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CE QUE L’AFFAIRE DU GLYPHOSATE NOUS DIT DE L’EUROPE 

La scandaleuse décision de la Commission européenne de proposer la prolongation de l’autorisation du Glyphosate pour une durée de 10 ans confirme de façon spectaculaire un triple dysfonctionnement des institutions européennes qui n’est plus tolérable.

La première anomalie -très grave !- réside dans la façon dont l’Union européenne évalue la dangerosité potentielle d’un produit -en l’occurrence les effets de l’herbicide le plus utilisé au monde sur la santé humaine. La réglementation européenne actuelle prévoit, en effet, que les seules expertises à retenir soient celles fournies par  les industriels eux-mêmes, à partir de leurs propres tests, dont les détails sont tenus secrets par souci de protection de leur « propriété intellectuelle ». C’est pourquoi le Centre international de recherche du cancer, créé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a beau qualifier depuis 2015 le Glyphosate de « cancérogène probable », en se fondant sur les études de la communauté scientifique mondiale, l’exécutif européen ne se réfère qu’à ses propres agences, qui, elles, disent ne pas avoir « identifié de domaine critique de préoccupation ». Ajoutons que le groupe américain à l’origine du produit si contesté -Monsanto, racheté en 2018 pour 56 milliards de dollars par l’Allemand Bayer- avait été pris en flagrant délit de tricherie   -la firme avait rémunéré des scientifiques pour qu’ils valident une étude favorable à ses  thèses-  et de dissimulation d’informations sensibles ! 

Deuxième dérèglement inacceptable : la Commission européenne viole, dans l’affaire du Glyphosate comme dans le domaine des pesticides en général, l’esprit voire la lettre des lois européennes. C’est notamment le cas de la règle dite du « principe de précaution » (article 191 du traité sur le fonctionnement de l’Union). Ce principe « permet d’empêcher la distribution ou même de retirer du marché des produits susceptibles d’être dangereux » expliquait la Commission européenne elle-même dans une communication du 30/11/2016. Or, des responsables de la Commission « ont reconnu que l’analyse de l’Autorité européenne de sécurité des aliments  (la fameuse EFSA qui conteste la caractère cancérogène du Glyphosate) comportait des lacunes dans les données et n’avait pas permis de tirer des conclusions sur certains aspects, notamment en ce qui concerne l’alimentation des consommateurs » (Euronews, 20/9/2023). Voilà une situation typique où le principe de précaution doit s’appliquer. 

Le troisième problème que révèle ce scandale a trait au fonctionnement des institutions européennes. Ainsi, le Parlement européen -seule instance élue- avait insisté en octobre 2017 pour que l’utilisation de ce produit soit strictement interdite avant le 15 décembre 2022 et que des restrictions soient appliquées immédiatement. Si les députés européens n’ont pas pu empêcher une première prolongation du glyphosate pour un an et s’ils ne peuvent s’opposer au projet de la Commission de le ré-autoriser pour 10 ans de plus, c’est que les règles actuelles de l’UE confient aux seuls États membres le droit d’en décider (en octobre ou novembre prochains) Et s’ils ne peuvent trouver d’accord entre eux, le dernier mot reviendra à…la Commission elle-même ! Changer ces règles perverses, voilà encore un (triple) combat à inscrire à l’agenda des batailles européennes à venir.

28 septembre 2023 at 4:05 Laisser un commentaire

EUROPE, TURQUIE: AUX CÔTÉS DES VICTIMES DES NATIONALISMES

Après Meloni au pouvoir en Italie; le PiS de Kaczinski en Pologne; Orban en Hongrie; l’ « Alliance nationale » au gouvernement en Lettonie; les « Démocrates de Suède », principaux alliés du gouvernement de Stockholm et les « Vrais Finlandais » tout prêts d’entrer au gouvernement à Helsinki; le risque sérieux de voir le « Parti de la liberté d’Autriche » accéder en 2024 au poste de Chancelier à Vienne et le chef du « Parti du bon sens » (Vlaams Belang) diriger la Flandre belge, voilà que nous venons d’assister à l’ ascension spectaculaire de Vox en Espagne, pays longtemps épargné par l’extrême-droite, sans parler de la situation en France…Quant à l’insupportable guerre russo-ukrainienne, en plus d’être elle-même le fruit du nationalisme « grand russe », en pleine expansion depuis la chute de l’Union soviétique, elle ne peut que nourrir à son tour le nationalisme dans le pays agressé, l’Ukraine, comme en témoigne le regain d’intérêt, de Lviv à Kiev, pour un Stepan Bandera !

