LES « OUBLIS » DU COMITE NOBEL
Les membres du Comité du Prix Nobel de la Paix,qui ont décerné leur prestigieuse distinction à l’Union européenne ont délibérément ignoré le bilan des « 27 » dans le domaine qui les concernait.Trois exemples significatifs suffiront à illustrer combien la politique extérieure et de sécurité de l’UE et de ses Etats membres tourne le dos à un engagement en faveur d’une Europe et d’un monde de paix.
Premier exemple: la guerre d’Irak en mars 2003.La majorité du Conseil de sécurité des Nations-Unies;les inspecteurs de l’ONU sur le terrain;le Chef de l’Etat français et le Chancelier allemand ; ainsi que 10 millions de manifestants dans les rues le 15 février, s’opposent à la guerre.Huit autres Etats de l’UE se rangent derrière Washington en feignant de croire au mensonge d’Etat de Colin Powell à l’ONU. Ce sont eux qui donneront le ton ,par la suite,à l’UE.Ainsi,dès le mois de juin suivant ,l’UE dans sa totalité adoptera un texte fixant la « stratégie européenne de sécurité » (toujours en vigueur!) qui sera présentée à George W. Bush avant même son adoption définitive et qui empruntera au chef de guerre américain nombre de ses concepts dangereux,allant jusqu’à qualifier la coopération militaire USA-UE de « formidable force au service du bien dans le monde » ! On en aura une illustration en Afghanistan…
Deuxième exemple:le Proche-Orient où l’impunité accordée aux dirigeants israéliens et l’abandon politique du peuple palestinien constituent l’une des sources essentielles de l’insécurité du monde .En décembre 2005,les chefs des missions diplomatiques des Etats de l’UE à Jérusalem-Est adressent au Conseil européen un rapport circonstancié et alarmant sur toutes les pratiques illégales des autorités israéliennes visant à rendre impossible l’établissement futur d’un Etat palestinien.Ils recommandent toute une série d’initiatives politiques aux dirigeants européens,conformément aux résolutions pertinentes de l’ONU. Ce rapport ne sera ni publié ni suivi du moindre effet,tout comme les autres rapports qui suivront au fil des ans.Bien au contraire,l’UE vient de récompenser les fauteurs de guerre en renforçant spectaculairement les relations bilatérales UE-Israël dans 60 domaines,allant de l’énergie aux communications electroniques en passant par la coopération policière.La dimension symbolique,donc politique, de ces « gestes » n’échappe à personne. Elle ne sert pas la paix mais banalise l’occupation,la colonisation,l’humiliation,et la guerre.
Troisième exemple:la sécurité du continent européen lui-même. En juin 2008,le tout nouveau président russe Medvedev cherche à imprimer sa marque. Il propose aux Etats de l’UE et à l’Occident en général l’ouverture d’une négociation pour l’élaboration collective d’un « Traité paneuropéen de sécurité ».Celui-ci devait intégrer toutes les questions de sécurité du continent,le contrôle des armements et le désarmement.Seule condition:que l’OTAN arrête son élargissement vers l’Est . »La préoccupation de base qui anime M. Medvedev,celle d’une Europe coupée en deux (…) apparait pertinente » juge alors Fabio Liberti, de l’Institut des Relations internationales (IRIS), dans le « Monde Diplomatique ».L’Union européenne,elle,ne daignera même pas entamer des discussions exploratoires sur ce projet.Elle préfèrera donner le feu vert à l’installation du « bouclier antimissiles » sur le sol européen,quitte à accroitre les tensions,voire à relancer la course aux armements.
Voilà qui donne une idée des changements à opérer dans l’UE et ses Etats membres pour qu’ils puissent vraiment mériter un jour le Prix Nobel de la Paix.
LA « FEUILLE DE ROUTE » DE M. VAN ROMPUY
Pendant que les députés et les sénateurs de la majorité gouvernementale sont fermement invités à ratifier le traité budgétaire puis à voter la « loi organique » garantissant le strict respect de la « règle d’or » (l’équilibre des comptes publics quel qu’en soit le prix),le Président de la République prépare l’étape suivante,dont il s’est bien gardé,jusqu’ici,d’évoquer publiquement les enjeux. Je veux parler de la « Feuille de route » dont les Chefs d’État et de gouvernement examineront les grandes lignes dès les 18 et19 octobre prochains,avant de l’adopter en décembre.
Rappelons ici de quoi il s’agit. C’est le 23 mai dernier qu’a été décidée la mise en place d’un groupe de travail de haut niveau,composé -excusez du peu…- de Mario Draghi,président de la Banque centrale européenne,de Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe (réunissant les ministres des finances de la zone euro),de José-Manuel Barroso,président de la Commission européenne et de M. Van Rompuy, président du Conseil européen.Ces quatre sommités ont été invités à rédiger un rapport précisant les « éléments essentiels » des transformations à opérer pour consolider durablement la zone euro.
Puis,fin juin ,lors du sommet européen « historique » qui adopta le « pacte de croissance » (et a ainsi tenu lieu de « renégociation » du traité budgétaire pour François Hollande),il y eut un autre point à l’ordre du jour, moins médiatisé que le précédent: la présentation ,par M. Van Rompuy, de la synthèse des réflexions de son groupe de travail sur les changements à apporter,selon les quatre dirigeants en question,à la construction européenne,une fois le traité budgétaire adopté.
