TROIS NOUVELLES ENCOURAGEANTES

Cela fait 15 ans (!), cette semaine, que « l’Humanité-Dimanche » me fait l’honneur d’accueillir ma chronique. Une heureuse coïncidence me permet de marquer cet « anniversaire » par l’évocation de trois bonnes nouvelles -un privilège que l’actualité internationale nous offre, hélas, trop rarement.

La première nous est venue, fin décembre, d’Afrique, et plus précisément du Niger, dont le Président sortant, le très respecté Mahamadou  Issoufou, a eu la sagesse, ses deux mandats achevés, de se retirer pour laisser la place à son successeur issu d’élections libres. Quoi de plus normal, direz-vous ? Sauf que c’est la première fois depuis son indépendance, en 1960, que ce pays vient ainsi de connaître un changement de dirigeant sans coup d’Etat ! S’il ne règle naturellement pas les immenses défis auxquels est confronté ce pays dramatiquement démuni, en proie aux attaques terroristes et menacé de déstabilisation, cet acte démocratique mérite d’être salué et son auteur honoré. L’ histoire africaine retiendra « le précédent Issoufou ». 

Un deuxième exemple à suivre, qui a marqué les relations internationales dans la dernière période, nous vient d’Asie : en l’occurrence de la frontière hyper-sensible entre la Chine et l’Inde dans l’Himalaya . Ce 21 février , les deux géants du continent ont  fait connaitre ensemble le « désengagement » complet de leurs troupes respectives d’une zone marquée de longue date par de graves tensions et des affrontements meurtriers comme ceux du printemps dernier. Lire aujourd’hui dans un texte commun aux deux puissances -qui partagent 3500 km de frontières- leur engagement à « s’efforcer de résoudre les problèmes restants de manière mutuellement acceptable » est assurément un fait encourageant ! Cet accord ayant suscité bien moins de « buzz » que les heurts passés, il n’est pas superflu d’y revenir en soulignant sa portée .

Une troisième initiative mérite d’être signalée car elle a contribué au sauvetage de l’emblématique accord international dit de Vienne, sur le nucléaire iranien, conclu en 2015 avant d’être déchiré par Donald Trump. L’élection de Joe Biden redonnait, en principe, toutes ses chances à la relance de cet accord historique. Mais le nouveau Président américain -soutenu par ses alliés européens- mit de nouvelles conditions à la levée des sanctions décidées par son prédécesseur contre l’Iran. Téhéran répliqua en menaçant de renoncer à ses propres engagements de 2015, en matière d’enrichissement de l’uranium. L’accord risquait dès lors de voler en éclats. Il fallait briser de toute urgence le cercle vicieux de ces surenchères croisées. Cette délicate mission fut confiée au directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi, qui se rendit en Iran le 20 février dernier…et réussit à ouvrir avec ses interlocuteurs la voie à de prochaines négociations internationales sur la remise en route de l’accord de Vienne. C’est là un grand succès, qui illustre une fois de plus l’importance cruciale de la vraie diplomatie multilatérale : celle qui est conduite sous l’égide des Nations Unies. 

4 mars 2021 at 2:46 Laisser un commentaire

L’EFFET-DRAGHI OU L’ILLUSION DE L’HOMME PROVIDENTIEL

                     262 voix contre 40 et 2 abstentions : c’est le score de Maréchal réalisé le 17 février dernier par Mario Draghi lors du vote de confiance du Sénat italien ! C’est donc par la grande porte que l’ex-Président de la Banque centrale européenne (BCE) est entré au palais Chigi, à Rome, comme nouveau chef du gouvernement. Ce phénomène peut surprendre à un double titre. D’abord, la « classe politique » italienne nous a davantage habitués à la surenchère démagogique entre mouvements dits « anti-système », partis libéraux et « Ligue » d’extrême-droite que par sa propension au consensus.
Ensuite, selon divers sondages réalisés au printemps dernier, 55% des Italiens interrogés étaient d’accord pour sortir de l’Union européenne et/ou de l’euro ! Or, voilà que le personnage incarnant par excellence ce « système » récusé, cette Europe honnie et cet euro conspué réussit à former un gouvernement d’union nationale et à incarner l’espoir d’un renouveau pour 60 à 70% de ses compatriotes !
La stature européenne et internationale de Draghi en a  fait l’archétype du « sauveur » d’un pays en crise profonde, à la fois sanitaire, économique et sociale, et surtout politique.
L’attelage quelque peu baroque de ministres de tous bords  politiques et d’une dose de « techniciens » qu’il vient de constituer a reçu pour mission d’entreprendre les « réformes structurelles » dont beaucoup disent attendre « le miracle italien ».  Oubliées les orientations franchement libérales de l’ex-gouverneur de la Banque d’Italie. Gommée la réputation de « Banque des nantis » de Goldman Sachs dont Draghi fut l’un des dirigeants. Il va « sauver l’Italie » comme il a « sauvé l’euro » : point final ! Tant d’illusions semées parmi des millions de femmes et d’hommes plongés dans le désarroi font froid dans le dos, car nul ne sait vers où conduiront  les probables futures déceptions et les légitimes colères populaires qui en résulteront . 
Certes, à la tête de la BCE, Mario Draghi a su se montrer nettement moins orthodoxe que son prédécesseur français, Jean-Claude Trichet. Il avait été choisi pour ce poste hautement stratégique parce que Berlin voyait en lui… « le plus allemand des Italiens ». Mais, face au risque d’éclatement de la zone euro, il n’hésita pas à contrevenir à la lecture allemande des traités européens, au point de provoquer la pire crise qu’ait connue la BCE avec « l’élite » financière allemande -jusqu’à courroucer la toute-puissante Cour constitutionnelle de Karlsruhe . Il a tenu bon et sa politique de taux zéro, voire négatifs, et d’achats massifs de titres de dettes des Etats membres lui vaut cet aura exceptionnel. Mais savoir « gagner la confiance des marchés » et répondre aux attentes d’un peuple sont, comme on sait, deux missions très différentes ! Comme c’est le cas pour tous les « hommes providentiels », le mythe de « super-Mario » n’aura qu’un temps.
Espérons qu’émergeront de ce peuple qui nous est si cher, au fil de l’expérience, les mobilisations sociales et les initiatives politiques à même d’ouvrir à l’Italie une perspective progressiste,  fondée sur l’intervention des citoyens et des citoyennes plutôt que sur  l’attente du Messie .

