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ARRETER LE BRAS DES VA-T-EN-GUERRE !

wurtz-l-humanite-dimancheDans les jours qui viennent va peut-être se jouer le sort d’un conflit latent vieux de 36 ans! Allons-nous vers la normalisation des relations entre les Etats-Unis et l’Iran -ce qui constituerait l’un des rares facteurs de détente au Moyen-Orient- ou sommes-nous au contraire à la veille d’assister à l’un des plus scandaleux gâchis diplomatiques de notre époque dont seuls profiteraient les ultra des deux « camps »?

Une première chance de succès a déjà été torpillée fin 2013. C’est la France qui fit alors capoter la négociation qui était en train d’aboutir entre les cinq pays membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU plus l’Allemagne (« P5+1 ») et la République islamique ! Avec un zèle suspect, dont s’étaient félicités tant Israël ( lui-même détenteur illégal de l’arme atomique ) que l’Arabie Saoudite, Paris avait jugé le projet de compromis sur le nucléaire iranien trop favorable à Téhéran…

Le second (et probablement dernier) essai sera-t-il le bon ? Rien n’est moins sûr. Ne serait-ce que du fait de l’affaiblissement sensible, entretemps, des partisans d’un accord : aussi bien en Iran -où les plus réactionnaires du régime font payer au Président Rohani l’ échec de sa tentative d’obtenir par des concessions sur le nucléaire l’annulation des sanctions occidentales- qu’aux Etats-Unis, où le Sénat vient de passer aux mains des jusqu’au boutistes Républicains ! Les va-t-en-guerre veillent au grain ! Espérons qu’aucun des négociateurs du P5+1 ne leur apporte, cette fois-ci, de l’eau au moulin…

Presqu’au même moment, le Représentant spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Proche-Orient, Robert Serry, présentera à l’ONU les conclusions de …sept ans d’efforts infructueux ! A la veille de ce compte-rendu de mandat, le constat du diplomate est implacable : chaque initiative de paix dans laquelle il a été impliqué a été suivie…par une guerre d’Israël contre Gaza. Dans le même temps, il a assisté à une extension constante des colonies , illégales et contraires à la solution à deux Etats. Par ailleurs, les Israéliens bloquent les taxes perçues au nom de l’Autorité Palestinienne , qui est, de ce fait, en quasi-faillite -autrement dit, ce sont les partisans de la non-violence et des négociations qui sont affaiblis. Enfin, les donateurs ont versé moins de 10% de l’argent promis en octobre dernier. (1)

Quel est le lien direct entre ces deux enjeux -le risque d’échec de l’accord avec l’Iran et la bombe à retardement qu’est l’occupation-colonisation de la Palestine- ? Il porte un nom : Nétanyahou ,et , avec lui, tous ceux qui assurent une totale impunité à sa politique irresponsable. À cet égard , il est instructif de se reporter au texte de l’intervention du Premier Ministre de l’Etat hébreux devant l’AIPAC, le puissant lobby pro-israélien à Washington, juste avant sa harangue devant le Congrès des États-Unis contre le projet d’accord avec Téhéran. Pour couper court aux craintes que le coup de Jarnac qu’il était en train de donner à son meilleur allié stratégique ne porte préjudice à Israël, il lança à ses fans électrisés : « L’Amérique et Israël ont eu des désaccords graves au cours de notre amitié qui dure depuis 70 ans ». Or, poursuivit-il en substance, nous avons toujours tenu bon face à ces pressions sans en subir aucune conséquence . Et d’énumérer ces avertissements ignorés sans frais : 1948; 1967; 1981 (destruction du réacteur nucléaire Osirak); ou encore 2002 , quand « Sharon a lancé l’opération Bouclier défensif (2). Les États-Unis ont exigé qu’Israël retire immédiatement ses troupes, mais Sharon a continué jusqu’à ce que l’opération soit achevée. » Or, souligne le faucon de Tel Aviv, avec son arrogance coutumière : « Malgré des désaccords occasionnels, l’amitié entre l’Amérique et Israël devenait de plus en plus forte, décennie après décennie. » À bon entendeur…

———
(1) Robert Serry (« Le Monde » 6/3/2015)
(2) 24 jours de dévastations et de crimes de guerre, siège du palais présidentiel de Yasser Arafat , massacre du camp de réfugiés de Jénine…

