« LE MONDE », « LES GAUCHES » ET LA GUERRE EN UKRAINE

Par antiaméricanisme, antimilitarisme ou détestation de l’OTAN, dans plusieurs pays, des courants situés à gauche de la tradition sociale-démocrate sont hostiles ou réticents à aider militairement Kiev » : c’est par cette enfilade de vocables délibérément négatifs que le journal « Le Monde » (2-3 avril 2023) a résumé les positions de partis de gauche -pour l’essentiel membres du groupe « The Left« (anciennement « Gauche unitaire européennne ») au Parlement européen- sur la guerre russo-ukrainienne, avant de les détailler dans un long article qui mérite quelques observations.

Soulignons tout d’abord le choix des auteurs de cette enquête de prendre insidieusement pour référence, à gauche, un courant présumé favorable à « la montée en puissance de l’OTAN », au « compagnonnage (sic) avec les Etats-Unis », à l’augmentation massive des dépenses militaires ou à l’envoi de chars en Ukraine, et, à tout le moins, sceptique et réservé sur le plan de paix de la Chine. Toute autre tradition de gauche est, dès lors, ramenée à une « mouvance politique » hors norme, dont le « credo » est un anti-impérialisme « inspiré du marxisme »; un antiaméricanisme « hérité de la guerre froide »et un antimilitarisme « viscéral ».

Parmi ces dissidents de la gauche de référence, sont citées d’authentiques formations progressistes, comme Podemos et la Gauche unie en Espagne; Syrisa en Grèce; Die Linke en Allemagne; le Parti du travail de Belgique; l’alliance Sinistra-Verdi en Italie; la LFI en France…mais aussi le « Mouvement 5 étoiles » italien (fondé jadis par Bepe Grillo), qui est à la gauche ce que le théâtre de boulevard est à la tragédie grecque !

Mais, foin de polémique ! Les valeurs de gauche appliquées à la situation actuelle appellent à mon sens une condamnation radicale de l’agression criminelle de la Russie de Poutine contre l’Ukraine et l’exigence du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. La question est : quelle voie préconiser pour avancer dans les moins mauvaises conditions vers cet objectif ? Est-ce « de gauche » d’apporter son soutien à un affrontement militaire de fait entre l’OTAN et la Russie, au coût humain incommensurable et au prix d’une militarisation à outrance de tout l’Occident et d’un alignement complet sur la stratégie dominatrice de Washington ? Et surtout au nom d’une hypothétique « victoire » à la Pyrrhus de l’Ukraine face à une imprévisible puissance nucléaire en crise ? Je le pense d’autant moins qu’existent -de la part de la Chine, du Brésil de Lula et d’autres pays à même d’influer sur les deux protagonistes du conflit- des chances non explorées à ce jour d’ envisager un règlement politique global de ce conflit mondialisé. Un règlement « global » signifiant d’apporter, parallèlement aux garanties de souveraineté dues au peuple ukrainien, des garanties de sécurité à tous les peuples de la région -y compris le peuple russe, une donnée que les dirigeants occidentaux ont négligée depuis la chute de l’Union soviétique, malgré les mises en garde répétées d’anciens hauts responsables américains eux-mêmes. Avec Jaurès, travaillons à une « paix durable entre les nations, la paix definitive ».

6 avril 2023 at 6:08 Laisser un commentaire

NETANYAHOU :  L’IMPUNITÉ  ALIMENTE L’ESCALADE

Chaque année, le 30 mars, les Palestiniens commémorent la « Journée de la Terre ». Cette journée de lutte fait référence à une puissante grève des Palestiniens d’Israël qui eut lieu ce même jour en 1976 pour protester contre la confiscation de 2500 hectares de terre en Galilée par le gouvernement de l’époque. L’armée réprima dans le sang cet acte de résistance avec une violence inouïe : c’est cette tragédie, et la cause à laquelle elle est intimement liée -la défense de leur terre au sens le plus large- , qui réunissent en cette journée l’ensemble des Palestiniens. 

C’est la proximité de ce moment emblématique -et du début du ramadan…- qu’a choisie la coalition d’extrême-droite au pouvoir en Israël pour voter, à la Knesset, le 21 mars dernier, l’annulation de la loi ordonnant en 2005 l’évacuation de quatre colonies de Cisjordanie. Cette décision est ouvertement provocatrice. Il s’agit, en effet, de revenir 18 ans en arrière, quand le pourtant très réactionnaire chef du gouvernement d’alors, Ariel Sharon, partisan du « Grand Israël », s’était senti contraint de faire un geste vis-à-vis de ses parrains occidentaux , dans un contexte de fortes pressions internationales contre la prolifération des colonies dites « sauvages », car établies sans autorisation préalable des autorités . 