25 février 2021 at 4:44 Laisser un commentaire

APRÈS LA FAUTE DE MOSCOU, GARE À LA SURENCHÈRE !

On savait le Kremlin capable de brutalité, y compris dans ses relations internationales, mais on l’avait également vue habile stratège quand cela servait ses intérêts. Cette fois-ci, son manque de discernement à l’égard de Josep Borrell, le chef de la diplomatie de l’Union européenne, surprend par sa dimension clairement contre-productive, tant pour nos pays que pour la Russie. C’est une faute très dommageable. Elle risque, hélas, de renforcer, dans l’UE, le camp des partisans d’une tension durable entre les deux grands acteurs du continent,  au moment précis où l’on pouvait espérer voir enfin s’amorcer un processus de dialogue constructif entre eux. Rappel des faits.
Le 5 février dernier, contre l’avis de plusieurs gouvernements ainsi que de nombre de parlementaires européens -qui ne se limitaient pas, en l’occurrence, aux traditionnels adeptes d’ une néo-guerre froide avec Moscou- , Josep Borrell, en homme avisé, a voulu relancer les rencontres diplomatiques UE-Russie, pratiquement gelées par Bruxelles depuis 2014 (1) . Il était de ceux qui estimaient, avec raison, que l’ « Affaire Navalny », aussi condamnable soit-elle, ne devait pas faire obstacle à la reprise d’un « dialogue franc » avec son homologue russe, comme à la relance des coopérations dans des domaines cruciaux, telles la lutte contre le réchauffement climatique ou la revitalisation de l’accord sur le nucléaire iranien. Il souligna également, avec pertinence,  que le vaccin « Spoutnik V » était « une bonne nouvelle pour l’humanité ». La Russie a dit avoir apprécié cette rencontre…mais l’a conclue en expulsant le même jour trois diplomates d’Allemagne, de Pologne et de Suède ! Du pain bénit pour tous ceux qui attendaient Josep Borrell au tournant ! « Humiliation ! » « Fiasco ! » « Borrell démission ! » « Nouvelles sanctions contre Moscou ! » : l’hystérie est repartie de plus belle. Comme pour s’excuser de l’échec de Borrell, le Président du Conseil européen, le pâle Charles Michel, annonça qu’il se rendrait …en Ukraine et en Géorgie , deux pays en conflit avec la Russie, « pour souligner le soutien de l’UE à leur souveraineté et à leur intégrité territoriale ».
C’est dans ce contexte électrique que Josep Borrell doit rendre compte et « tirer les leçons » de son voyage devant les 27 ministres des Affaires étrangères, ce 22 février, avant que les Chefs d’Etat ou de gouvernement n’en débattent à leur tour, fin février, puis, lors d’un Sommet consacré à la relation avec la Russie, fin mars. Qui aura la lucidité et le courage de rompre le cycle infernal des provocations et contre-provocations ? Qui osera mettre en garde contre la surenchère ? Combien d’années de plus risquons-nous de perdre avant de réamorcer l’indispensable processus de normalisation de notre relation ? Quel gâchis !

———(1) La raison de ce gel fut l’annexion de la Crimée par la Russie, en violation du droit international . Celle-ci fut qualifiée par l’UE de « fait sans précédent en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale », ce que conteste Moscou, en rappelant -non sans raison- la reconnaissance, en 2008, par l’UE, de l’indépendance du Kosovo, acquise unilatéralement et illégalement, au détriment de la Serbie.

18 février 2021 at 4:30 Laisser un commentaire

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