupes de pression -en particulier allemands, très virulents, mais aussi français, britanniques, etc- n’ émane ni du Conseil des ministres européens ni du Parlement européen , autrement dit les deux institutions qui ont adopté ensemble la directive en 2007, mais…d’un « Comité technique » ! Kesako ? Il en existe plus de 300 ! Institués au moment du grand tournant libéral de la fin des années 80, ils n’ont cessé de proliférer depuis. Ils sont composés d’ « experts » appelés à assister la Commission européenne dans l’exécution des décisions des co-législateurs ( en l’occurrence, assurer l’application effective de la directive sur les gaz polluants ) . En principe donc, ils ne prennent pas de décision. Mais si une majorité qualifiée de ces « experts » s’oppose à un projet de la Commission , celui-ci tombe. Ce fut le cas cette-fois-ci. Mais, au fait : qui sont ces « experts » dotés de pouvoirs occultes aux lourdes conséquences ? C’est là le troisième scandale qui -telle une poupée russe- s’emboîte dans les deux premiers : nul ne les connaît ! Au départ, il s’agissait de fonctionnaires représentant chaque gouvernement. Depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, ce sont des « professionnels issus d’Etats membres quels qu’ils soient, voire même des experts internationaux, choisis par la Commission » (1) . Certes, Parlement et Conseil des Ministres sont censés être tenus informés de ces « consultations » et peuvent, le cas échéant, se saisir du litige. Ce qu’ils vont sans doute faire, finalement, …après l’indignation suscitée par l’ « affaire ». Comme quoi, l’implication de citoyens dûment informés est décisive pour déjouer les pièges de la démocratie mitée de l’actuelle Union européenne.

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(1) REIF No 54 ( Décembre 2014 )

5 novembre 2015 at 10:38 Laisser un commentaire

DIALOGUE PROMETTEUR ENTRE CHYPRIOTES GRECS ET TURCS

wurtz-l-humanite-dimancheIl y avait beaucoup d’attention et d’émotion, le 21 octobre dernier, dans la salle du groupe de la « Gauche Unitaire Européenne » (GUE-NGL ) au Parlement européen : pour la première fois, deux leaders politiques parmi les plus représentatifs de chacune des deux grandes communautés -grecque et turque- de Chypre y dialoguaient ensemble, trois heures durant, avec des dizaines de représentant-e-s de la société chypriote dans toute sa diversité.

L’initiative de cette belle rencontre revient au parti AKEL, le très influent parti communiste de la République de Chypre. Travailler au rapprochement des différentes composantes de la population chypriote est une constante de la stratégie de cette formation, majoritairement -mais non exclusivement- composée de Chypriotes grecs. Elle tire en partie son audience exceptionnelle de son combat , ininterrompu depuis l’invasion turque de 1974, en faveur de la réunification du pays et de l’égalité politique entre ses communautés , séparées depuis 41 ans.

Ce parti est membre de notre groupe GUE-NGL depuis l’entrée de la République de Chypre dans l’Union européenne, en 2004. Les habitants de la partie occupée, eux, ne peuvent pas, en revanche, envoyer de député à Strasbourg et Bruxelles, car leur entité échappe à la souveraineté de la République de Chypre. L’événement , cette fois, était donc la présence conjointe, au Parlement européen, du Secrétaire général d’AKEL, Andros Kyprianou, et du Président du Parti républicain turc, de la partie Nord de l’île, Mehmet Ali Talat, qui fut, jusqu’en 2010, le premier dirigeant de la communauté chypriote turque.

Pour qui a suivi, en ce temps-là, l’actualité de cette île politiquement ultra-sensible au cœur de la Méditerrannée , Monsieur Talat n’est pas un inconnu. C’est lui qui négocia, sous l’égide des Nations-Unies, de 2008 à 2010, avec le Président -communiste- de la République de Chypre, Demetris Christofias, pour tenter de parvenir à un accord ouvrant la voie à une réunification de Chypre. Tâche éminemment complexe ! D’abord, en raison des différends accumulés qui touchent à des problèmes clés : répartition du territoire; partage du pouvoir; structure du futur Etat; garanties démocratiques; droits des réfugiés sur leurs propriétés situées dans « l’autre » partie de l’île; relation à l’Union européenne et à ses règles; questions économiques; enjeux sécuritaires…Ensuite, et surtout, du fait de l’opposition de la puissance occupante -l’Etat turc , ses colons et …ses quelques 40 000 soldats présents sur ce petit territoire- à toute idée d’émancipation de son « bébé » ( dixit Erdogan ! ) . Au terme de leur mandat respectif, Christofias et Talad n’en parvinrent pas moins à un ensemble de « Convergences » sur des points majeurs .

