Posts filed under ‘Chypre’

CHANTAGE IGNOBLE SUR CHYPRE

Je me suis rappelé une récente et fort hasardeuse prédiction de François Hollande -« la sortie de la crise de la zone euro,nous en sommes près,tout près »-  à l’occasion d’une visite à Chypre,la semaine dernière.Ce pays,membre de la zone euro,et en prise directe avec la crise grecque,risque fort,en effet,d’être la prochaine victime de la « troïka »(Commission européenne,Banque centrale européenne,Fonds monétaire international).Ces derniers s’acharnent d’autant plus sur ce petit Etat qu’avec une population représentant de l’ordre de 1% de celle de l’Allemagne,et un poids économique (PIB) pesant 0,2% de celui de la zone euro,ils se sentent en position de force.Ah,les « valeurs européennes » vantées par M. Barroso!
Le mandat du Président de la République de Chypre,Demetris  Christofias,personnalité communiste, charismatique, de l’île,avait bien commencé,en février 2008.A la tête d’un parti -AKEL-  influent et respecté,mais néanmoins minoritaire,dans un pays plongé de longue date dans un bain économique libéral à l’anglo-saxonne,il a bataillé dur contre un parlement hostile,des lobbys agressifs,une hiérarchie de l’Eglise orthodoxe très conservatrice et des média privés déchainés,pour faire passer des mesures progressistes.
Ainsi,si l’opposition parlementaire a pu faire échec à son projet de taxation des plus riches et des profits,il a eu gain de cause sur des points marquants,tels que l’augmentation des pensions de 30%, celle du salaire minimum de 20% par an pendant trois ans,et,d’une façon générale,la progression sensible des dépenses sociales.
Malheureusement,cette dynamique a été brisée par les répercussions de la crise grecque.Les banques de l’île avaient 23 milliards d’euros (soit plus de 120% du PIB du pays!) de créances sur la Grèce,dont la restructuration de la dette a coûté à l’île l’équivalent de…50% du budget national! Une catastrophe aussitôt sanctionnée sur les marchés financiers par une hausse insoutenable des taux d’intérêt.
C’est ainsi qu’en juin dernier,l’Etat chypriote a dû se résoudre à demander à ses partenaires européens une aide de plusieurs milliards d’euros,à la fois pour recapitaliser ses deux plus grandes banques et honorer ses échéances financières. Les vautours ont aussitôt posé leurs conditions d’un éventuel « sauvetage »:réduction de 15% du traitement des fonctionnaires,suppression de l’indexation des salaires,réforme du système des retraites,réduction des prestations sociales de 10%,augmentation de la TVA,privatisations,date-butoir rapprochée (fin 2015) pour la réduction exigée des déficits publics,etc…Devant le refus des autorités chypriotes de céder à ce chantage,la troïka est repartie et ,depuis,les dirigeants européens font le mort. Un officiel allemand a même annoncé à la cantonnade que le dossier chypriote n’allait plus être examiné avant l’année prochaine,alors même que,sans aide extérieure,le pays risque la cessation de paiements …à la fin de ce mois! Finalement,il semblerait que l’impitoyable « troïka » accepte de reprendre les « négociations » dès à présent,mais à quelles conditions…?
Mais pourquoi les Chypriotes se feraient-ils du souci,puisque François Hollande nous assure que la crise de l’euro est presque finie?..

16 novembre 2012 at 9:11 1 commentaire

CHYPRE : UNE PRESIDENCE ATYPIQUE DE L’UE

Le 1er juillet prochain,celui qui deviendra pour six mois le « Président du Conseil européen », Demetris Christofias,Chef de l’État chypriote,n’est autre que la principale figure communiste de l’île.Ce fait -inédit!- suffirait à faire de ce second semestre 2012 celui d’une présidence atypique de l’Union européenne.

De là à rêver d’une période de mutation progressiste accélérée de la construction européenne,il y a un pas qu’il serait déraisonnable de franchir.D’abord,parce que Chypre,dont le poids tant démographique qu’économique est très relatif,ne peut prétendre bousculer les rapports de force qui régissent les institutions européennes actuelles.Ensuite,du fait que ce pays souffre d’un double handicap que les plus puissants des « 27 » ne se priveront pas,le cas échéant,d’exploiter à leur profit: l’occupation de toute la partie nord de l’île par la Turquie (un Etat qui compte dans la région!) et une situation financière critique due à une très forte exposition du secteur bancaire chypriote à la dette du voisin grec.Enfin,parce que l’accès à la présidence tournante du Conseil européen n’est pas la prise du Palais d’hiver! Le pays concerné peut imprimer sa marque,pas « renverser la table ».Pour changer l’Europe,il n’y a ni miracle ni raccourci. C’est d’abord un combat politique constant des peuples et des citoyens,relayé par des élus -et si possible des gouvernements, notamment des pays les plus influents-  décidés à prendre le taureau par les cornes.

Pour autant,cette « présidence chypriote » n’est pas banale et appelle toute notre attention.Voilà,en effet,un pays qui cumule plus de spécificités géographiques,culturelles,historiques et politiques que tout autre pays membre et dont le sort devrait à ce titre beaucoup plus fortement impliquer l’UE.

