FRONTEX , DÉSHONORANTE POLICE ANTI-MIGRANTS DE L’UE


Le Portugal, qui préside l’Union européenne durant le premier semestre de 2021, vient d’annoncer qu’il allait provoquer sous peu une rencontre officielle avec les dirigeants de l’Agence Frontex, chargée de la « protection des frontières de l’Europe ».  Il était temps, en effet, de procéder à une « évaluation de la situation » de cette déshonorante police anti-migrants de l’UE, tant les griefs s’accumulent à son encontre ! 
Le dernier en date remonte au 5 février dernier : ce jour-là, la chaîne de TV allemande ZDF a révélé que l’agence de « sécurité » en question reçoit abondamment et en toute opacité des lobbyistes de l’industrie d’armement, voire sert d’interface entre des marchants d’armes et certains Etats membres ! C’est que Frontex est devenue en 2016 -après la dramatique crise de l’accueil des réfugiés en Europe- « l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes ». Au titre de cette « promotion », elle a vu son budget exploser ( 5,6 milliards d’euros de 2021 à 2027, soit, annuellement, plus de 130 fois le montant alloué à l’agence à sa création, il y a 15 ans !) et dispose, en propre ou de part des Etats membres, d’un arsenal en pleine expansion composé d’avions, d’hélicoptères, de drones, de bateaux, de véhicules de patrouille, de radars mobiles, de caméras thermiques, de sondes…de nature à exciter les convoitises du marché des matériels militaires . 
Mais telle n’est pas, et de loin, la seule ombre au tableau du « bras armé de l’Europe-forteresse », comme l’appellent certains, non sans pertinence. Ainsi, pas plus tard qu’en octobre dernier, c’est le magazine allemand Der Spiegel, ainsi que le New York Times, qui révélaient l’implication d’agents de Frontex dans des « refoulements illégaux » de migrants en mer Egée. De même, un groupe d’ONG a publié un document hallucinant de 1500 pages d’enquêtes et de témoignages sur des centaines de cas de refoulements de demandeurs d’asile, accompagnés des violences qu’on imagine, le long de la route des Balkans, en mettant en cause Frontex . Un an plus tôt, c’est encore une chaîne allemande, ARD, ainsi que le quotidien britannique The Guardian qui ont mis au jour des faits de maltraitance de la part de garde-frontières en Hongrie, en Grèce et en Bulgarie, auxquels auraient, a minima, assisté sans intervenir des agents de Frontex, par ailleurs également accusés d’avoir expulsé des mineurs isolés, placés sous sédatifs pendant leur vol d’expulsion. 
Longtemps, les critiques des graves violations des droits fondamentaux dont se rend coupable Frontex restaient essentiellement le fait d’ONG, de quelques média et de députés européens -notamment celles et ceux du groupe de la Gauche unitaire européenne. Il faut espérer que « l’évaluation » de l’Agence, promise par la présidence portugaise de l’Union européenne, permettra de mettre un terme aux pratiques les plus scandaleuses de Frontex. Mais au-delà, un débat de fond s’impose enfin sur les conditions d’un accueil digne des femmes et des hommes que le désespoir pousse à rechercher, au péril de leur vie, un havre de paix sur les côtes européennes.

11 février 2021 at 8:01 Laisser un commentaire

QUEL « PARTENARIAT » EUROPE-USA SUR LE PROCHE-ORIENT ?

