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PEUT-ON HUMANISER LA MONDIALISATION ?

wurtz-l-humanite-dimanche« La mondialisation sera ce que nous en ferons » a l’habitude de dire Bertrand Badie. De fait, les fléaux qui empoisonnent l’humanité et la planète elle-même aujourd’hui n’ont rien de « naturel » . Ils sont les fruits de décisions politiques très concrètes mises en oeuvre par le biais d’instruments conçus  à cette fin. Et l’Union européenne n’est pas le moindre des acteurs de cette mondialisation-là . Aussi, le combat pour changer l’Europe doit-il nécessairement porter également sur son action extérieure dans toutes ses dimensions. L’une des raisons d’être d’une construction européenne refondée serait précisément qu’elle use de son poids et de son influence pour agir avec les nombreux alliés potentiels qui n’attendent que cela, en particulier dans les pays du sud et parmi les pays dits émergents, pour démocratiser et humaniser la mondialisation. Nous tenterons d’illustrer dans la prochaine période , par des exemples tirés de l’actualité, les contours possibles de ces nouvelles ambitions de politique internationale pour une « autre Europe ».

Un premier exemple nous est malheureusement fourni en ce moment même par la nouvelle épreuve à laquelle sont confrontées plusieurs régions d’Afrique : la terrible sécheresse qui s’abat sur l’Est, le Centre et le Sud du continent. L’Ethiopie , en particulier, connait à cet égard l’une des pires situations de ces cinquante dernières années : récoltes limitées, prix des denrées alimentaires renchéries, manque de fourrage pour le bétail, et de semences pour la prochaine saison…Entre 10 et 15 millions de personnes sont touchées par les effets dévastateurs de cette calamité. Parmi elles, plusieurs millions d’enfants souffrent de pénurie critique d’alimentation. Le risque d’une catastrophe humanitaire couve depuis un an et demi ( c’est la quatrième saison sans pluie ) . Aujourd’hui, c’est l’alerte rouge ! Nombre d’autres pays de la région manquent cruellement de vivres et d’eau. Eux aussi ont un besoin vital d’aide alimentaire et humanitaire qui tarde dramatiquement, au point que l’ONU organise une réunion d’urgence des principaux « bailleurs de fonds » ce 26 avril pour tenter d’éviter le pire.

Alors, qu’attendre de l’UE sous ce rapport ? Qu’elle réponde à l’appel aux dons ? Oui, bien sûr. Elle le fait d’ailleurs, même si les 140 millions d’euros annoncés représentent à peine 10% de ce que demande la seule Ethiopie . Mais surtout, c’est un vrai partenariat pour le co-développement humain durable entre l’Europe et l’Afrique qui fait défaut . Au lieu de nourrir le mythe cynique de « l’eldorado africain » -tablant sur les profits à tirer dans 20 ans des 15% de « classes moyennes solvables » dont rêvent les « investisseurs » occidentaux- , l’Europe aurait tout à gagner à engager une saine coopération -en matière de formation, de développement agricole et agro-industriel, de construction d’infrastructures, de transfert de technologies adaptées, d’accès au crédit, ainsi qu’ un dialogue politique respectueux des souverainetés afin d’aider ces pays à se donner les moyens de répondre aux frustrations explosives des centaines de millions de laissés-pour-compte de ce continent jeune , à la créativité potentiellement très prometteuse. L’enjeu est de taille : l’Afrique représentera le quart de l’humanité dans quinze ans ! Il est dans l’intérêt de tous -à commencer par celui de ses voisins européens- qu’elle puisse offrir à ses sociétés un vrai contrat social et des institutions légitimes dans lesquelles ses peuples puissent se reconnaître et épanouir leurs capacités. Quel réseau d’amitiés, de coopérations et d’influence incomparable cette relation nouvelle permettrait-elle de faire émerger ! Un rêve ? Non : un projet !

