Conférence des Présidents ouverte au sujet des attentats terroristes aux Etats-Unis : ma déclaration
Madame la Présidente,
Monsieur le Président au Conseil
Monsieur le Président de la Commission,
Les mots nous manquent à tous pour exprimer les sentiments que suscite l’agression terroriste d’une barbarie sans précédent, qui vient de frapper les Etats-Unis. Le peuple américain va devoir surmonter un profond traumatisme, qui risque encore de s’exacerber à mesure qu’ apparaîtra l’étendue du désastre qu’il vient de subir. Dans cette épreuve inimaginable, il doit pouvoir compter sur notre solidarité sans réserve. J’ajoute que, si ces monstres sans visage ont ciblé, hier, les Etats-Unis, ils peuvent, demain, semer la terreur et la mort dans n’importe quelle région du monde, y compris naturellement le continent européen. Mon groupe se retrouve donc pleinement, Madame la Présidente, dans les déclarations et les démarches que vous avez faites en notre nom.
Ces attentats consternants constituent un défi à la communauté humaine tout entière. Un défi que nous allons devoir à présent apprendre à relever. Je dis « apprendre ». Car, si nous sommes tous d’accord pour dire qu’il faut en rechercher les coupables et les châtier, force est de reconnaître que, pour tout le reste les interrogations nées de la tragédie de ce 11 septembre 2001 sont plus nombreuses que les certitudes. Or, rien ne serait plus inadéquat, voire plus dangereux, à mes yeux, que de réagir face à ce phénomène radicalement nouveau avec des conceptions anciennes qui viennent de montrer cruellement leurs limites.
Ainsi, la tentation peut être grande après un pareil outrage, d’appeler de ses vœux une riposte foudroyante, mais aux conséquences incalculables. Par ailleurs, le risque n’est pas négligeable, en ces circonstances tragiques, de voir renaître la thèse redoutable du « conflit de civilisation ». Qui, M. Pottering, vous avez raison :ce ne serait pas rendre service à la paix que de laisser amalgamer des criminels fanatisés avec des peuples entiers dont certains représentants viennent précisément, par fois avec beaucoup de dignité et d’esprit de responsabilité, d’exprimer une condamnation radicale des terroristes et leur solidarité avec le peuple américain. Enfin, et plus généralement, personne ne doit plus jamais oublier que nous faisons tous partie du même monde. La plus puissante des nations n’est pas invulnérable. La communauté internationale tout entière est condamnée à voir ensemble les grands problèmes de la planète en face à ces fossés qui se creusent, ces dialogues rompus, ces océans de frustrations et à coopérer de plus en plus étroitement pour les résoudre durablement.
Telle est, sans doute, la contribution décisive que l’Europe peut apporter au monde pour relever ensemble de défi de civilisation qui nous est
Débat sur les raids américano-britanniques sur l’Irak : ma déclaration
J’étais de ceux qui avaient demandé l’inscription à l’ordre du jour de la présente session d’un débat sur les bombardements américano-britanniques sur Bagdad. Je l’ai fait dans le même esprit que lorsque j’avais suggéré, en Conférence des Présidents, l’invitation au Parlement de M. Von Sponeck, l’ancien responsable du programme de l’ONU « pétrole contre nourriture », qui a eu le courage de démissionner de ses fonctions au vu des conséquences effroyables de la stratégie inspirée par Washington en Irak. Ma conviction, et celle de mon groupe tout entier, est que l’Union européenne a tout à perdre à se montrer timide ou indécise dans cette affaire, et tout à gagner à prendre clairement parti. Les derniers raids sur l’Irak illustrent cet enjeu d’une façon aveuglante.
Ce qui est en jeu, à mes yeux, c’est d’abord notre conception des relations internationales. Les raids sur Bagdad, comme ceux qui les ont précédés depuis l’opération « Renard du Désert » en 1998, de sinistre mémoire, sont à la fois totalement illégaux, foncièrement contre – productifs et éthiquement insoutenables. Ils se situent à l’exact opposé des principes que nous proclamons. Aucune résolution de l’ONU ne prévoit un tel recours à la force; grâce à ces bombardements successifs, Saddam a pu se débarrasser de tout contrôle international des mesures de désarmement; enfin, si le dictateur irakien ne cesse de renforcer son emprise sur le pays et au-delà, la majorité de la société, profondément destructrurée, subit, quant à elle, un effroyable martyre. Cette seule raison devrait suffire à rendre l’Union beaucoup plus offensive pour contribuer à sortir de cette spirale indigne et dramatique. Sinon, autant enterrer le partenariat euro-méditerranéen déjà si compromis!
10ème anniversaire de la chute du mur de Berlin
Dix ans constituent une période suffisante pour permettre que la passion cède la place à la raison. Qui peut considérer aujourd’hui n’avoir rien à apprendre des années qui viennent de s’écouler ? Notre conviction est que nous avons tous et toutes à tirer enseignement de cette expérience, avec modestie, courage et esprit de responsabilité devant l’avenir.
Le mur de berlin est, à nos yeux, sans conteste, un symbole dramatiquement parlant de l’esprit de guerre froide et de toute la logique coercitive et manichéenne qui l’ont caracterisé. Aucune force démocratique ne peut, à notre sens, faire l’économie d’une critique radicale du modèle de societé que ce mur a incarné.
A plus forte raison, ceux pour qui le capitalisme n’est pas la fin de l’histoire et qui ont à coeur d’explorer les voies de son dépassement doivent-ils faire le deuil des conceptions que l’échec du système édifié à l’abri du mur de Berlin a rendu définitivement caduques.
Inversément, ceux qui ont cru voir, dans l’impressionante liesse populaire qu’a suscitée il y a dix ans ce grand moment de libération humaine que fut l’ouverture du Mur, une consécration de leurs convictions libérales, ne peuvent manquer aujourd’hui de s’interroger eux aussi.
Les citoyens de l’ex-RDA, dont la mobilisation avait crée les conditions de l’ébranlement du régime est-allemand, ne réclamaient pas la toute-puissance du marché, mais un socialisme dans la liberté. Beaucoup de leurs espoirs se sont entretemps mués en désillusions. Nombreux sont celles et ceux qui estiment, en particulier, insuffisament reconnus leur identité spécifique et leur propre apport à l’Allemagne unifiée. D’autres jugent que la tentative de régler des problèmes politiques par la voie judiciaire est sans issue. Nous partageons ce sentiment et tenons à l’exprimer alors que viennent d’être prononcées les condamnations de trois anciens dirigeants de l’ex-RDA.
D’une façon générale, à l’heure où s’ouvre pour l’Union européenne le grand chantier de l’élargissement, les enseignements à tirer de ces dix années nous concernent toutes et tous. Saint Exupéry regrettait que « les hommes édifient trop de murs et ne construisent pas assez de ponts ». Un mur est tombé il ya 10 ans. Attachons nous à présent à construire des ponts.




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