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LES KURDES DE TURQUIE ENTRE DOUTES ET ESPOIR

wurtz-l-humanite-dimancheUn conflit vieux de 30 ans et qui a déjà couté la vie à quelque 45 000 personnes va-t-il prendre définitivement fin ou cette chance historique risque-t-elle d’être gâchée?

Le 21 mars 2013, à l’occasion de Newroz, la grande fête du Nouvel An kurde, le message du leader historique kurde, Abdullah Öcalan, détenu depuis 15 ans sur une île près d’Istanbul, à son peuple fit l’effet d’un coup de tonnerre dans tout le pays : il appela les combattants de son organisation, le PKK, à cesser le feu et à quitter la Turquie. La perspective d’une « ère nouvelle » souleva un immense espoir, particulièrement dans la population kurde, qui attendait, en retour, non seulement la fin de la répression mais la reconnaissance de ses droits. Près de quinze mois plus tard, les doutes sont perceptibles, en particulier chez les jeunes,frustrés de ne pas voir se réaliser les changements attendus de la part du gouvernement.

Dans ce contexte, l’ « Initiative Internationale pour la Paix et la Réconciliation » (IPRI), lancée suite à un appel de l’archevêque sud-africain, lauréat du Prix Nobel de la Paix, Desmond Tutu, et soutenue par d’éminentes personnalités, telles que l’ancien Président des Etats-Unis, également lauréat du Prix Nobel de la Paix, Jimmy Carter, ou Gerry Adams, Président de Sinn Fein (Irlande), a décidé d’envoyer une mission d’enquête en Turquie. Son objectif était de rencontrer toutes les parties concernées: le parti AKP du Premier Ministre Erdogan; les différents partis d’opposition -dont le parti à majorité kurde BDP/HDP- ainsi qu’un large éventail d’organisations et de personnalités de la « société civile »; puis de tirer des conclusions de ces entretiens dans un rapport circonstancié destiné à être publié et largement diffusé (1).

Sans anticiper sur le rapport en question, on notera d’une part,avec intérêt, des ouvertures prometteuses de la part du gouvernement, tout en pointant, de l’autre, avec inquiétude, la tentation de ces mêmes autorités de reporter les mesures les plus attendues aux lendemains des prochaines élections présidentielles (août 2014) et législatives (2015).

Au titre des décisions encourageantes, on évoquera par exemple le fait qu’un vice Premier Ministre, Monsieur Besir Atalay, dont l’attitude est jugée plutôt modérée,a été chargé du suivi du « processus de paix »; le fait que le projet d’autoriser le retour au pays des militants Kurdes exilés dès lors qu’ils ne sont pas recherchés pour « crimes » a été évoqué; le fait qu’ une « Commission de Sages », comprenant des personnalités très respectables, a pu organiser pendant trois mois des consultations et établir des propositions destinées au gouvernement; le fait que des rencontres entre des représentants du parti kurde et Abdullah Öcalan ont été facilitées…Ce n’est pas rien. Le leader emprisonné aurait même annoncé à des proches que « le gouvernement s’apprête à faire un pas important ».

Le problème est que ces annonces tardent à se concrétiser: l’éducation en langue kurde n’est autorisée que dans les écoles privées; les lois « antiterroristes » sont toujours en vigueur; la barre des 10% permettant l’entrée d’un parti au Parlement est toujours en vigueur; les retards de développement de la région kurde sont toujours aussi évidents; les mesures répressives continuent d’y sévir; les prisonniers politiques malades ne sont pas libérés. Quant au « dialogue » entre le gouvernement et Öcalan, il reste informel et sa substance secrète: pour créer un climat de confiance, on peut mieux faire! Le moment est critique. Au moment où nous quittions la Turquie,on enterrait deux jeunes, tués par l’armée au cours d’une manifestation à Dijarbakir, la grande métropole kurde…

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(1) La mission d’enquête s’est déroulée du 2 au 9 Juin dernier à Istanbul,Ankara et Dijarbakir. Elle a été conduite par Monsieur Essa Moosa, ancien avocat de Nelson Mandela puis juge à la Haute Cour d’Afrique du Sud. Elle comprenait, en outre, Monsieur Osman Kavala, une personnalité du monde économique et culturel de Turquie et moi-même, FW.