28 avril 2016 at 10:30 Laisser un commentaire

IL FAUT SAUVER LES EFFORTS DIPLOMATIQUES SUR LA SYRIE !

wurtz-l-humanite-dimancheAssiste-t-on au torpillage délibéré de la mince mais inespérée chance de construction d’une transition politique en Syrie , seule issue à cette guerre atroce dont se nourrit Daech ? En exécutant le dignitaire chiite Nimr Al-Nimr , opposant résolu mais pacifique au régime féodal d’Arabie saoudite, Ryad pouvait-il ignorer que sa provocation à l’encontre de la communauté chiite en général et de l’Iran en particulier allait jeter de l’huile sur le feu des lourds contentieux qui opposent les deux puissances rivales du Proche-Orient et , partant, les deux courants de l’Islam que celles-ci prétendent représenter ?

Tout se passe comme si le nouvel homme fort de la dynastie wahhabite , obsédé par le retour de l’Iran sur la scène internationale, redoutait qu’un règlement politique de la crise syrienne ne permette par trop à Téhéran de mettre le pied à l’étrier . Or, pour qui voulait enrayer la dynamique diplomatique en marche, le temps pressait : le 25 janvierprochain, le représentant spécial de l’ONU en Syrie, Staffan de Mitsura, devait réunir à Genève des émissaires du régime de Damas et de l’opposition pour explorer la possibilité d’aboutir à un gouvernement de transition !  La « communauté internationale » -en l’occurrence les États qui travaillent depuis des semaines à créer les conditions d’une négociation susceptible d’ouvrir la voie à une hypothétique solution politique au conflit syrien- ne peut laisser s’évanouir le timide espoir de paix qu’elle vient tout juste de faire naître !

Rappelons les progrès prometteurs enregistrés à cet égard au cours des dernières semaines . Le 30 octobre 2015, une première session de la Conférence de Vienne réunit , sous l’égide de l’ONU, 17 pays parmi lesquels  les pays occidentaux, la Russie, l’Iran ( une « première » ! ), l’Arabie saoudite et la Turquie ! Tous appellent à un cessez-le-feu ( sauf concernant le groupe « Etat islamique » !) dans toute la Syrie, à l’ouverture de négociations entre le pouvoir de Damas et l’opposition, et à la tenue d’élections. Il demeure évidemment de profondes divergences entre les protagonistes de cet accord, notamment sur le sort de Bachar Al-Assad, mais un cap majeur est franchi. Le Secrétaire d’Etat américain, John Kerry , a même déclaré qu’il n’insistait pas sur le changement de régime. Quant à la France, elle a renoncé à faire du départ d’Al-Assad un préalable. Ce sera, le moment venu, aux Syriens d’en décider.

Le 14 novembre, les mêmes se retrouvent dans la capitale autrichienne. Cette fois, ils s’accordent sur une feuille de route pour une transition politique en Syrie : « cessez-le-feu » ,  » processus mené par les Syriens » qui établira « d’ici six mois » un calendrier pour rédiger une nouvelle Constitution », « élections libres » dans les 18 mois…On imagine l’empressement de l’Arabie saoudite, « parrain » officieux des djihadistes « modérés » du Front al-Nosra, branche d’Al-Qaeda en Syrie, à s’engager dans ce processus…Enfin, le 18 décembre dernier, le Conseil de sécurité des Nations-Unies adopte à l’unanimité la résolution sur une sortie de crise en Syrie . Après quatre ans et demi de guerre sans merci, ce fut une avancée historique ! La véritable bataille pour la paix pouvait enfin commencer. C’est tout ce fragile édifice que la provocation de Ryad menace aujourd’hui .

On attend de Paris, qui s’est, jusqu’ici, suffisamment compromis avec le régime saoudien, devenu, au prix d’une escadrille de « Rafales », son allié privilégié dans la région, qu’il pèse de tout son poids, et sans perdre de temps, pour obtenir de Ryad la fin d’une escalade irresponsable et le retour à la table des négociations.