Qu’on en juge:c’est une île située à un jet de pierre de…Beyrouth,donc au coeur de la Méditerrannée -aujourd’hui zone de crise aigüe,mais potentiellement,demain,espace de coopération exceptionnel entre l’UE et le Moyen Orient.C’est aussi l’un des rares pays de l’UE non membres de l’OTAN dans une  région où les armes s’accumulent dangereusement (y compris des éléments du « bouclier antimissile » que l’OTAN,y compris la France,vient d’approuver).

Par ailleurs,la population de Chypre est composée de communautés très diverses,en particulier gréco-chypriote et turco-chypriote: créer les conditions d’un « vivre ensemble » durable et de leur égalité de droits est une exigence fondamentale.Elle se heurte pourtant à l’obstacle crucial que l’on sait:l’île est divisée depuis 38 ans,sa partie septentrionale (où vit l’essentiel de la communauté turco-chypriote) est occupée par 40 000 soldats turcs.Ankara y entretient une « république » d’opérette qu’il est seul à reconnaitre.Les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sont foulées au pied. On imagine les plaies vives que représentent les problèmes liés à cette tragédie.Un terrain fertile pour le nationalisme et le populisme,qui plus est par ces temps de crise…

Dans ce contexte,l’existence d’un parti  démocratique et responsable comme AKEL (communiste),profondément ancré dans le peuple,et qui doit son autorité à son engagement constant aussi bien contre le nationalisme grec que l’occupation turque et pour la réunification de l’île,est une grande chance pour ce pays et  pour l’Europe. Puisse la visibilité  qu’offre cette présidence de l’UE aux enjeux chypriotes contribuer à leur solution!

28 juin 2012 at 10:07 Laisser un commentaire

MENACES SUR CHYPRE

On ne le rappellera jamais assez: il existe encore un pays de l’Union européenne dont près de 40% du territoire sont occupés militairement par une puissance étrangère!  Le pays occupé, c’est Chypre.  La puissance occupante, c’est la Turquie, par ailleurs membre de l’OTAN et candidate à l’entrée dans l’UE.  La raison invoquée il y a 37 ans par la Turquie pour justifier l’invasion de la partie nord de l’île était le coup d’Etat fasciste perpétré par le régime des colonels grecs avec le concours de l’extrême-droite nationaliste chypriote-grecque.  Ankara disait vouloir protéger la communauté chypriote-turque, alors effectivement menacée (tout comme les démocrates chypriotes-grecs, particulièrement les communistes).  Il va sans dire que ces justifications n’ont plus aucun sens aujourd’hui!  L’actuel Président de la République de Chypre, Demetris Christofias, leader du parti AKEL (communiste – 33% des suffrages au premier tour) est même une figure emblématique du combat pour une réunification du pays fondée sur l’égalité politique entre les deux communautés et le partage équitable du pouvoir. 

Pourtant, l’obstination des dirigeants turcs bloque toute perspective se solution.  Pire, le Premier Ministre, Erdogan, se montre de plus en plus arrogant et même menaçant vis-à-vis de Chypre et, plus généralement, de quiconque a l’outrecuidance de traiter normalement avec cet Etat souverain.  Bousculé comme tant d’autres par le « printemps arabe », il a tourné le dos à ses anciens amis devenus encombrants, pour se présenter en leader du Moyen-Orient, allié privilégié du peuple palestinien.  Fort de cette posture avantageuse, il redouble d’agressivité vis-à-vis de Chypre.

Ainsi menace-t-il directement le gouvernement de Nicosie, sans exclure un conflit, si celui-ci ne fait pas stopper les explorations de gaz offshore dans la zone économique chypriote!  Les explorations en question ont pourtant lieu au sud de Chypre, face à Israël ou au Liban, et non au nord, près de la Turquie.  En outre, les autorités chypriotes avaient, d’emblée, précisé que les éventuelles retombées de ces recherches profiteraient à l’ensemble des Chypriotes – tant Turcs que Grecs.  Il n’empêche: Ankara ne reconnaissant pas la République de Chypre et n’ayant pas signé la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer (entrée en vigueur en 1994) s’octroie le pouvoir d’envoyer ses propres navires dans la zone, escortés de torpilleurs, de frégates, de F16!  Sur sa lancée, le gouvernement turc va jusqu’à annoncer que « ses relations avec l’Union européenne prendraient brutalement fin » si la République de Chypre était appelée – comme le prévoit naturellement le calendrier des rotations semestrielles – à exercer la présidence tournante de l’UE à partir du 1er juillet 2012…

C’est dans ce contexte international tendu que le Président chypriote doit faire face, à l’intérieur du pays, tout à la fois à de sérieux problèmes économiques (effet de la crise sur l’activité touristique, exposition des banques à la dette grecque; mise hors service d’une centrale électrique stratégique suite à l’explosion dramatique d’un dépôt d’armes, etc.) et à une grave crise politique: tout ce que le pays compte de forces hostiles à l’accession d’un communiste aux responsabilités suprême se ligue pour tenter de le faire chuter, quitte à laisser le champ libre à la stratégie d’Erdogan, grosse d’une dangereuse crise en Méditerranée orientale.  C’est dire si nos amis chypriotes ont besoin de solidarité.  Ils la méritent.

13 octobre 2011 at 3:07 3 commentaires

Older Posts Newer Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 297 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

février 2026
L M M J V S D
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
232425262728  

Archives

Catégories

Pages

Pages