Posts filed under ‘Europe’

Afghanistan : questions sur un fiasco

À la rentrée doit se tenir le premier sommet européen entièrement consacré à la politique étrangère afin de doter l’Union européenne d’une « vision stratégique ». Difficile, dès lors, d’éluder ce qui apparaît d’ores et déjà comme un fiasco humain, éthique, politique et militaire de toute la « coalition » engagée dans la guerre d’Afghanistan derrière les États-Unis et sous la bannière de l’OTAN. Quelques questions méritent, à ce propos, de faire l’objet d’un vrai débat.

Une première interrogation porte sur les buts poursuivis par les États européens qui ont répondu à l’appel du président américain et de l’OTAN. S’agit-il, comme l’avait laissé entendre une résolution de l’ONU après l’attentat du 11 septembre 2001, de chasser al-Qaida de son sanctuaire d’alors ? Il y a bien longtemps que c’est chose faite. Ou bien de libérer le peuple afghan de la tyrannie moyenâgeuse des talibans ? Ils furent évincés du pouvoir et considérablement affaiblis dès 2002. L’objectif est-il plutôt de renforcer « notre crédibilité en tant qu’alliés » des États-Unis, comme l’a souligné le président polonais (en phase sur ce point avec son homologue français) ? Voire de protéger « nos intérêts économiques », et non pas « simplement de défendre les libertés ou de combattre le terrorisme » comme l’a proclamé le président allemand avant de démissionner ? On attend une réponse européenne claire à ce sujet.

Les Européens sont également en droit d’attendre de leurs dirigeants des clarifications au sujet des informations diffusées fin juillet émanant d’archives militaires américaines tenues secrètes jusqu’alors, et qui éclairent d’un jour cru les réalités de cette guerre : sous-estimation délibérée du nombre de victimes civiles dont 40 % sont imputables aux forces occidentales ou aux forces afghanes qu’elles encadrent ; allégations de crimes de guerre perpétrés par des forces américaines ; exaspération de la population afghane vis-à-vis des troupes de la « coalition » ; corruption endémique du régime Karzai ; regain de crédit, dans ce contexte, des talibans, revenus au sommet de leur puissance…

Une dernière question apparaît fondamentale : devant l’échec patent de cette guerre américaine et du suivisme européen, quel avenir prépare la « coalition » au peuple afghan et aux peuples de la région en général ? Est-ce le grand retour des talibans, auréolés du prestige de résistants ? Est-ce cela qu’avait à l’esprit Bernard Kouchner, appelant à faire la paix « avec les ennemis d’hier » ? Est-ce pour aboutir à ce scénario catastrophe que la « coalition » vient d’inviter l’homme fort de l’armée et des services secrets pakistanais, le général Kayani, à jouer le rôle de « médiateur » pour négocier la « grande réconciliation nationale » annoncée à Kaboul ? Faut-il rappeler que cet « allié incontournable » de Washington dans « la lutte contre le terrorisme » offre dans le même temps un sanctuaire aux chefs talibans, recrute et entraîne des groupes armés qui préparent des attentats dans la capitale afghane ? Son obsession est d’installer en Afghanistan un pouvoir soumis au Pakistan dans sa rivalité avec l’Inde. Dans cette optique, les talibans constituent pour lui un atout décisif. Est-il l’homme de la situation ?

Il serait grand temps de donner la parole aux forces démocratiques d’Afghanistan – aujourd’hui persécutées ou condamnées à s’exiler – et des pays de la région, notamment de l’Inde.

5 août 2010 at 7:55 Laisser un commentaire

Nos libertés face aux « intérêts supérieurs »

«Il nous faut un Kyoto des données personnelles ! » C’est le cri lancé par le président de la Commission nationale informatique et libertés (CNIL), Alex Turk, face aux risques grandissants de mise en cause de la protection des données personnelles. Le développement d’Internet fait de cette question un enjeu démocratique à l’échelle du monde. C’est naturellement toujours au nom d’objectifs louables en eux-mêmes que sont justifiées les menaces sur le respect de la vie privée et des libertés publiques. Ainsi les initiateurs du projet ACTA (anti-contrefaçon) affichent-ils comme but la lutte contre les violations de la propriété intellectuelle, et notamment des droits d’auteur, sujet effectivement sérieux. Mais ils prévoient, à ce titre, la possibilité d’accéder aux informations personnelles de tout internaute suspecté d’avoir téléchargé illégalement un contenu, et ce sans avoir besoin d’un juge.

Autre exemple très actuel de ce risque de dérive évoqué ici même (voir « HD » du 15 juillet 2010) : l’accord SWIFT. Il permet, à partir du 1er août prochain, la fourniture de millions de données par jour (touchant à la vie privée de simples clients de banques comme vous et moi) depuis l’Europe vers les États-Unis, voire vers les services répressifs de pays tiers. Au nom de… la lutte contre le terrorisme (1). Le même objectif, cette fois élargi à la chasse à de vagues « infractions pénales graves », a conduit les États-Unis à exiger des compagnies aériennes européennes qu’elles communiquent au département de sécurité intérieure de Washington jusqu’à 34 informations personnelles sur tout passager à destination des États-Unis : nom, téléphone, date et heure de vol, classe choisie, tarif payé, repas pris…, service obtenu lié à la santé,

réservation d’hôtel ou de voiture, et tout autre renseignement jugé utile. Qui plus est Washington entend stocker ces informations durant 15 ans ! La Commission européenne avait signé cet accord dit PNR (Passenger Name Record) en mai 2004, mais il fut annulé par la Cour européenne de justice pour des raisons juridiques. Relooké, l’accord se heurte à présent aux fortes réticences du Parlement européen. Pour le moment…

