Archive for avril, 2014

EUROPE-AFRIQUE: QUEL « PARTENARIAT » ?

wurtz-l-humanite-dimanche La semaine dernière s’est tenu à Bruxelles le quatrième « Sommet Union européenne-Afrique ». On en a peu parlé. Pourtant, il a réuni pendant deux jours près de 80 dirigeants des deux continents et son enjeu était rien moins que l’avenir de la relation entre deux communautés humaines -l’une comptant 28 pays et 500 millions d’habitants; l’autre 54 nations et plus d’un milliard de personnes ! Un beau défi stratégique ! Mais, hélas, un de plus que l’UE actuelle s’avère incapable de relever et qui appelle une refondation de la construction européenne.

Depuis plusieurs années, des voix s’élèvent en Europe pour inviter de façon pressante États et entreprises non à prendre leur part à la promotion d’un développement humain durable et conjoint de ces deux grandes régions du monde liées par l’histoire et la culture, mais à profiter de « l’Eldorado » que représenterait l’émergence d’une minorité « solvable » en Afrique, sans se soucier particulièrement du contexte plus que problématique de cette divine surprise. « En 2040, sur le milliard et demie d’habitants que comptera l’Afrique subsaharienne, il y aura 240 millions d’urbains au revenu moyen équivalent à 20 dollars par jour, soit un marché annuel de plus de 1700 milliards de dollars » salivait déjà en 2010 le directeur général d’une filiale de…l’Agence française de développement -moins prolixe sur le sort des 1 milliard 260 millions d’hommes , de femmes et d’enfants restants ! (1) Dans la même veine, le cabinet McKinsey prédisait l’an dernier à l’adresse des « investisseurs » une hausse de 300 milliards du chiffre d’affaires du secteur de la consommation en Afrique d’ici 2020 , précisant même que l’Afrique offrait « le second taux de retour sur investissement » au monde.(2) Jusqu’à un diplomate comme Hubert Védrine qui en est venu , plus récemment, à s’extasier devant les « potentialités impressionnantes » que recèlerait l’apparition de ces fameuses « classes moyennes africaines », voire celle des « 40 Africains les plus riches (qui) ont une fortune cumulée de 70 milliards de dollars » ! (3) Bien sûr qu’il ne s’agit de négliger ni le commerce ni les investissements, mais la relation Europe-Afrique mérite mieux qu’une course aux bonnes affaires.

C’est pourtant cet esprit mercantile qui a marqué le Sommet de Bruxelles. »Il ne sera pas dit que l’Europe se fait damer le pion par la Chine et les autres pays émergents qui courtisent l’Afrique » résume l’Agence Europe. De fait, hormis l’envoi prochain de 800 soldats en République Centrafricaine , c’est surtout la finalisation des « Accords de partenariat économique » (APE) qui a motivé les dirigeants européens. Autrement dit, la mise en place de zones de libre-échange entre l’UE et chaque sous-région d’Afrique subsaharienne (Ouest, Centre,Est) -un projet dominateur auquel nos « partenaires » africains résistent depuis 2002, tant ils redoutent , pour leur économie, le choc du pot de fer contre le pot de terre et , pour leurs finances, la perte substantielle de droits de douane. Désormais, ils se voient,en cas de refus prolongé des APE, menacés de perdre le bénéfice d’accords préférentiels acquis de longue date. Quant au traitement des migrants « illégaux », après la terrible tragédie de Lampedusa, rien de nouveau sous le soleil: renforcement de la gestion des frontières, retour, réadmission.

De quoi conforter dans leur frustration tous ceux qui soupçonnaient l’Union européenne de chercher avant tout à « sécuriser ses marchés en Afrique, et notamment l’accès aux matières premières et aux ressources extractives » et appelaient de leurs vœux un « aggiornamento de l’approche européenne du partenariat avec l’Afrique, tenant compte des préoccupations majeures de transformation économique et sociale du continent » et visant à établir un « partenariat égalitaire » entre l’Union africaine et l’Union européenne.(4) Amis africains, nous vous entendons! Voilà encore une dimension du projet européen du Front de gauche comme du Parti de la Gauche européenne à faire vivre résolument!

——-
(1) « Le consommateur africain, nouvel Eldorado » ( Le Figaro – 10/9/2010)
(2) « L’Afrique,nouvel Eldorado des investisseurs » (Le Monde – 1/1/2013)
(3) « L’Afrique peut devenir le nouvel Eldorado de la France » (Nouvel Observateur » – 3/12/2013)
(4) « Un regard critique sur le partenariat Afrique-Europe »(IAG :Think tank reconnu par l’Union africaine et le Programme des Nations-Unies pour le Développement ).