Une phrase résume l’esprit de ce document de 7 pages: »Progresser vers une plus grande intégration des prises de décisions budgétaires et économiques entre les pays ».Ainsi, »les instances au niveau de la zone euro seront aptes à exiger le changement des enveloppes budgétaires », ou encore,il serait créé « un cadre pour une coordination des politiques plus contraignantes » pour éviter « les politiques inadaptées » et « pour s’assurer de la capacité de s’adapter aux chocs et de pouvoir être compétitifs dans une économie mondialisée ». Invité à préciser sa pensée par un journal allemand,M. Van Rompuy répondait : »On peut engager tous les 27 pays à réformer leur système de retraite dans un temps déterminé,en lien avec l’espérance de vie (…). Pas seulement avec des recommandations pour qu’après chacun fasse ce qu’il veut,mais plutôt de manière contraignante »! (1)
Enfin,conscients de ce que ces « décisions au niveau européen » risquent d’avoir « un impact fort sur la vie quotidienne des citoyens »,nos grands démocrates centralisés ont senti la nécessité de… »construire un soutien populaire » (à leurs décisions) grâce à une « implication étroite du Parlement européen et des parlements nationaux »,dans le cadre des modalités prévues dans le traité de Lisbonne.C’est dire l’audace de leur innovation démocratique.
« C’est très contraignant dans le sens de l’austérité.On renforce l’Europe uniquement dans le sens libéral », commenta aussitôt un ministre socialiste…belge,Paul Magnette. On attend toujours le point de vue du gouvernement français.Le Conseil européen des 18 et 19 octobre devrait nous en apprendre davantage.
LES LOURDES CONTRADICTIONS DU CAMP DU « OUI »
Pour le Président de la République,son gouvernement et la direction du Parti socialiste,le vote de ratification du traité budgétaire européen ouvre une période marquée par de lourdes contradictions.
D’abord,avoir été élus sur la base du « changement,c’est maintenant! »,pour se retrouver,cinq mois plus tard,au côté de la droite sur un sujet aussi structurant constitue une faute qui,tôt ou tard,aura un prix politique.A plus forte raison sera-t-il sévèrement reproché aux dirigeants du pays la méthode -indigne de la gauche- qu’ils ont choisie pour atteindre leur objectif: à savoir la stratégie d’évitement de tout débat national sur les enjeux de civilisation que recellent ce traité et l’offensive de longue haleine des plus hautes autorités européennes dans laquelle ce texte s’inscrit.(« Le traité budgétaire ,c’est le début » avait prévenu dès février dernier Mario Draghi,le président de la Banque centrale européenne,avant d’illustrer sa vision de l’avenir en reprenant à son compte les caricatures éculées sur ces « Européens (qui) pouvaient se permettre de payer tout le monde pour ne pas travailler »! « Ce temps-là est révolu » avait-il lancé,ajoutant,pour être bien clair: »Le modèle social européen est mort. »)
Imposer dans ces conditions une ratification du traité par la voie parlementaire en ayant pris soin d’étouffer préalablement toute campagne d’information et de sensibilisation du pays ,en particulier toute confrontation d’idées à même d’éclairer les enjeux de ce vote de nos représentants revient à infantiliser les citoyens pour mieux instrumentaliser leurs élus.C’est une mauvaise action contre la démocratie.Les députés et les sénateurs qui se seront pliés sans coup férir à cette manipulation auront contribué à nourrir la grave défiance populaire à l’égard de l’institution parlementaire.Attention,danger!
Par ailleurs,viendra (très rapidement),pour nombre de Françaises et de Français qui ont sincèrement crû à l’ambition annoncée par le candidat Hollande de « renégocier le traité »,puis à la satisfaction affichée par le Président élu d’avoir réussi à « engager la réorientation de l’Europe »,l’heure du bilan concret. Dès 2013,les conséquences du budget d’austérité -conforme en tous points aux injonctions du traité budgétaire- révèleront à qui en douterait encore que cette politique conduit la France,comme les autres pays européens,dans une impasse dont on ne peut sortir qu’en changeant de cap. »Il est temps de se rendre à l’évidence:la rigueur ne marche pas » reconnaissait l’autre jour un éditorialiste ,pourtant libéral,tant les expériences tentées ailleurs sont dramatiques.(1)L’objectif de 3% de déficit public l’an prochain est « intenable » reconnaissait ,pour sa part,la semaine dernière,le…président de l’Assemblée nationale,Claude Bartolone,en personne,contredisant son Premier Ministre…quelques jours avant d’inscrire solennellement dans la législation française un texte visant à contraindre le pays à s’inscrire durablement dans cette logique mortifère!
C’est dire si les contradictions à venir s’annoncent explosives!Aussi ce vote ne marque-t-il pas la fin de l’Histoire.Poursuivons,amplifions,élargissons,dans les luttes sociales et sociétales comme sur le terrain des idées,les efforts visant à unir le « peuple de gauche », à partir de chaque expérience du quotidien ,autour d’objectifs s’inscrivant dans la perspective de vrais changements.En France et en Europe.Les propositions du Fronr de gauche se révèlent à cet égard d’une brûlante actualité!
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(1) Jean-Marc Vittori. Les Echos 20/9/2012




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