Huit jours à peine après l’élection de Joe Biden à la présidence des Etats-Unis, l’ Union européenne lui proposait un « nouveau partenariat transatlantique ». La Présidente de la Commission de Bruxelles, Ursula von der Leyen, précisait même que celui-ci devait couvrir « tous les domaines ». Arrêtons-nous sur l’un d’entre eux : le Proche-Orient. 
Durant l’ère Trump, Bruxelles avait -heureusement- marqué son désaccord avec la stratégie révoltante et provocatrice du locataire de la Maison-Blanche à l’égard des Palestiniens. Lorsque, fin janvier 2020, fut publié le pseudo-« Plan de paix » de Washington, calqué sur les exigences coloniales de Netanyahu, le Chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, précisa aussitôt que « l’initiative américaine s’écarte des paramètres internationalement reconnus », rappelant « l’attachement de l’UE à une solution négociée fondée sur la coexistence de deux Etats et sur le tracé de 1967 ». Il précisa : « un État palestinien indépendant, démocratique, d’un seul tenant, souverain et viable ». Il souligna expressément que « l’UE ne reconnaît pas la souveraineté d’Israël sur les territoires occupés depuis 1967 » , évoquant, sans les préciser des « réactions » en cas de « mise en œuvre des étapes vers l’annexion » alors crânement annoncée par Tel Aviv. Mais, à l’époque, la totale complicité de Trump avec Netanyahu paraissait laisser à l’Europe un faible marge de manœuvre. Il n’en va plus de même aujourd’hui.
Certes, l’arrivée au pouvoir de Biden ne révolutionnera pas la stratégie américaine vis-à-vis de la question palestinienne. Néanmoins, elle créé une occasion de relancer des initiatives internationales pour changer les rapports de force dans la région. Ainsi, si l’on ne peut que regretter que le nouveau Président américain ait annoncé qu’il ne re-déplacerait pas l’ambassade US de Jérusalem, on notera avec intérêt qu’il rouvrira le Consulat général des Etats-Unis à Jérusalem-Est (à destination des Palestiniens) ainsi que la mission palestinienne à Washington; qu’il reprendra le versement de la contribution financière américaine à l’agence des Nations-Unies pour les réfugiés palestiniens (l’UNRWA) et fournira à nouveau une aide économique et humanitaire à l’Autorité palestinienne. Kamila Harris, la Vice-Présidente, avait déjà souligné l’engagement de la nouvelle administration en faveur de la solution à deux Etats et assuré que celle-ci « s’opposera aux actions unilatérales israéliennes qui sapent la solution à deux Etats » et notamment « à l’annexion et à l’expansion des colonies ».
De quoi ouvrir un sérieux espace de discussions !
« Attendons pour voir : nous jugerons la nouvelle équipe sur ses actes », diront certains. Non, n’attendons pas ! Faisons au contraire monter l’exigence d’un engagement immédiat des dirigeants européens -à commencer par le Chef d’Etat français- : celui de profiter d’une « fenêtre d’opportunité » (avant qu’elle ne risque de se refermer) en mettant sur la table de leur « nouveau partenariat transatlantique » un projet concret visant la restauration effective du droit international au Proche-Orient. 

4 février 2021 at 12:15 Laisser un commentaire

L’ACCÈS AU VACCIN ANTI-COVID : « UN ÉCHEC MORAL » !

« Le monde est au bord d’un échec moral catastrophique et le prix de cet échec sera payé par les vies et les moyens de subsistance dans les pays les plus pauvres du monde » : le cri d’alarme du Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Dr Tedros Ghebreyesus, devrait faire rougir de honte tant l’industrie pharmaceutique -totalement dénuée de scrupule, et pour laquelle la pandémie est avant tout un bon filon pour le business- que les dirigeants occidentaux, sûrs de la supériorité de leur pays sur les nations plus défavorisées, et donc de leur priorité quasi-naturelle dans l’accès au vaccin.
Commençons par les responsables politiques visés par le directeur de l’OMS. Les chiffres qu’il dévoile parlent d’eux-mêmes : 39 millions de doses du vaccin contre le coronavirus ont été administrées (le 18 janvier dernier) dans 49 pays aisés, tandis que dans « un des pays au revenu le plus bas » (non cité), « seulement 25 (!) doses ont été administrées ». Plus précisément encore (toujours selon l’OMS) : 10 Etats, dont plusieurs européens, concentrent 95 % des vaccinations ! Devant les risques de pénurie du précieux sérum, certains de leurs dirigeants poussent leur avantage jusqu’à payer au prix fort des commandes complémentaires, quitte à assécher les stocks destinés aux pays en développement ou à les rendre financièrement inaccessibles pour ces pays . Cette attitude risque de mettre en péril la réalisation du programme « Covax » mis sur pied il y a des mois par l’OMS à partir d’un accord passé avec de nombreux Etats . Ce programme devait assurer l’accès de 92 pays à revenus faibles ou moyens à deux milliards de doses de vaccins. Une fois vaccinés leurs personnels de santé et les populations âgées, les pays riches devaient partager leurs doses avec Covax. Qu’en sera-t-il ?
Quant aux sévères critiques adressées par le Dr Tedros aux grands groupes pharmaceutiques, elles reposent sur leur insatiable appât du gain qui les a conduits à donner la priorité à l’approbation de leur vaccin auprès des Etats les plus riches plutôt que de le soumettre à l’examen de l’OMS en vue d’obtenir une autorisation à l’échelle mondiale. Le Dr Tedros pointe là un véritable enjeu de civilisation qui concerne à la fois le « big pharma » et tous les dirigeants politiques qui cèdent au « nationalisme vaccinal » : puisque, désormais, le monde entier est touché par la pandémie et qu’il y aura progressivement des vaccins pour tout le monde, « nous devons -dit le directeur de l’OMS- travailler ensemble comme une seule famille mondiale pour donner la priorité à ceux qui sont les plus exposés aux maladies graves et à la mort, dans tous les pays« . Le choix inverse est non seulement égoïste, il est illusoire : dans un monde aussi interdépendant, la fameuse « immunité collective » tant fantasmée ne s’obtiendra pas à l’échelle d’un seul pays ni même d’un groupe de pays tant que le virus et ses multiples variants circuleront partout ailleurs. Il est temps d’arrêter de discourir sur le « multilatéralisme » et de le pratiquer vraiment.

28 janvier 2021 at 4:26 Laisser un commentaire

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