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LA BCE « EN QUÊTE D’IDEES » ? EN VOICI !
« La BCE en quête d’idées pour stimuler l’activité » titrait « Le Figaro » sur cinq colonnes, vendredi dernier. « Nous réfléchissons à 360 degrés » aurait confié Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne. Il y a de quoi réfléchir, en effet! La zone euro s’enfonce dans le chômage et la récession, la désindustrialisation s’accélère et crée des dommages structurels, l’exaspération des peuples atteint des niveaux jamais vus depuis les débuts de la construction européenne.
C’est dans ce contexte que M. Draghi cherche des idées: nous lui en livrons volontiers quelques unes. La première tombe sous le sens: puisque même le Fonds monétaire international reconnait s’être trompé en sous-évaluant les effets des politiques d’austérité sur l’activité économique, arrêter les mesures de restrictions budgétaires, la chasse aux dépenses sociales, les pressions à la baisse du « coût du travail », à plus forte raison les coups de massue de la « troïka » parait être une décision de bon sens! Donner de l’air à l’économie passe d’abord par la fin de l’écrasement de la consommation populaire.
Mais nous n’éluderons pas l’autre dimension du problème: le financement des entreprises et tout particulièrement des petites et moyennes -qui, nous dit-on, tarraude le président de la Banque centrale européenne. Il s’agit effectivement d’un enjeu directement lié à ceux de l’emploi et de la croissance. Nombre de PME , déjà fragilisées par les effets de la perte de pouvoir d’achat des ménages, rencontrent en plus de graves difficultés à obtenir les crédits dont elles ont besoin, soit pour investir, soit pour régler des problèmes de trésorerie.
Où est le problème? Les banques manquent-elles d’argent à prêter aux PME? Non, elles obtiennent de la BCE toutes les « liquidités » qu’elles souhaitent, et à des taux de plus en plus faibles : 1000 milliards d’euros (l’équivalent de trois fois le budget de la France!) à 1% entre novembre 2011 et février 2012 ! Le taux,entretemps, est passé à 0,75% et il est probable qu’il baisse encore. Mais « la BCE constate que ses mesures ne se transmettent pas à l’économie réelle » découvrent désormais les économistes libéraux. Leurs confrères communistes alertent depuis longtemps: « En France, seuls 22% des prêts bancaires vont à l’économie réelle (entreprises et particuliers); 78% des montants concernent des opérations financières de marché » notait Paul Boccara l’an dernier! D’où l’idée d’un « crédit sélectif »: d’autant meilleur marché qu’il sert à développer l’emploi, et à l’inverse, d’autant plus cher qu’il est destiné à des opérations financières. Encore le bon sens! A condition d’accepter de déplaire au monde de la finance…
Monsieur Draghi, en évoquant ses réflexions « à 360 degrés » sur les « meilleures mesures possibles » , a pris la précaution de préciser « conciliables avec nos règles institutionnelles », autrement dit les traités actuels. En vertu de ces blocages délibérés, la zone euro s’interdit , on le sait, de faire bénéficier les Etats membres du pouvoir de la BCE de créer de la monnaie , autrement dit de fournir des prêts quasi-gratuits et pratiquement sans limite aux Etats, les libérant ainsi de toute soumission aux marchés financiers pour le financement de leur développement! On s’interdit même de ramener le taux de change de l’euro (par rapport au dollar) à un niveau correspondant au développement économique réel de la zone euro et pas seulement de l’Allemagne, ce qui libèrerait ces pays d’une sorte d’impôt caché et indû sur leurs exportations! Aussi serait-il utile de ne pas laisser M. Draghi « réfléchir » tout seul. Ce débat concerne chaque citoyen. Et c’est urgent.
LE REVELATEUR CHYPRIOTE
L’attitude ignoble -et totalement irresponsable- des principaux dirigeants européens vis-à-vis de Chypre aura des conséquences politiques lourdes et durables, non seulement sur l’île elle-même, mais dans toute la zone euro comme dans l’Union européenne en général.
Elle sert, en effet, pour des millions d’ Européennes et d’ Européens, d’incroyable révélateur de la nature profonde de ce qu’est progressivement devenue l’Union européenne.
Tous les efforts déployés par Bruxelles pour accréditer l’image d’une Europe solidaire, fondée sur des « valeurs », régie par une « économie sociale de marché », promotrice des droits de l’homme, attachée à assurer la « cohésion sociale » … sont ruinés par cette expérience concrète vécue en direct dans chaque foyer européen: ils ont osé envisager de spolier tous les petits épargnants d’un pays membre (contrairement aux engagements les plus solennels des autorités de l’UE), puis,devant le refus spectaculaire d’ obtempérer du parlement de Nicosie (0 voix en faveur du plan de la « troïka »!), le président de la Banque centrale européenne est allé jusqu’à menacer d’organiser le blocus financier du pays, faute , pour ce minuscule Etat de 800 000 habitants, d’avoir dégagé 5,8 milliards d’euros (le tiers de la richesse nationale, soit l’équivalent de 700 milliards dans le cas de la France!) dans les quatre jours ! De la folie furieuse. Et cela alors même que les Chypriotes ne sont pour rien dans la crise de leurs banques. C’est l’annulation d’une partie de la dette de l’Etat grec ,dont les banques chypriotes étaient de gros créanciers, qui rend vitale depuis…juin 2012 la recapitalisation de ces établissements financiers pour éviter l’effondrement de toute l’économie du pays.
