Archive for 23 octobre 2026

LA CPI EN DANGER : « L’HISTOIRE JUGERA CE MOMENT »

L’hostilité des Etats-Unis au Tribunal pénal international (CPI) ne date pas d’hier. Contrairement aux 125 Etats membres de la CPI, ils n’ont pas ratifié le traité fondateur de celle-ci, en vigueur depuis 2002. Jamais, pourtant, Washington n’avait engagé contre elle une offensive aussi agressive, ouvertement destinée à la « démanteler brique par brique », pour reprendre les termes du Chef de la « diplomatie » de l’administration Trump, Marco Rubio. « Nous sommes l’Amérique » rappelle celui en qui  bien des dirigeants européens voulaient voir un modéré. « Nous n’avons pas l’intention de troquer (notre indépendance) contre le joug d’une caste sacerdotale auto-proclamée du « droit international » » (1)

Tant que la CPI enquêtait principalement sur des crimes de guerre commis par des dirigeants de pays du Sud, il suffisait de la mettre en garde contre toute tentative de se mêler des affaires de « l’Amérique ». Les choses ont commencé à changer lorsque la procureure générale de la CPI,  -« originaire de la Gambie », précise Rubio, pour enfoncer le clou de l’illégitimité de cette « ingérence »-  s’est permis d’ouvrir une enquête sur des crimes de guerre « commis par des membres des forces armées des Etats-Unis » en Afghanistan. « C’est une menace directe pour notre souveraineté ! » s’insurge le Secrétaire d’Etat. Ou bien quand la CPI -à l’unanimité- a délivré des mandats d’arrêt contre des alliés aussi privilégiés de Washington que le Premier ministre israélien et son ex-ministre de la défense. Inacceptable pour Washington -qui exige l’annulation de ces mesures- parce qu’Israël ne reconnaît pas la Cour. C’est oublier que la raison juridique ne reconnaît pas l’idéologie coloniale : les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité en question ont été commis en Palestine. Or, l’Etat de Palestine a adhéré au traité fondateur de la CPI, auprès du Secrétaire général de l’ONU, en 2015.

Après avoir personnellement placé sous sanctions la Présidente de la Cour, le premier substitut de son procureur et la moitié des juges de la CPI, en mai dernier, l’administration Trump vient donc -le jour même de l’attribution du Prix Nobel de la paix à l’ancienne magistrate de la CPI, la Sud-africaine Navi Pillay…- de menacer d’inscrire toute la CPI sur la « Liste noire » du Trésor américain.  Autrement dit, de « couper ses ressources » et de « paralyser ses capacités à agir contre nous » (Marco Rubio). En lançant un ultimatum à ses « alliés », en particulier européens -un délai de six mois pour « contenir l’action » de ce « tribunal voyou »- Washington a mis l’Europe au pied du mur : « Ceux qui bénéficient de la sécurité américaine ne doivent pas rester les bras croisés quand ceux qui assurent cette sécurité sont pris pour cibles » a même lancé Rubio, qui sait l’impact de ce type de chantage sur une bonne partie des dirigeants européens. Assumeront-ils leur attachement proclamé à l’état de droit jusqu’à recourir au « règlement de blocage européen » interdisant aux entreprises de l’UE d’obéir aux injonctions extraterritoriales des Etats-Unis ? Se résoudront-ils, au contraire, à un « compromis diplomatique », quitte à signer, de fait, une capitulation du droit devant la force ? Comme l’a fort justement souligné la CPI : « L’histoire jugera ce moment ».

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(1) Marco Rubio : « Pourquoi nous démantèlerons la CPI » (14/7/2026)

23 octobre 2026 at 11:45 Laisser un commentaire


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