Mais le plus intéressant est l’attitude de l’autorité européenne chargée de contrôler le respect de la protection des données, qui travaille étroitement avec les commissions nationales similaires, telle la fameuse CNIL en France. Sur ces accords, cette autorité européenne ne cesse de soulever des objections. Elle regrette notamment la non-prise en considération de l’article 16 du traité sur le fonctionnement de l’Union (traité de Lisbonne) qui stipule que « toute personne a droit à la protection des données à caractère personnel la concernant ». Comme quoi, face aux « intérêts supérieurs », les rares passages positifs de ce traité sont négligés par ceux-là mêmes qui les ont négociés.

Une leçon se dégage de ces expériences : dans le combat pour les libertés, l’Union européenne doit mieux faire ! Parallèlement aux grandes questions sociales, économiques ou environnementales, voilà un autre terrain à occuper avec force par la gauche. C’est ce à quoi s’emploie notamment, au Parlement européen, notre amie Marie-Christine Vergiat, l’une des trois députés du groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE-GVN), avec le Portugais Ruy Tavares et l’Allemande Cornelia Ernst, en charge de ces dossiers brûlants.

(1) SWIFT : société privée contrôlée par les plus grosses banques du monde, par où passent 90 % des données concernant les transactions interbancaires mondiales. Le Parlement européen, qui avait rejeté une première mouture de l’accord UE-USA à ce sujet, a finalement voté un nouvel accord critiquable.

29 juillet 2010 at 6:04 Laisser un commentaire

EUROPE-PALESTINE : UNE EMBELLIE ?

Le très dynamique et très politique premier ministre de Palestine, Salam Fayyad, vient d’effectuer à Bruxelles, le 13 juillet dernier, une visite officielle réussie. L’accueil reçu, après plusieurs autres initiatives européennes récentes, peut laisser espérer une embellie dans l’engagement – longtemps décevant – des 27 en faveur d’une solution juste du problème palestinien.

La visite du chef du gouvernement palestinien avait un triple objet. D’abord obtenir un soutien européen plus appuyé à son plan : « Mettre fin à l’occupation ; construire l’État palestinien », lancé il y a un an. Il s’agit, selon Salam Fayyad, de « créer (en deux ans) l’infrastructure appropriée à l’État palestinien et (de) nous préparer à l’acquisition de ce statut. » Y compris en posant les jalons d’un État de droit, en assumant ses responsabilités sur le plan sécuritaire et surtout en favorisant l’appropriation de ce processus préétatique par la population. Il apparaît ainsi que la seule condition à remplir pour la création de l’État est le déblocage du processus politique visant l’arrêt de l’occupation des territoires palestiniens par Israël. Sur le terrain, là où ce plan a pu être mis en œuvre, les premiers résultats sont très encourageants. Le soutien international est, à ce stade, déterminant.

Le deuxième objectif de la visite de Salam Fayyad était de presser ses interlocuteurs d’agir pour la levée du blocus de Gaza. Enfin, l’autorité palestinienne a un besoin impérieux d’obtenir de chaque acteur du « Quartet » (États-Unis, Union européenne, Russie, ONU) qu’il use de son influence sur Israël en faveur de négociations dignes de ce nom.

Les réactions européennes se sont avérées plus positives qu’à l’accoutumée ! Y compris de la part du président de la Commission européenne. Ainsi M. Barroso a-t-il rendu un hommage public et appuyé au travail du premier ministre palestinien qui est, à ses yeux, « d’une incroyable importance », et débloqué  une aide substantielle « en soutien direct à la construction de l’État ». Puis, au sujet de Gaza, il a souligné que l’Europe n’attendait pas d’Israël qu’il « laisse simplement passer l’aide ». Ce qu’il faut, a-t-il rappelé, c’est le développement du territoire et donc « l’ouverture de passages frontaliers l’infrastructure, les hôpitaux et les écoles puissent être reconstruites, que les matières premières puissent entrer et les exportations sortir. « Enfin, évoquant la colonisation à Jérusalem-Est et les récentes démolitions de maisons palestiniennes, le chef de l’exécutif bruxellois a qualifié ces politiques israéliennes de « contre-productives », « illégales », et d’« obstacle à la paix ».

Ce ton nouveau du président de la Commission s’inscrit dans un ensemble de faits encourageants de la dernière période, de la part de toutes les institutions européennes, et même du Conseil (qui représente les 27 gouvernements). En son nom, la nouvelle haute représentante pour la politique étrangère et la sécurité, Mme Catherine Ashton, ne vient-elle pas de se rendre pour la seconde fois en Palestine, y compris à Gaza, appelant à « un changement urgent et fondamental » de la politique d’Israël vis-à-vis de ce territoire ? » Tout comme le premier ministre (palestinien) Fayyad, a-t-elle précisé à ce propos, « je pense que le mouvement des personnes et des biens entre Gaza et la Cisjordanie doit devenir un des objectifs clés. » L’exaspération de millions d’Européens devant l’impunité accordée jusqu’ici aux dirigeants israéliens commencerait-elle à produire son effet ? On veut l’espérer. Tout en amplifiant les actions pour une issue juste et durable au drame palestinien

22 juillet 2010 at 9:44 Laisser un commentaire

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