C’est dans ce contexte glaçant que viennent de se dérouler les élections en Turquie, ce pays clé à bien des égards, où on espérait l’émergence d’une nouvelle ère. Or, c’est au triomphe tous azimuts du nationalisme -à la notable exception du parti dit « pro-kurdes », le HDP- qu’on a finalement assisté, Recep Tayyip Erdogan ayant poussé sa révolution conservatrice et raciste  jusqu’à s’allier directement au « Parti d’action nationaliste » (MHP) d’extrême-droite, tandis que le chef de l’opposition, Kemal Kiliçdaroglou, se livrait entre les deux tours de la présidentielle à une déshonorante surenchère xénophobe aux côtés du « Parti de la victoire », ultranationaliste et anti-migrants. De quoi désorienter nombre de démocrates, en particulier celles et ceux qui se reconnaissent dans le parti HDP, lequel, menacé de dissolution, n’avait pas présenté de candidat et avait appelé à « battre Erdogan ». Authentique parti progressiste et multiculturaliste, à l’opposé des « valeurs » patriarcales et nationalistes du pouvoir et de ses alliés, le HDP fut fondé il y a dix ans par Selahattin Demirtas, dirigeant progressiste exemplaire, pourchassé et emprisonné pour cette raison même par Erdogan. La décision de Demirtas, annoncée il y a quelques jours, d’ « abandonner la politique active » est à la mesure de l’espoir déçu d’un printemps démocratique en Turquie. C’est à lui, aux innombrables militantes et militants de son organisation privés de liberté, et plus généralement à tous les résistants et résistantes au régime en place, au peuple kurde et à toutes les minorités ethniques ou religieuses, que va notre profonde solidarité. 

Il appartient à l’opposition au régime d’analyser les faiblesses et les erreurs qui ont empêché de faire renaître l’espoir dans ce pays. Il nous revient, en revanche, de dénoncer la part de   responsabilité de tous ceux qui , hors de Turquie, ont contribué à conférer à Erdogan la « stature internationale  » dont il se prévaut auprès de son peuple : Washington, en ménageant l’ incontournable membre de l’OTAN;  Moscou en spéculant sur son double-jeu; les dirigeants européens en se soumettant à son chantage aux réfugiés…Quel gâchis ! Victimes des nationalismes, nous sommes à vos côtés !

8 juin 2023 at 3:40 Laisser un commentaire

PORTER LA GUERRE SUR LE SOL RUSSE ?

« Nous ne voulons pas qu’un équipement fabriqué aux Etats-Unis soit utilisé pour attaquer le sol russe ! » lança, tel un rappel à l’ordre à l’adresse de l’allié ukrainien, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale américain au lendemain de l’attaque d’envergure de deux groupes paramilitaires russes ralliés à Kiev dans la région frontalière de Belgorod. Ce qui préoccupait visiblement le conseiller de la Maison Blanche fut, en l’occurrence, la diffusion par Moscou d’images de cette incursion montrant des blindés américains en pleine action sur le territoire russe. De quoi fournir à Poutine un argument de poids justifiant auprès de son opinion publique sa rhétorique anti-occidentale, si ce n’est le franchissement d’un nouvelle étape de son « opération militaire spéciale ». Le fait que ce furent des combattants en partie connus comme sympathisants néonazis -interdits à ce titre d’accès à l’espace Schengen !- qui dirigèrent cette incursion d’une ampleur sans précédent apporta d’autant plus d’eau au moulin du Kremlin. 

Soucieux de ne pas apparaître ouvertement comme des co-belligérants , les dirigeants britanniques et français usent des mêmes précautions que leurs homologues américains : lors de chaque livraison à Kiev d’armements sophistiqués à même de toucher des cibles internes à la Russie, ils demandent aux Ukrainiens de s’engager à ne pas les utiliser hors du territoire de leur pays. Ce fut encore le cas lorsque Londres annonça qu’il donnerait pour la première fois à l’Ukraine un grand nombre de missiles de longue portée, Storm Shadow, capables d’atteindre le territoire russe. Pour ce faire, le Royaume-Uni avait besoin de l’accord de la France, en tant que co-conceptrice de ce missile de croisière et donc co-responsable d’un éventuel usage abusif de cette arme. La question se pose : suffit-il, pour les dirigeants occidentaux, de prêcher la retenue auprès de l’allié ukrainien pour éviter tout dérapage aux conséquences imprévisibles ? L’exemple des blindés américains filmés près de la ville russe de Belgorod fournit une première réponse. D’autres -d’une tout autre portée s’il s’agissait de  chars lourds, de missiles à longue portée, voire d’avions de chasse- pourraient suivre. « Cessons de nous faire dicter nos lignes rouges par l’agresseur ! » clament à chaque nouvelle étape les hérauts de la guerre totale. De fait, de « lignes rouges » il n’est plus question. 

Pourquoi faudrait-il se gêner ? Se gênent-ils,  eux, de semer la terreur sur le territoire ukrainien ? -pourraient rétorquer les uns, légitimement scandalisés par les agressions russes quasi quotidiennes, y compris contre des objectifs civils. C’est que le refus de l’engrenage guerrier repose non sur la volonté de ménager Poutine, mais sur la conviction qu’il risque d’ouvrir les portes de l’enfer pour les deux peuples concernés et bien au-delà ! De quoi avons-nous peur -peuvent penser d’autres- , à voir les spectaculaires déficiences de l’armée russe ? Justement, là est le grand danger: acculé, le pouvoir russe peut être tenté de jouer son va-tout. C’est peut-être un risque marginal -nul ne le sait- , mais, le cas échéant, si dévastateur que des dirigeants responsables n’ont pas le droit d’y exposer l’humanité.

1 juin 2023 at 4:05 Laisser un commentaire

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