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VERS UNE « DÉMOCRATIE CONFORME AU MARCHÉ  » ?

L’enterrement de pans entiers du modèle social français issu du Conseil National de la Résistance par François Hollande en ce début d’année a ravivé le débat autour de son exact opposé : le prétendu « modèle allemand » incarné par l’ancien Chancelier social-démocrate Gerhard Schröder (« Agenda 2010 »), puis par la dirigeante fw12chrétienne-démocrate qui lui a succédé , Angela Merkel. Les commentaires suscités outre-Rhin par la récente conférence de presse de l’Elysée sont, à cet égard, d’une clarté aveuglante. D’un côté, le Président de la fédération patronale (BDI) s’est félicité des annonces faites à Paris car « cela (lui) rappelait un peu les réformes Schröder », tandis que le président de la confédération syndicale (DGB) a critiqué ces mêmes orientations…parce qu’elles lui « font penser à l’ « Agenda 2010 « et à toutes les mesures qui y sont liées. « Référence pour l’un ; repoussoir pour l’autre,  le « modèle » en question mérite qu’on s’y arrête une fois encore pour en clarifier la portée et faire un sort à quelques « idées reçues » à son propos. C’est l’exercice auquel vient de se livrer avec pertinence, vendredi dernier à Strasbourg, Bruno Odent autour de son livre : »Modèle allemand -une imposture » (1).

Première idée trompeuse: les « bonnes performances » de l’Allemagne sont le fruit des « réformes Schröder ». Faux. Sur dix ans (2002-2012), les richesses produites outre-Rhin se sont accrues de 1,2% par an seulement, en moyenne . Le rebonds ne concerne que deux années sur les dix (2010-2011).Celui-ci est intervenu après une récession record -supérieure à 5% !- en 2009 (deux fois plus forte qu’en France). Les véritables atouts de l’Allemagne sont tout autres et bien antérieurs au tournant de l’austérité : densité industrielle (à l’opposé de la désindustrialisation opérée en France) ; salaires et protection sociale traditionnellement élevés ; relation étroite entre les banques et l’industrie, etc…Ce sont précisément ces atouts que la logique Schröder-Merkel mine progressivement.

Autre idée à revoir: il y a, certes, des inégalités sociales en Allemagne, mais l’économie y est florissante. Faux. Il n’y a pas que des inégalités dans le pays européen le plus riche, il y a un essor de la pauvreté, y compris au travail du fait de la précarité. 15% de la population y vivent sous le seuil de pauvreté (c’est encore pire qu’en France). Une étude officielle indique qu’un salarié relativement bien payé (2500€ brut) doit s’attendre à toucher une retraite de base de…850€ par mois. Concernant l’économie, l’institut allemand des statistiques s’attend à une quasi-stagnation sur l’année 2013 (0,4%), une situation à peine moins préoccupante qu’en France (0,2%). Le manque d’investissements dans les infrastructures publiques est notoirement dramatique.Voilà l’héritage réel du prétendu « modèle ».

Dernier exemple d’idée pernicieuse: grâce à l’instauration du salaire minimum -et de la relance de la consommation intérieure qui s’en suivra- l’Allemagne va pouvoir rejouer le rôle de locomotive de la croissance en Europe. Faux, à tout le moins très exagéré. Certes, la perspective de la création d’un « SMIC » est une rupture naturellement très positive avec les dogmes « ordolibéraux » de la classe dirigeante allemande qui veulent que l’Etat n’interfère pas dans les rapports entre « partenaires sociaux »! Mais la mesure n’interviendra pas avant 2015, et même 2017 dans toutes les branches où les minima sont actuellement inférieurs à 8,50€ (brut). D’ici-là, le contrat de gouvernement ne prévoit pas d’évolution du niveau du salaire minimum au-delà de cette somme (le SMIC français est aujourd’hui de 9,53€ brut). C’est ce « modèle » que Madame Merkel appelle une « Démocratie conforme au marché »…Un exemple pour la France ou pour l’Europe?

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(1) Editions « Le temps des cerises » (2013)

23 janvier 2014 at 6:38 Laisser un commentaire

EUROPE: VOIR AU-DELÀ DU « COUP DE BALAI »

    wurtz-l-humanite-dimanche    La légitime exaspération que suscite la politique de l’Union européenne toutes ces dernières années nourrit ici ou là l’idée qu’il faudrait un « coup de balai » pour nous débarrasser de toute cette pseudo « élite » de Bruxelles, et par là-même de toutes les calamités qu’elle incarne aux yeux du plus grand nombre. Méfions-nous: ce type de slogan peut paraître radical, mais il est en réalité à courte vue. Il n’encourage pas les citoyennes et les citoyens à s’approprier les enjeux européens ( Par exemple, le choix de classe qui oppose ceux qui aspirent à faire de la promotion des capacités humaines la priorité de la future politique européenne aux obsédés de la course à la compétitivité par la baisse du « coût du travail » et des dépenses publiques) . Or, seuls celles et ceux qui voient clair sur ces choix sont en mesure d’agir sur eux . La gauche n’a rien à gagner à cantonner le peuple dans une posture purement protestataire, à privilégier le réflexe sur la réflexion et la surenchère verbale sur l’intervention de fond.

Ironie du sort, cette année, c’est ,du reste, l’Union européenne elle-même qui va, en quelque sorte, en raison d’échéances qui se télescopent, donner un « coup de balai » dans les hautes sphères du pouvoir « bruxellois »!Qu’on en juge: le Président de la Commission européenne, M. Barroso? Il quitte définitivement son poste le 1er novembre prochain. Le Président du Conseil européen, M. Van Rompuy? Il se retire impérativement un mois plus tard. La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires Étrangères et la politique de sécurité, la Baronne Catherine Ashton? Elle va retrouver la Chambre des Lords cet automne. Si on ajoute à la liste le Président du Parlement européen, M.Schulz, qui rend son tablier en mai, on le constate: bien des ténors de l’actuelle « nomenklatura » européenne  vont devoir céder la place en 2014. Et pourtant, ce seul fait ne conduira évidemment pas aux changements attendus par la majorité de nos concitoyens !