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10 avril 2014 at 5:21 1 commentaire

ÉNERGIE-CLIMAT : OÙ VA L’EUROPE ?

wurtz-l-humanite-dimancheComme on est loin de l’ « Accord historique » auquel les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne s’étaient glorifiés d’être parvenus le 12 décembre 2009 avec le « Paquet Energie-Climat » ! L’Union européenne devait devenir un exemple pour le reste du monde en étant le premier ensemble régional à s’engager à réduire sensiblement (-20% ,voire -30% en moyenne) ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 (par rapport à 1990), sur la base d’objectifs chiffrés contraignants par État membre. Cinq ans plus tard, changement de décor: la « compétitivité » fait loi. Réuni les 20 et 21 mars dernier pour adopter un texte prolongeant celui de 2009, pour fixer les grandes lignes de la politique climatique européenne pour les quinze prochaines années, le Conseil européen s’est séparé sans rien avoir décidé sur le sujet. Tout a été reporté à la fin de l’année,voire à 2015, alors même que le Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’Evolution du Climat (GIEC) – en l’occurrence 300 chercheurs de 195 pays- vient de lancer un nouveau cri d’alarme et qu’une Conférence internationale sur le climat doit se tenir l’an prochain à Paris pour négocier le futur accord international pour l’après 2020.

Ce recul européen, pour significatif qu’il soit, n’est qu’un symptôme parmi d’autres de l’enlisement d’une ambition affichée naguère comme l’expression de la prise de conscience de la gravité des menaces planétaires du réchauffement climatique et de l’urgence d’une réorientation structurelle d’un certain nombre de politiques, notamment énergétiques, des pays de l’UE. D’autres signes ne trompent pas. Ainsi, la Pologne vient-elle d’exonérer d’impôt l’extraction de gaz de schistes – une décision qui ne va pas précisément dans le sens d’une réduction notable des émissions de CO2 dans un pays où , par ailleurs, 94% de l’électricité sont produits à partir de charbon et de lignite…Avec le concours déterminant de Londres, Varsovie instrumentalise la crise ukrainienne en justifiant cette fuite en avant par la nécessité de réduire sa dépendance au gaz russe. En réalité, le blocage organisé de toute avancée en matière de lutte pour une énergie moins polluante, par la Pologne -suivie de la République tchèque, la Hongrie, la Slovaquie, la Roumanie, la Bulgarie- remonte à bien avant le coup de force russe en Crimée. L’autre cas problématique est celui de l’Allemagne, qui malgré son effort massif en faveur de certaines énergies renouvelables, risque d’être en difficulté pour tenir ses engagements en matière de rejets de CO2. Son « exemple »pose d’autant plus de questions que le « modèle » d’outre-Rhin pèse sur les choix des « 28 ».

Il est temps de relancer une mobilisation de l’opinion et un débat de fond sur cet enjeu de civilisation qu’est notre capacité collective -ou notre incapacité !- à maîtriser à temps le réchauffement climatique! D’abord, rappeler le droit à l’énergie pour tous! Ce droit est aujourd’hui refusé à près de deux milliards d’être humains, auxquels s’ajouteront deux autres milliards d’ici 2050. Il faut intégrer cette donnée dans les prévisions ! Un développement humain durable nécessite d’autant plus de « sortir » le plus possible du charbon, du pétrole et du gaz et de développer l’énergie décarbonnée sous toutes ses formes : toutes les énergies renouvelables et aussi une part de nucléaire. Il en découle une deuxième exigence: l’instauration de normes internationales de sûreté nucléaire très sévères et obligatoires sous contrôle d’une Agence internationale indépendante et dotée de pouvoirs réels, à l’instar de ce qui existe pour l’aviation civile(1) Enfin, ouvrir le vaste chantier de la planification écologique: l’économie circulaire; la chimie verte; la mutation écologique de la production agricole; la promotion du rail et notamment du fret ferroviaire ; les travaux sur l’efficacité énergétique des bâtiments ; un développement conséquent de la voiture propre, ainsi qu’un maximum d’efforts communs en matière de recherches sur les énergies du futur(2)
À quand le sursaut ?

———–
(1)Voir « Urgences planétaires » de Paul Sindic (Le Temps des cerises)
(2)Voir No 1 de la revue « Progressistes »( Revue du PCF)

3 avril 2014 at 2:11 Laisser un commentaire

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