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BCE-GRÈCE : COUP DE FORCE, MAIS AVEU DE FAIBLESSE

wurtz-l-humanite-dimancheChacun savait -et notre ami Alexis Tsipras, le nouveau Premier Ministre grec, tout particulièrement !- que la victoire de Syriza donnerait lieu à un bras de fer implacable avec les principaux dirigeants européens. Pour une raison simple : voilà un gouvernement, authentiquement de gauche , qui prône une vraie réorientation politique, et qui revendique sur cette base son appartenance à l’Union européenne comme à la zone euro ! S’il réussit, il s’agira d’une rupture sans précédent avec le consensus implicite sur lequel s’appuie jusqu’ici la classe dirigeante de cette construction pour la faire fonctionner : « L’Europe, c’est nous ! Notre politique est la seule possible. Elle est à prendre ou à laisser. » Tout changement significatif que réalisera ce gouvernement dans la vie du peuple grec sera un puissant encouragement à la recherche d’alternatives progressistes, coopératives et solidaires dans toute l’Union européenne. De quoi semer l’inquiétude en haut lieu, en effet…

Pour autant, la plupart des observateurs, y compris parmi ceux que nul ne peut suspecter de complaisance pour la gauche grecque, ont dit leur surprise devant la brutalité de la mesure décidée la semaine dernière par la Banque Centrale Européenne (BCE) à l’encontre d’Athènes. En coupant l’accès à la principale source de financement des banques grecques -et, par là même, de l’Etat grec, condamné qu’il est à emprunter auprès d’elles l’argent dont il a un besoin aussi vital qu’urgent !- les « faucons » européens ont fait le choix de la politique du pire : aussi ignoble et irresponsable que celle de refuser l’insuline à un diabétique dans l’espoir d’obtenir sa reddition.

Ce coup de force est, paradoxalement, un aveu de faiblesse. La précipitation avec laquelle les ultra de la BCE ont « bétonné » toute discussion avec Athènes, tout comme l’arrogante fin de non-recevoir opposée au même moment par le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, aux propositions de son homologue grec, visaient à l’évidence à mettre le holà à un impressionnant flot de prises de positions favorables aux demandes des nouvelles autorités grecques. « Dépêchez-vous de remettre de l’ordre dans nos affaires, sinon nous ne maîtriserons bientôt plus rien ! » -tel est, en substance, le message stratégique lancé par la BCE aux ministres des finances de « l’Eurogroupe » qui doivent se réunir le 17 février prochain et aux Chefs d’Etat et de gouvernement qui se retrouvent le lendemain.

De fait, l’ « effet Syriza » dépasse largement le cadre de la gauche européenne. En France, l’Institut Montaigne, haut lieu de la propagande ultra-libérale, a fait faire un sondage qu’il comptait utiliser pour prouver que les Français étaient pour « maintenir la dette (grecque) et les échéances en l’état ». Patatras: l’enquête révèle que seuls 15% des personnes interrogées épousent cette position , tandis que 52% d’entre elles sont pour un allongement de la durée des remboursements (donc un allègement du service de la dette) et…30% favorables à une annulation totale ou partielle de cette dette ! Même un Matthieu Pigasse, le directeur-Europe de la Banque Lazard (et actionnaire du « Monde ») a jugé « indispensable » une annulation de 100 milliards d’euros de dette grecque en précisant que cela n’aurait aucune incidence budgétaire en France, les sommes prêtées étant déjà comptabilisées dans les dépenses et dans la dette de l’Etat ! « Répudier la dette publique d’au moins un tiers est peut-être la promesse la plus crédible d’Alexis Tsipras » a estimé de son côté un chroniqueur réaliste (ou résigné) des milieux d’affaires ! (1) . En Europe, en plus du rassemblement monstre de Podemos en Espagne et de la puissante manifestation en Irlande, retenons le soutien explicite à la Grèce de la Confédération des syndicats allemands DGB. Sans parler des messages cinglants venus d’outre-Atlantique et destinés à Bruxelles et à Berlin : tel celui du Nobel d’économie Stiglitz appelant l’Europe à « reprendre ses esprits » ou -cerise sur le gâteau- celui du Président Obama invitant ses partenaires européens à comprendre « qu’on ne peut pas continuer à pressurer des pays qui sont en pleine dépression ». Tsipras a raison de repousser le chantage : le combat ne fait que commencer. Il doit et il peut réussir.

