La face cachée du « modèle allemand »
«C’est une expansion de taille XL », s’est exclamé, triomphant, le ministre allemand de l’Économie en commentant les chiffres flatteurs enregistrés par son pays pour le deuxième trimestre 2010 : une croissance de plus de 2 % ! Il n’en fallait pas plus pour faire fantasmer l’équipe Sarkozy : voilà plus que jamais l’exemple à suivre ! Vraiment ? Rappelons quelques aspects de la face cachée du « modèle allemand ».
Premier constat : les Allemands, eux, ne s’y re-trouvent pas. La chancelière, qui incarne cette politique, est au plus bas dans les sondages. Plus profondément, le taux record de l’épargne populaire allemande (plus de 15 % du
revenu disponible) traduit une profonde peur de l’avenir, sentiment que reflète aussi le durablement faible taux de natalité. Le nombre de naissances en 2009 est même le plus bas de l’histoire de
la République fédérale…
L’apparente solidité de l’économie s’accompagne, en effet, d’un envol de la précarité et de la pauvreté. Les « mini-jobs à 1 euro » de l’heure y sont l’héritage de l’ère Schröder (SPD), tout comme l’absence persistante d’un salaire minimum. Sa successeur de droite y a ajouté la retraite à 67 ans, l’augmentation de la TVA et les coupes drastiques dans les prestations sociales. Ce terrible coût social n’est certes pas le seul moteur de la puissance exportatrice allemande, mais il en constitue une composante essentielle. Tout cela peut conduire à de bons chiffres, mais certainement pas à un bon modèle !
D’autant moins que, jugée « injuste » par 79 % des Allemands et « cruelle » par les syndicats, cette politique n’est pas sans risque pour l’économie elle-même, tant celle-ci devient dépendante de la bonne santé de ses « clients ». Or ne dit-on pas les États-Unis à la veille d’une possible rechute (les ventes de
logements viennent d’y subir une baisse historique de plus de 27 % !) et le Japon en mauvaise posture ? Quant aux « partenaires »
européens de Berlin, si la vague de rigueur annoncée n’y est pas mise en échec, ils risquent de basculer dans la récession. Comme quoi, l’obsession de la compression des coûts salariaux à l’intérieur, articulée à
une stratégie non coopérative au détriment des voisins, peut avoir sur l’Allemagne un effet boomerang auquel devraient réfléchir et madame Merkel et ses admirateurs prêts à lui emboîter le pas dans notre pays. Dernière observation, réjouissante elle : non seulement les revendications salariales refont surface en Allemagne, au point que le président du « Conseil des sages » s’étrangle en appelant à « ne pas casser les succès remportés grâce à la modération des salaires et aux réformes structurelles », mais la conscience de la nécessité d’engager une rupture avec le modèle libéral européen progresse dans le mouvement social outre-Rhin. Ainsi la confédération syndicale DGB analyse-t-elle à présent la soumission de chacun de nos pays aux marchés financiers comme « une des plus grandes fautes de naissance de l’Union monétaire européenne ». On ne saurait mieux dire.
Retrouvons-nous dans la contestation des « fautes de naissance » des traités européens et des « réformes » Merkel-Sarkozy qui s’yinscrivent. Et travaillons ensemble à un modèle social digne de ce nom !
Il faut relancer d’urgence le débat sur le climat
Durant cet été, des informations très préoccupantes concernant la lutte contre le réchauffement climatique sont passées largement inaperçues. Loin
d’avoir progressé depuis l’échec de la réunion préparatoire de Copenhague, les principaux États sont en passe de revenir sur les maigres acquis de 2009. Or, dans exactement trois mois (29 novembre), doit s’ouvrir à Cancun (Mexique) la conférence des Nations unies sur le climat, censée déboucher sur un accord global et contraignant. D’ici là, il ne reste qu’un rendez-vous intermédiaire, en octobre, en Chine. Les discussions sont pourtant bien mal engagées.
Ainsi apprenait-on, fin juillet, que le Sénat américain avait ajourné le vote du projet de loi sur l’énergie et le climat. Cela signifie que même l’engagement minimal du président Obama à Copenhague (la promesse de réduire de… 4 % d’ici à 2020 par rapport à 1990 les émissions de gaz à effet de serre des États-Unis) risque de ne pas être ratifié par le Congrès de Washington. Cette incurie est d’autant moins acceptable qu’elle est le fait du pays dont le système économique porte, et de loin, la responsabilité la plus lourde dans la brutale augmentation des émissions, notamment depuis la Seconde Guerre mondiale (de l’ordre
de 1 à 8). Les enjeux climatiques y sont au demeurant parfaitement connus : la NASA n’a-t-elle pas annoncé, durant ce même mois de juillet, que les six premiers mois de l’année ont été les plus chauds jamais enregistrés ?