14 janvier 2016 at 12:58 Laisser un commentaire

TROIS SUCCES DE 2015 A CONFORTER EN 2016 !

wurtz-l-humanite-dimanche2015 restera dans les mémoires comme une année noire . La vie internationale a vu se succéder les pires traumatismes : les monstruosités de « Daech » ( groupe « Etat islamique » ) ; la tragédie syrienne et l’embrasement du Moyen Orient; le drame des réfugiés ; la folie répressive du dictateur turc contre le peuple kurde ; la prolongation de la dangereuse crise ukrainienne; l’acharnement des institutions européennes et occidentales contre le peuple grec…

Il y a eu, pourtant, durant cette même année, quelques avancées qu’on peut légitimement qualifier d’ historiques -comme l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien ; l’accord de Paris sur le climat ; ou encore, à mes yeux, l’annonce par l’Organisation Mondiale de la Santé de l’éradication , hautement symbolique , de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest . Il convient d’autant moins de négliger ces espoirs qu’ils appellent beaucoup de persévérance -en 2016 et après- pour être pleinement et durablement concrétisés .

Ainsi, l’aboutissement de douze années de négociations difficiles (en raison des obstacles accumulés de part et d’autre ) entre les représentants de la communauté internationale et l’Iran constitue-t-il en soi un succès très prometteur. Il montre que la résolution des crises internationales les plus complexes passe plus que jamais par la voie de la diplomatie , alors que toutes les aventures militaires menées par ailleurs, durant la même période, ont conduit sous nos yeux à l’échec et au chaos. Mieux, le fait que l’Iran soit à présent associé aux pourparlers sur la Syrie -avec l’accord du grand rival saoudien- laisse espérer l’amorce d’un tournant positif dans la recherche d’une solution politique à ce terrible conflit. Mais, pour autant, fait-on tout ce qu’il faut pour aider l’actuel Président iranien à asseoir son autorité face à ses adversaires ultra-conservateurs, plus que réticents à la politique d’ouverture de Hassan Rohani ? D’importantes élections ont lieu en Iran d’ici trois mois : or, cinq mois après l’accord de Vienne, les sanctions internationales contre Téhéran ne sont toujours pas levées et le peuple n’a toujours rien vu des changements tant espérés. Attention: danger !

La même vigilance s’impose à propos de la COP 21. On ne peut que se réjouir que, pour la toute première fois, 195 pays si différents aient réussi à s’accorder sur un objectif ambitieux et des principes essentiels en matière de lutte contre les dérèglements climatiques ! Mais le revers de la médaille de cette universalité, c’est l’étendue des compromis qu’il a fallu accepter pour l’obtenir. Le résultat final dépendra donc des rapports de force que les mobilisations multiformes réussiront à construire pas à pas. Il faut y veiller !

Enfin, il était émouvant de voir l’explosion de joie provoquée dans les pays les plus touchés par Ebola par la confirmation que cette épidémie, qui a causé plus de 12 000 morts , avait été « vaincue ». Et de fait, il s’agit d’un espoir considérable! Mais , à supposer que le virus d’Ebola s’avère effectivement terrassé, on ne sera sûr d’en avoir fini avec ce type de pandémie que lorsque l’Afrique sera libérée de la grande pauvreté et bénéficiera partout de systèmes de santé dignes de ce nom. On en est loin. Beaucoup d’actions en vue, donc, pour que les fruits tiennent la promesse des fleurs !
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J’AI APPRIS AVEC TRISTESSE LE DÉCÈS BRUTAL DE DENIS PIETTON, DIPLOMATE EXEMPLAIRE, QUE REGRETTERONT TOUS LES AMIS DU PEUPLE PALESTINIEN QUI ONT PU APPRECIER SA DROITURE ET SON COURAGE POLITIQUE COMME CONSUL GENERAL DE FRANCE A JERUSALEM DANS LES ANNEES 2000. IL A FAIT HONNEUR A SON PAYS.

24 décembre 2015 at 10:53 Laisser un commentaire

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