Pour que puisse s’ouvrir avec succès un processus de « refondation » de la construction européenne , il faut qu’un ou , si possible, plusieurs pays prennent l’initiative de rompre avec les dogmes libéraux actuels,  mais il faut aussi que cette rupture soit massivement comprise et soutenue par les citoyens du plus grand nombre de pays possible. Pour créer les conditions de ces convergences, les slogans gauchistes ne sont d’aucun secours. C’est l’aiguisement de la bataille des idées alternatives à celles des libéraux de tous genres qui est décisive. Et c’est le rassemblement le plus large autour de ces idées de changements qui est déterminant. L’élection européenne est un moment-clé pour concrétiser ces nouveaux rapports de force grâce à une bonne représentation au Parlement de Strasbourg.

Saisissons à pleines mains, dans cet esprit, le levier du scrutin du 25 mai prochain! En France-même , nous savons comment faire appel à l’intelligence de nos concitoyens : l’expérience de la bataille contre le traité constitutionnel de 2005 est gravée dans la mémoire collective. Quant à notre campagne à l’échelle européenne , le soutien massif de la gauche critique européenne (celle du Parti de la Gauche Européenne que préside Pierre Laurent) à la candidature de notre ami Alexis Tsipras -le leader de Syrisa, aujourd’hui première force politique de Grèce!- à la présidence de la Commission va nous offrir une opportunité sans précédent de défendre ,ensemble, nos idées jusque sur la scène européenne . C’est tout cela, le défi à relever aujourd’hui.

16 janvier 2014 at 7:40 Laisser un commentaire

LE DROIT EUROPÉEN ET LE « DUMPING SOCIAL »

wurtz-l-humanite-dimanche    Pour « re-fonder » l’Europe, il est bon de bien cerner ses fondements actuels , pour mieux les cibler dans les débats comme dans les actions. Exemple très actuel: la directive sur les « travailleurs détachés » de 1996 . Rappelons-en la teneur:  une entreprise établie dans un pays de l’Union européenne (UE) peut « détacher » des travailleurs dans un autre Etat de l’UE pour y fournir un service pendant une période limitée. Dans ce cas, l’entreprise étrangère peut appliquer les règles de son pays d’origine, sauf en ce qui concerne « un noyau dur de règles protectrices clairement définies »pour lesquelles s’applique le droit du travail du pays d’accueil. Dans ce « noyau dur » figure notamment le respect du salaire minimum du pays d’accueil, mais ….pas le versement des cotisations sociales . Celles-ci doivent être payées dans le pays d’origine (soit, selon l’Etat en question, deux voire trois fois moins qu’en France,par exemple.) Le « coût du travail » – qui obsède tant le patronat- sera donc bien moindre pour l’entreprise étrangère que pour ses concurrentes locales. Ce qui encourage naturellement les employeurs du pays d’accueil à accentuer encore leur chantage à l’emploi et les pressions à la baisse des salaires et des « charges » sociales , ou encore à sous-traiter les travaux qui s’y prêtent à des entreprises de pays voisins, aux législations plus douces aux patrons.

Il est beaucoup question de cette directive en ce moment . A Bruxelles, on fait grand cas de la préparation d’une nouvelle directive (annoncée par M. Barroso, le président de la Commission, depuis … 2009 ) visant à améliorer « l’application » de la précédente pour limiter (à la veille des élections européennes) les abus scandaleux qui révulsent légitimement les citoyens. Il faut naturellement suivre de près ces négociations .Toute (éventuelle) avancée, même très partielle , mériterait, le cas échéant , notre soutien. Mais la bataille ne peut s’arrêter là.

Elle doit éclairer les citoyens sur l’imposant arsenal juridique européen progressivement mis en place, et qu’il faut remettre en cause car il « légalise » le « dumping » social par la mise en concurrence des travailleurs et des modèles sociaux . La directive de 1996 sur les « travailleurs détachés »n’est que la partie émergée de cet iceberg . Elle était même censée en être le « garde-fou » grâce à son « noyau dur de règles protectrices » destiné à éviter des explosions sociales.

Le problème de fond, ce sont d’abord les traités, dont tout découle. La « libre circulation des services » est citée dès le traité de Rome en 1957 parmi les « libertés du marché », mais sa réalisation commence réellement à la fin des années 80 avec le « marché unique », puis se poursuit avec Maastricht. La directive « Bolkestein » était directement inscrite dans cette ligne stratégique. Par ailleurs, la Cour de Justice de l’UE s’est lancée , à partir de 1991 ,dans une interprétation de plus en plus libérale des traités, allant jusqu’à autoriser, en 2008, une entreprise de construction polonaise à payer ses ouvriers « détachés » en Basse-Saxe moitié moins que le …salaire minimum en vigueur dans le secteur du bâtiment de ce Land allemand, sous prétexte qu’il ne s’agissait pas d’un SMIC national! Elle a également condamné le Luxembourg pour avoir obligé des entreprises étrangères d’appliquer à leurs « travailleurs détachés » la loi luxembourgeoise qui prévoit l’indexation automatique des salaires sur le coût de la vie!.La directive de 1996 s’avère être un garde-fou qui n’arrête pas les fous …C’est bien pourquoi il faut aller beaucoup plus loin et réorienter en profondeur cette Europe, en visant sa refondation .

5 décembre 2013 at 12:39 1 commentaire

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