Archive for 3 octobre 2019

MACRON ET LA « SOUVERAINETÉ EUROPÉENNE

wurtz-l-humanite-dimanche« Il y a des mots qui font vivre… » écrivit Paul Eluard. Bien compris, le mot « souveraineté » est de ceux-là. Le droit de chaque peuple de choisir son destin est imprescriptible. Naturellement, la liberté de choix ne peut faire abstraction du contexte historique dans lequel elle s’exerce. Dans le monde où nous vivons, la croissance des interdépendances appellent de plus en plus de co-responsabilité entre partenaires dans un cadre multilatéral. Tout le monde a à l’esprit les négociations et les compromis permanents qu’implique l’imbrication des économies. Ou les coopérations qu’appelle une maîtrise démocratique de la révolution numérique. D’une façon générale, il est indéniable que les enjeux communs à toute l’humanité sont, de nos jours, légion : de la coordination de la lutte contre le réchauffement climatique à la gestion humaine de la mobilité -choisie ou forcée- des personnes, en passant par la prévention des conflits et la coopération au développement. Souveraineté populaire et solidarité planétaire doivent, aujourd’hui, se conjuguer.

Comment articuler ces deux exigences potentiellement conflictuelles ? Il faut ouvrir un vrai débat citoyen à ce sujet, sans en éluder la complexité. Certains grands esprits préfèrent jouer sur les mots plutôt que d’affronter d’éventuelles contradictions. C’est le cas d’Emmanuel Macron. Il pense régler le problème en transposant l’idée de souveraineté au niveau européen. Problème : une « souveraineté européenne » est-elle vraiment possible ? Elle ne pourrait, en tout état de cause, remplacer la souveraineté de chaque peuple de l’UE : il n’existe pas, pour l’heure, UN « peuple européen », mais DES peuples européens, au demeurant d’une grande diversité. En outre, cette formulation présuppose que les pays membres et les peuples de l’UE sont unis par une profonde solidarité et une vision commune des enjeux mondiaux -ce qui est, par les temps qui courent, une hypothèse plutôt hasardeuse !

Mais surtout : qu’entend, au juste, le Président français par « souveraineté européenne » ? Le premier domaine concerné est, à ses yeux, la défense européenne, « très profondément complémentaire de l’OTAN »…et incluant la Grande-Bretagne. Deuxième dimension de cette souveraineté européenne : « être mieux capable de protéger nos frontières ». Contre quel ennemi ? Face à « la crise migratoire inédite (que) l’Europe vit depuis 2015″. Jusque là, c’est « du Macron pur jus ». Le troisième domaine cité mérite, en revanche, discussion. C’est « la souveraineté industrielle et climatique (ainsi que) technologique ». Que ce serait bien, en effet, si les grandes entreprises de nos pays coopéraient au lieu de se faire la guerre, si le crédit allait aux coproductions européennes et aux efforts communs pour la transition écologique et non aux opérations financières, si l’Europe se donnait les moyens de se passer des GAFAM, si la création d’emplois en Europe était privilégiée sur la course au profit sur les
grands marchés juteux du monde ! Avec des « si »…Le rêve de Macron est plus prosaïque : il veut une Europe qui favorise « les champions au niveau d’un marché mondial ». La souveraineté, c’est autre chose.

 

3 octobre 2019 at 4:27 Laisser un commentaire


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