Autre fait relevé cet été, qui a soulevé une
légitime colère parmi les pays du Sud, premières victimes des dérèglements climatiques qu’ils n’ont pas provoqués : le seul engagement chiffré pris à Copenhague par les pays industrialisés (verser 30 milliards de dollars aux pays en développement d’ici à 2012 dont 10 dès cette année pour les aider à « s’adapter » ) n’a pas connu, à ce jour, le moindre début d’application. Y compris de la part des États européens. Dans ce contexte, le nouvel échec de la dernière conférence sur le climat, qui s’est tenue presque en catimini à Bonn (Allemagne) début août, ne surprend guère mais inquiète beaucoup ! Sans une relance
sérieuse du débat public et de la mobilisation populaire à l’échelle nationale, européenne et internationale, il n’y a aucune chance
d’aboutir à des avancées réelles de la part des pays les plus puissants à même de débloquer les négociations globales.
« Il faudra une âpre bataille de classes pour que la logique de développement humain
durable supplante la logique capitaliste », souligne lucidement à ce propos Paul Sindic dans un ouvrage qui vient de paraître on ne peut plus opportunément (1). Ancien cadre d’une multinationale de l’énergie, l’auteur illustre, en expert rigoureux et pédagogue, l’affrontement entre ces deux logiques. Militant progressiste, il ouvre le débat, tant sur les « fausses solutions du marché » que sur les « limites de l’idéologie écologique dominante ». Réchauffement climatique ; crise environnementale ; crise énergétique… le champ couvert est vaste. On n’est naturellement pas obligé de partager toutes les analyses ou propositions de cet homme de convictions, mais il est difficile de ne pas le suivre dans son
vibrant appel à relever le défi de la « misère du Sud » ou dans sa conclusion que « nous sommes en quelque sorte obligés de dépasser le capitalisme si nous ne voulons pas que l’humanité sombre dans les guerres et la barbarie ». à lire sans attendre !
(1) « Urgences planétaires », Paul Sindic, Éditions Le Temps des cerises, 14 euros.
L’internationale « brune » se retrouve à Tokyo…
Le 15 août 2010 correspond au 65e anniversaire de la capitulation du Japon à l’issue de la Secon-de Guerre mondiale. Pour ses voisins, ce jour symbolise également la fin des agressions militaires et de la domination coloniale de l’Empire nippon. Geste appréciable : cette année, pour la première fois depuis plus d’un quart de siècle, aucun ministre Japonais n’est venu visiter, en cette journée historique,le sanctuaire de Yasukuni. Le nouveau chef du gouvernement de Tokyo a même annoncé sa décision – contrairement à ses prédécesseurs – de ne pas se rendre dans ce lieu pendant toute la durée de son mandat. C’est ce que réclamaient avec force et depuis longtemps les mouvements pacifistes du pays, également très engagés dans la commémoration à la mémoire des victimes des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, comme dans la mobilisation pour la prohibition de l’arme nucléaire.
Yasukuni est, en effet, une institution dédiée à la glorification du passé le plus exécrable du Japon : le militarisme, le nationalisme, le colonialisme et la guerre. Les 14 anciens dignitaires, condamnés à mort à la Libération par le tribunal international au procès de Tokyo (1946-1948) comme criminels de guerre « de classe A », y sont également vénérés !
Voilà où a décidé de se rendre, sans « aucun complexe », la veille de ce 15 août, Jean-Marie Le Pen, accompagné de son fidèle lieutenant – et spécialiste du… Japon, Bruno Gollnisch, par ailleurs rival de sa fille dans la bataille pour la succession ouverte au FN. Par cette nouvelle ignominie, le Front national espère sans doute reprendre la main après le lancement en haut lieu de l’entreprise de recyclage de ses thèmes favoris en France. De quoi confondre ceux qui cultivent l’illusion mortifère qu’en pillant le (bas) fonds de l’extrême droite, on tarirait sa source. L’histoire nous enseigne, au contraire, que la banalisation de cette idéologie, si l’on ne voit pas toujours où elle
commence, on sait désormais où elle peut finir.




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