—————
(1) Jean-Marc Vittori – Les Échos (20/1/2015) .

12 février 2015 at 12:02 1 commentaire

LA BRÈCHE

wurtz-l-humanite-dimancheÀ partir de maintenant, le combat -certes de longue haleine!- pour « changer l’Europe » devient un objectif concret, tangible et à effet immédiat ! Le peuple grec et sa force de gauche, Syrisa, viennent d’ouvrir une brèche sans précédent dans une forteresse réputée inexpugnable : cette « Europe libérale »,  dont la majorité des Françaises et des Français avait, il y a bientôt dix ans, par un investissement citoyen exemplaire, ébranlé les fondements. Toutes les aspirations sociales, écologiques et démocratiques qu’elle avait alors foulées aux pieds n’ont fait, depuis, que s’exacerber de pays en pays , jusqu’à faire craquer enfin la carapace de la coalition des puissants . Merci au peuple grec, à Syrisa et à son Président ! Leur réussite est désormais un enjeu stratégique pour tout le « peuple de gauche ». Face à la caste dirigeante européenne , pour laquelle il est inconcevable que son pouvoir absolu puisse être menacé, il va falloir être à la hauteur de nos nouvelles responsabilités. Il en va de nos propres réussites futures.  Nous bénéficions pour cela de précieux enseignements de l’expérience grecque.

Le premier d’entre eux, c’est la force incomparable que représente la mobilisation d’un peuple, dès lors qu’elle est large et politiquement déterminée, pour faire avancer le débat d’idées ! Avez vous remarqué le nombre d’observateurs , y compris parmi ceux peu suspects de sympathie excessive pour Syrisa, qui ont, ces derniers jours, soudain découvert « le bilan social calamiteux du plan de sauvetage » de la Troïka; « les nombreuses erreurs et mensonges des gouvernements européens » durant ces « six années humiliantes et épuisantes »; « la gestion du cas grec mal engagée depuis le premier jour (1) ; ou qui relèvent que « le fait que le poids de la dette grecque est difficilement soutenable (…) fait son chemin » (2) . On ne saurait que s’en réjouir ! Mieux vaut tard que jamais…  Même le très orthodoxe Rédacteur en chef de l’Agence « Europe », a récemment reconnu du bout des lèvres, à propos des prêts consentis à la Grèce, que « les bénéficiaires de ces opérations sont parfois (sic) les banques qui les effectuent ». Quant au Président du groupe socialiste au Parlement européen, Gianni Pittela, réagissant aux menaces d’Angela Merkel à l’égard de Syrisa,  il a jugé « inacceptable que les forces de droite allemandes tentent de se conduire en Grèce comme un shérif ». La seule perspective de la victoire d’une gauche authentique a fait sauter de vieux blocages de la pensée. À méditer.

Une deuxième leçon à retenir de l’expérience grecque est, à mes yeux, la capacité remarquable qu’a montrée Alexis Tsipras à déjouer le piège tendu à la fois par le leader de la droite grecque, Samaras, et les principaux dirigeants européens, visant à le faire passer pour un « gauchiste » ignorant les rapports de force , prônant des mesures démagogiques et conduisant le pays à l’isolement. Le leader de la gauche grecque s’en est tenu avec une calme assurance au quatre piliers de son programme  -« la lutte contre la crise humanitaire; la relance de l’économie; la reconquête du travail; la réforme de l’Etat »- et à des mesures précises totalement indiscutables. Il s’est montré, sur cette base, ouvert à des négociations européennes et prêt à des compromis acceptables. Son autorité incontestée doit beaucoup à cette intelligence politique.

En troisième lieu enfin, il faut, je pense, retenir l’importance prise par la dimension européenne de la stratégie de Syrisa. Tant vis à vis des forces amies (Alexis Tsipras est vice-Président du Parti de la Gauche européenne, au côté de Pierre Laurent) qu’envers les institutions de l’UE, où le jeune dirigeant de la gauche grecque a multiplié les contacts. C’est tout cela qui fait la crédibilité d’un futur homme d’Etat.
Félicitations et bon vent !

30 janvier 2015 at 12:05 Laisser un commentaire

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