Gelées depuis cinq ans, suite à la victoire des nationalistes dans la partie Nord de l’île, les négociations reprennent aujourd’hui avec l’arrivée à la tête de la communauté chypriote turque d’un nouveau leader , Mustafa Akinci, visiblement favorable à la réunification en même temps qu’apparemment décidé à résister à l’obsession hégémoniste du Président turc. C’était donc le bon moment pour rappeler l’acquis des négociations en 2010 , comme base de départ pour de nouvelles avancées, qu’on espère, cette fois, décisives et incontournables, y compris pour le dangereux maître d’Ankara.

29 octobre 2015 at 11:32 Laisser un commentaire

L’IMPUNITÉ DE NETANYAHOU : UN CRIME CONTRE LA PAIX !

wurtz-l-humanite-dimancheLe 4 novembre prochain, cela fera vingt ans que Yitzhak Rabin, alors Premier Ministre d’Israël , a été assassiné par un ultra-nationaliste israélien . Cette tragédie eut lieu dans un contexte marqué par une campagne de haine quasi-hystérique de la droite et de l’extrême droite de ce pays contre un leader coupable de s’engager dans un processus de paix avec son homologue palestinien, Yasser Arafat. Depuis ce jour funeste, une génération entière de Palestiniens n’a plus connu le moindre espoir d’une paix juste, assurant la fin de l’occupation, de la colonisation, de l’humiliation sans limite. Aujourd’hui, nous sommes peut-être à l’aube d’un nouveau soulèvement populaire qui a démarré, cette fois,  là où le pouvoir de Tel Aviv s’y attendait le moins : la partie palestinienne -annexée- de Jérusalem.

C’est le moment de revenir sur ce terrible tournant de 1995 . D’abord, pour rappeler qu’il a toujours existé -et qu’il existe aujourd’hui même- en Israël des hommes et des femmes en grand nombre qui combattent l’occupation avec courage et dignité, fût-ce au péril de leur vie. Ensuite, pour souligner la responsabilité écrasante de tous ceux qui, en Europe et en « Occident » en général, garantissent aux incendiaires au pouvoir en Israël une impunité absolue . Ce faisant, ils ne défendent pas Israël, ils protègent les héritiers des assassins de Rabin.

Qui était , en effet, durant les jours et les semaines précédant les coups de feu mortels contre le Premier Ministre de l’époque, à la tête des hordes d’extrémistes vociférant jusque sous les fenêtres de celui-ci et brandissant des pancartes prémonitoires, représentant Rabin dans le viseur d’un sniper ? Le chef du Likhoud -déjà !- un certain Benjamin Netanyahou !

L’homme à l’encontre duquel il alimenta la haine parmi ses supporters n’avait pourtant pas un profil de pacifiste. Ancien Chef d’Etat-Major de l’armée durant la « Guerre des six jours », en 1967, il fut ministre de la Défense au moment de la première « Intifada ». Mais, en véritable homme d’Etat, il sut , avec lucidité et courage, tirer les leçons de son expérience. Lors de l’impressionnant rassemblement en faveur du processus de paix à l’issue duquel il tomba sous les balles du tueur Ygal Amir, il a tenu un discours que les parrains honteux de l’actuel gouvernement d’Israël -le plus réactionnaire qu’ait connu ce pays-gagneraient à méditer . En voici quelques phrases qui en illustrent l’actualité : « La violence s’attaque à la base de la démocratie israélienne. Elle doit être condamnée et isolée (…) La paix a ses ennemis qui tentent de nous atteindre, pour torpiller le processus de paix (…) Pour Israël, il n’est pas de chemin qui soit sans douleur. Mais la voie de la paix est préférable à celle de la guerre. Je vous dit cela en tant qu’ancien soldat (…) Je veux que ce gouvernement exploite chaque ouverture, chaque occasion de promouvoir et de parvenir à une paix totale.  » (1)

D’autres grands personnages d’Israël ont , par la suite, osé creuser ce sillon : c’est l’intérêt bien compris d’Israël d’assurer une paix juste et durable avec le peuple palestinien. Une référence en la matière reste le discours historique de Avraham Burg, alors Président de la Knesset, à l’occasion du 53ème anniversaire de la création du Parlement israélien, en 2002 : « Un peuple d’occupants finit par être changé et défiguré par les tares de l’occupation » lança-t-il , sous les huées de la droite, à ses collègues en les invitant à voir en face ce qu’ils ont fait de leur pays , avant d’annoncer sa visite prochaine au Parlement palestinien à Ramallah ! (2)

Dans quelques jours, lorsque les dirigeants européens et occidentaux rendront hommage à Yitzhak Rabin, rappelons-leur qu’entre la fidélité à l’héritage du Premier Ministre israélien de 1995 et la complaisance vis à vis de celui de 2015, il faut choisir ! L’impunité de Nétanyahou est un crime contre la paix .

——–
(1) Dernier discours d’ Yitzhak Rabin (4/11/1995)
(2) voir « Humanité » (30/1/2002) . Aux dernières élections (mars 2015), Avraham Burg a rejoint la liste du Parti communiste israélien et de ses alliés , devenus le 3ème groupe de la Knesset .

22 octobre 2015 at 8:45 Laisser un commentaire

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