12 juin 2014 at 6:34 1 commentaire

ET MAINTENANT ?

wurtz-l-humanite-dimancheIl faut espérer que l’analyse fine des résultats des élections européennes nous apporte des éclaircissements sur l’état d’esprit du « peuple de gauche » . En particulier sur un point crucial: quels ont été les différents choix électoraux des déçus , des révoltés, des écoeurés de François Hollande et de sa politique « bruxello-compatible ». Constituent-ils les gros bataillons des abstentionnistes , dans l’attente d’une offre politique en phase avec leurs attentes? Puissent ces femmes et ces hommes ne pas tirer de la pseudo-campagne électorale qui vient de s’achever et du paysage politique ahurissant auquel elle a abouti la conclusion que, quoiqu’on dise ou fasse, l’Europe ne peut nous apporter que des malheurs , et que par conséquent le mieux serait de s’en détourner.

Comme d’autres, j’ai eu l’opportunité de participer, durant toute cette période, à une multitude de rencontres , certes aux dimensions modestes -disons de plusieurs dizaines jusqu’à 200 personnes- mais au contenu politique et humain qui rappelait les plus belles heures du grand débat citoyen de 2005 sur le projet de traité constitutionnel. L’échantillonnage de cette trentaine de réunions publiques est suffisamment varié pour autoriser quelques extrapolations. Diversité géographique, tout d’abord : Pyrénées Orientales, Indre et Loire, Nord, Côte d’Or, Ariège, Ardèche, Loire, Landes, Meurthe et Moselle, Haut-Rhin, Bas-Rhin, Manche, Drôme, Alpes de Haute Provence, Oise, Ile-et-Vilaine, Dordogne ainsi que Paris et cinq départements d’Ile-de-France . Diversité des organisateurs également : PCF et Front de Gauche, collectifs citoyens, groupe d’élus, associations, organisme officiel ou semi-officiel. Diversité de forme, enfin : débat avec un seul invité, débat pluraliste, débat contradictoire.

Or, la première chose qui frappe , c’est une volonté de comprendre cette machinerie lointaine et suspecte , pour peser : Quels sont les pouvoirs respectifs du Parlement européen et de la Commission ? En quoi consiste le travail de nos élus? Comment peut-on intervenir dans ce processus? Où en sont les rapports de force politiques dans les autres pays ?…Tel participant s’est dit « sidéré par le décalage entre le travail effectué et ce qui en est perçu ».

Quelques enjeux légitimement perçus comme « lourds » alimentent particulièrement les échanges. Ainsi, l’exigence d’en finir avec les politiques d’austérité et, partant, la nécessité de reprendre le pouvoir sur l’argent et son utilisation sont-elles souvent abordées : exceptionnellement sous l’angle de la « sortie de l’euro » , généralement à partir de tout ce qui touche à la Banque centrale européenne et à la refonte de ses missions et de son fonctionnement . La situation en Grèce figure également parmi les thèmes favoris , de même que Syrisa et son leader Alexis Tsipras, plébiscité ! Les questions liées à l’actualité sont naturellement prisées: l’énergie, à propos d’Alstom; les « travailleurs détachés » en rapport avec les nombreux cas de dumping social; la politique extérieure de l’UE, en liaison avec la crise ukrainienne; l’action -ou plutôt l’inaction- de l’Europe contre le réchauffement climatique , en prévision de la Conférence internationale de Paris en 2015. Et naturellement, le dossier brûlant du « grand marché transatlantique »…

Enfin, les questions relevant de la « stratégie » à mettre en œuvre pour passer d’une simple posture rhétorique à un réel processus de luttes visant à transformer l’Europe tiennent toute leur place : il existe une soif pour des débats de fond sur l’Europe et une impressionnante expertise de terrain qui ne demande qu’à nourrir la réflexion et l’action politiques. Tous apprécient qu’on tourne le dos aux jeux politiciens pour faire résolument appel à l’intelligence et à l’intervention citoyenne .Tous disent se retrouver dans la démarche alliant l’opposition à la proposition -« refuser, rassembler, reconstruire »- . Ainsi conçue, « L’Europe,c’est passionnant! » a commenté sur son blog une élue de Saint-Gratien , dans le Val d’Oise. Avis au Front de gauche dont la vocation est de répondre aux espoirs anéantis du peuple de gauche.