En fait, le très influent ministre allemand des finances, Wolfgang Schauble, avait « mangé le morceau » dès le mois dernier. Pour expliquer ses interminables tergiversations devant les appels à l’aide de plus en plus pressants des responsables chypriotes, il avait lâché ce terrible aveu: « Il faut vérifier si Chypre constitue un danger pour la zone euro dans son ensemble. C’est l’une des conditions pour que le Mécanisme européen de stabilité (l’instrument de « sauvetage » des pays en grande difficulté financière) puisse être utilisé. » (L’autre condition étant l’application d’un plan d’austérité écrasant, des privatisations massives et une mise sous tutelle du pays.) Autrement dit, puisque Chypre ne « pèse » que 0,2% de la richesse de l’UE, il peut faire banqueroute. Ce n’est pas notre problème. Et ils appellent cela « l’Union »…
Quelle conclusion tirer de ce constat révoltant ? On peut comprendre que des personnes, légitimement exaspérées par tant de cynisme, n’aient qu’une envie: quitter ce « navire pourri » et qui prend l’eau. Ce n’est pourtant pas la solution. En l’ occurrence , si Chypre n’avait pas été dans la zone euro, il aurait dû s’adresser au Fonds monétaire international -autrement dit… à l’un des trois affameurs de la « troïka » (BCE, Commission, FMI). La réponse aurait été exactement la même que celle de Bruxelles et Francfort. Il n’y a, en vérité, aucun raccourci possible: il faut changer l’euro et l’Europe en profondeur ! Cette grande bataille de classe de notre époque comporte à mon sens un triple volet: Refuser (les diktats de ce quarteron d’irresponsables qui se croient les patrons de l’Europe); Rassembler ( sans étroitesse, à gauche, toutes les forces qui aspirent à la rupture avec cette politique désastreuse); Reconstruire (un projet européen, solidaire, démocratique et pacifique avec les peuples voisins).
Voilà l’autre leçon que nombre d’Européens peuvent et doivent tirer de la tragédie chypriote.
RÉVOLTE AU PARLEMENT EUROPÉEN
Ainsi, les députés européens ont, à 506 voix contre 161 (soit à plus de 75% !), adopté , le 13 mars dernier, une résolution par laquelle ils préviennent les Chefs d’Etat et de gouvernement qu’ils « rejettent sous sa forme actuelle » le projet de budget 2014-2020 sur lequel ceux-ci s’étaient laborieusement mis d’accord le mois dernier! Autrement dit , la majorité des sociaux-démocrates et de la droite elle-même (qui ont si souvent avalisé traités libéraux,directives « austéritaires » et règlements coercitifs rédigés sous la dictée d’Angela Merckel et de ses fidèles) – ont décidé cette fois de croiser le fer avec ceux-là même ainsi qu’avec leur propre parti, leur propre gouvernement , bref avec leur « Europe » ! Une telle révolte n’est pas banale et mérite qu’on s’y arrête.
Pour autant, il faut le savoir, cette offensive parlementaire ne remet évidemment pas en cause les orientations libérales de l’UE !
À entendre le discours du Président ( social-démocrate allemand) du Parlement européen, Martin Schultz, devant le Conseil européen au lendemain de ce vote exceptionnel , on aurait pu croire que les demandes des députés portaient pour le moins sur une augmentation sensible des dépenses de solidarité – impitoyablement sacrifiées dans le budget préparé par les dirigeants européens -.
Il tança, en effet, ces derniers avec véhémence au sujet des « politiques d’austérité » et des « difficultés sociales » provoquées par les mesures « d’assainissement budgétaire « . En réalité , la majorité des députés n’ont pas osé porter la contestation sur l’enveloppe globale du budget ( en recul sensible sur les sept années précédentes !). Ce qu’ils réclament avant tout, c’est de pouvoir transférer des fonds non utilisés d’une année sur l’autre ou d’un chapitre budgétaire sur un autre et de prévoir , le cas échéant ,une révision du montant à mi-parcours (en 2017) si la croissance est au rendez-vous d’ici-là.
On est donc évidemment loin d’une brusque conversion politique de la majorité du Parlement européen! Les miracles n’existent pas. Il s’agit néanmoins d’un acte à la fois intéressant et hautement significatif. Intéressant car c’est enfin un exemple d’affirmation des droits démocratiques de la seule institution européenne directement élue par les citoyens face à l’hégémonie arrogante d’un quarteron de dirigeants de plus en plus insupportables . Et c’est un acte hautement significatif , car , à l’évidence , cette fronde de la majorité des élus de Strasbourg a directement à voir avec le climat explosif qui règne aujourd’hui dans nombre de sociétés vis-à-vis de la politique menée au nom de l’ « Europe ». Ils mesurent le danger: quelque chose doit bouger, et vite !
La gauche de transformation doit se sentir confortée par cette nouvelle brèche ouverte dans une Europe libérale et autoritaire qui, derrière ses airs de forteresse imprenable , se révèle plus fragilisée que jamais par ses contradictions. On ne peut que se réjouir à cet égard de la Déclaration commune – sur le besoin d’aller jusqu’au bout dans le rejet des politiques d’austérité et le combat pour une autre Europe – immédiatement publiée par Pierre Laurent, Alexis Tsipras, Jean-Luc Mélenchon et les principaux élus et dirigeants du Parti de la Gauche européenne.




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