Parmi les rares ministres qui s’étaient alors opposés à Sharon figurait un certain Benjamin Netanyahou. Celui-ci entend signifier aujourd’hui qu’il se sent assez fort pour casser la timide concession de son lointain prédécesseur. Les colons évacués en 2005 pourront donc se réinstaller sur des terres privées palestiniennes. Parmi eux figure une députée proche du ministre suprémaciste Ben Gvir, en charge de…la Sécurité nationale et de la Cisjordanie ! Le ministre des finances, l’ultra-orthodoxe Smotrich, s’était, quant à lui, illustré deux jours plus tôt dans une « cérémonie » aux allures de meeting d’extrême-droite, à Paris, par son abjecte sortie raciste sur le thème : « Il n’y a pas de Palestiniens. Ils n’ont ni histoire, ni culture ». Pour avoir prouvé le contraire, près d’une centaine d’entre eux sont morts depuis le début de l’année…

L’impunité alimente l’escalade : Netanyahou -ce personnage massivement contesté dans la rue par la population israélienne, fut salué dès son investiture comme son « ami depuis des décennies » par Joe Biden , avant d’être reçu en grande pompe par Emmanuel Macron, une semaine après le funeste assaut de l’armée israélienne sur le camp de réfugiés palestiniens de Jénine, en Cisjordanie, qui avait fait onze victimes. 

Même le putsch judiciaire que tente Netanyahou en soumettant la Cour suprême -seul contrepoids institutionnel du pays- à sa majorité parlementaire ne suffit pas aux dirigeants occidentaux pour se décider enfin à réagir au danger : celui d’une immunité totale pour Netanyahou  et d’une voie libre aux pires ambitions de sa coalition raciste et ultra-nationaliste en matière d’occupation, de colonisation et d’annexion. La France est, paraît-il, « extrêmement préoccupée » par la situation en Israël, exactement -au mot près- comme les Etats-Unis…Aveugles ou complices, jusqu’où ?

31 mars 2023 at 6:19 Laisser un commentaire

DU MOYEN-ORIENT À L’UKRAINE : LA DIPLOMATIE AU SERVICE DE LA PAIX

Le 10 mars denier, deux puissances ennemies, l’Arabie saoudite et l’Iran, ont rétabli leurs relations diplomatiques, rompues depuis sept ans. Que nous dit cet accord -conclu sous les auspices de la Chine- de la complexité de l’ordre mondial actuel ? D’abord, qu’il peut y avoir, malgré le contexte général d’affrontements impitoyables, un espoir de paix là où on ne l’attendait pas. Y compris entre deux pays dont la rivalité stratégique et la concurrence religieuse alimentaient jusqu’ici maints conflits sanglants , au premier rang desquels l’effroyable guerre du Yémen. Ensuite, que des efforts diplomatiques opiniâtres peuvent arriver à bout d’obstacles présumés insurmontables : l’accord du 10 mars dernier est, en effet, l’aboutissement de plus de deux ans de négociations difficiles entre les deux adversaires. Enfin, que la Chine -médiatrice et garante de cet accord- confirme l’étendue de son influence jusque dans une région où Washington exerçait naguère un leadership sans rival et où les Etats-Unis conservent toujours un poids certain, mais rencontrent des résistances de la part de leurs alliés historiques.

Le fait que cet accord historique a été annoncé, à la surprise générale, depuis Pékin, n’est, du reste, pas pour rien dans la discrétion des réactions américaines à cette nouvelle spectaculaire, d’autant qu’un conseiller du Président Biden venait tout juste de s’entendre avec Benjamin Netanyahu pour encourager l’Arabie saoudite -au nom d’un front commun contre l’Iran- à normaliser ses relations avec… Israël, avec l’objectif de sortir l’Etat hébreu de son isolement dans le monde arabe. Ce dégel-là (au détriment des Palestiniens) semble désormais compromis. 

L’Union européenne a, quant à elle, salué -certes fort sobrement- les efforts diplomatiques chinois qui ont conduit à cette « étape importante », soulignant que la promotion de la paix et de la stabilité ainsi qu’un apaisement des tensions au Moyen-Orient étaient des priorités pour l’UE. Sur ce point, parallèlement à la solidarité avec le soulèvement des Iraniennes et des Iraniens pour un changement de régime, on ne peut qu’être d’accord. 

Certes, il faut rester prudent : on n’est jamais à l’abri d’une mauvaise surprise dans la mise en œuvre effective d’un accord entre des protagonistes aussi peu portés sur la collaboration au service de la paix. Le rôle du garant chinois dans la réussite de cette nouvelle dynamique sera, dès lors, important. Ce « challenge » que s’impose ainsi Pékin est en lui-même un fait politique majeur. Il intervient -fait significatif- au même moment où le Président Xi Jinping prend des initiatives en faveur d’un règlement politique de la guerre en Ukraine et propose, après son voyage à Moscou, d’organiser un échange direct avec son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky,  « en vue de mettre fin à la guerre », précise le Wall Street Journal.

 La diplomatie au service de la paix : voilà qui nous change du discours ambiant sur fond de fracas des armes et d’insupportables pertes humaines .

23 mars 2023 at 7:20 Laisser un commentaire

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