29 Mai 2014 at 7:26 Laisser un commentaire

EUROPE : ETAT DES LIEUX AVANT TRAVAUX…

wurtz-l-humanite-dimancheVoici un aperçu des principaux enjeux européens que les pouvoirs publics et les grands media auraient dû, en bonne démocratie, mettre en débat dans la société avant l’échéance électorale majeure de dimanche prochain. Chacune et chacun aurait alors pu prendre sa décision en connaissance de cause.

D’abord, faut-il poursuivre ou rompre avec les politiques d’austérité? Pour le Premier Ministre grec, c’est … »une success story »! Pour le peuple et le pays, c’est une chute de 26% des richesses produites (par rapport à 2008); une dette passée de 113 à…175% ! ; un chômage qui a explosé de 7,6% il y a cinq ans à 27,3% (plus du double pour les jeunes); des salaires qui ont baissé de 13,8% en trois ans, sans parler de la dilapidation du patrimoine public et du traumatisme des humiliations subies. Quant à la zone euro dans son ensemble, les politiques d’austérité l’ont plongée dans la déflation et la stagnation durable:non seulement la France est à 0,0% de croissance et l’Italie à -0,1 (or,ensemble,ces deux pays représentent 40% des richesses produites dans la zone euro!), mais des pays réputés « vertueux »  comme la Finlande et les Pays-Bas replongent dans la récession (-0,4 % pour le premier; -1,4 % pour le second).

Ensuite, où en sommes-nous de la « régulation »des marchés financiers censée nous garantir contre un nouvel accès de folie des « investisseurs »? « Nous avons maitrisé la finance » nous a assuré, le 5 mai dernier, François Hollande, manifestement aussi fiable sur ce terrain que sur celui de l’inversion de la courbe du chômage. « La finance s’emballe, alors que rien n’est réglé » titrait , à l’inverse, le quotidien économique « Les Echos » une semaine plus tard (12 mai 2014), mettant en garde contre le « retour frénétique » d’ une finance qui « flambe à nouveau » tandis que « les problèmes de fond révélés par la crise n’ont pas été réglés »! Symptomatique de l’extrême « timidité » des mesures prises ou envisagées, la fameuse « taxe Tobin » sur les transactions financières se limiterait à une dizaine de pays, serait ridiculement faible, mais surtout éviterait de toucher les « produits (financiers) dérivés » -spéculations sur les cours futurs d’actions,de devises,de taux…-. Or,ces « produits » ,souvent qualifiés d’ « armes de destruction massive », représentent pour la seule Union européenne la bagatelle de …370 000 milliards de dollars (1), soit 125 fois la production de richesses annuelle de la France ! Problème: notre gouvernement est de ceux qui s’opposent vent debout à la taxation des transactions concernant ces « produits dérivés », sensible qu’il est aux pressions du Medef et de son homologue allemand BDI , pour qui « accroitre leurs coûts porterait un préjudice grave à la compétitivité. »

 
D’une façon générale, la liste est longue des choix cruciaux à effectuer dans la prochaine période pour faire évoluer l’Union européenne , soit dans une fuite en avant explosive, soit dans un processus de rupture avec ses « fondamentaux » actuels et de reconstruction sur des bases coopératives et solidaires. Quiconque peut en citer maints exemples: les missions de la Banque centrale européenne afin d’orienter l’argent crée vers les opérations financières, ou à l’inverse vers les investissements publics créateurs d’emplois et les services publics; la « concurrence libre et non faussée » ( y compris le « détachement des travailleurs » qui vise à mettre en concurrence les modèles sociaux), ou à l’inverse l’aide à la réduction des écarts de productivité entre pays membres et l’effort d’harmonisation des législations sociales vers le haut;une politique énergétique chaotique (voir l’Allemagne!) ou un programme conséquent de transition écologique et de « décarbonisation » des énergies; la répétition des tragédies insoutenables de l’émigration de survie ou à l’inverse une révision en profondeur des relations (tant économiques qu’humaines) avec nos partenaires du sud; la poursuite des négociations pour un grand marché transatlantique ou à l’inverse l’ambition de porter un modèle – social,écologique, culturel- avancé dans la mondialisation avec tous les alliés qui le souhaitent dans le monde…Et pour tout cela, une centralisation toujours plus poussée des décisions ou à l’inverse une implication résolue des citoyens dans les affaires européennes. Le chantier est ouvert: rendez-vous dimanche prochain!
 
 
——–
(1) Chiffre de la Banque des règlements internationaux.

22 Mai 2014 at 5:20 Laisser un commentaire

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