14 mars 2015 at 7:37 Laisser un commentaire

L’ENJEU GREC, C’EST AUSSI LA DIGNITE ET LA SOUVERAINETÉ

wurtz-l-humanite-dimancheDans une belle édition spéciale de « L’Humanité », dédiée à la solidarité avec la Grèce, le réalisateur Costa-Gavras explique son soutien au nouveau gouvernement d’Athènes en insistant sur « la volonté de Tsipras de sortir le pays des griffes de la troïka ». Ce sont, dit-il, « des bureaucrates d’une rigidité extraordinaire, (dans leur petit monde), il y a pléthore de chiffres, jamais de peuple ». À l’opposé, le cinéaste évoque -citant Alexis Tsipras – la démocratie et la culture, ces « deux racines de la Grèce », et dit espérer des « changements éthiques » dans son pays. (1) Ce que nous rappelle Costa-Gavras, c’est qu’en même temps que le rejet de l’austérité, la mobilisation et le vote des Grecs expriment une exigence de dignité et de souveraineté. Et c’est sur l’ensemble de ces terrains que les dirigeants de la zone euro veulent éviter à tout prix que Syrisa puisse se prévaloir de succès susceptibles de donner des idées aux autres peuples autant excédés par d’interminables sacrifices que blessés par une forme d’encasernement , sinon d’humiliation, devenu insupportable.

Poussée jusqu’à l’extrême en Grèce par la « troïka », cette mise sous surveillance nous touche désormais tous, à un degré ou à un autre. Le pire, c’est de voir des responsables politiques ou d’autres personnages influents s’inscrire sans aucun recul dans cette logique de soumission : « Michel Sapin a pris par écrit l’engagement de tenir l’objectif » vient ainsi d’ assurer le Commissaire européen Moscovici à propos de l’injonction qu’il a lui-même adressée à son successeur de présenter à Bruxelles d’ici le mois d’avril un plan de « réformes ambitieux et plus détaillé » ! D’autres en viendraient presque à exprimer leur reconnaissance du fait que Bruxelles ait « accepté de donner un nouveau délai de deux ans à la France » (« Le Figaro ») « pour rentrer dans les clous » (« Libération »), ce qui fait tout naturellement que « Paris va devoir, comme tout mauvais élève, revoir sa copie (et) avancer d’autres preuves de sa volonté réformatrice. D’ici avril. » (« Le Monde »)

Cette espèce de mise sous tutelle « soft » a , on s’en souvient, débuté avec l’obligation pour chaque État de soumettre à la Commission européenne puis à ses pairs son projet de budget annuel avant de l’adresser à son propre parlement. Depuis quelques temps , cette pratique a été étendue à la surveillance des « grands équilibres macroéconomiques »de chaque État , autrement dit à la politique économique et sociale dans son ensemble , pour chaque gouvernement. Actuellement, pas moins de 16 pays de la zone euro (sur 19) sont ainsi sous surveillance économique car leur niveau de dette, ou leur « compétitivité » ou quelqu’autre indicateur pertinent « n’est pas en ligne avec les valeurs de référence » européennes. Et comme pour l’échelle de Richter concernant les tremblements de terre, il y a des degrés dans la gravité des « dérapages » constatés. Ils vont de 1 à 6, et aboutissent, le cas échéant, à la « procédure de déséquilibres excessifs ». En finir avec cette bureaucratie kafkaïenne et humiliante, voilà bien l’autre exigence irrépressible qui a conduit en Grèce à l’insurrection démocratique du 25 janvier et qui cherche sa voie dans nombre d’autres pays -dont le nôtre.

Réjouissons-nous que de plus en plus de voix s’élèvent avec dignité pour appeler un chat un chat et exprimer l’ exigence d’un sursaut : »Le monde de la finance porte un regard stéréotypé sur les sociétés et sur les États avec lesquels il a à traiter. Il en allait de même du colonisateur vis-à-vis des indigènes (…) Ne devenons pas nous-même de nouveaux colonisés ou autocolonisés puisque nos instances participent à ces mutations (…) Une fois de plus, c’est la Grèce qui a levé le drapeau ». (2) C’est pourquoi notre solidarité avec le peuple grec est un combat d’intérêt mutuel qu’ensemble nous devons gagner.

———–
(1) L’Humanité (25/2/2015)
(2) Marc Ferro, historien (Le Monde 26/2/2015)

5 mars 2015 at 10:57 Laisser un commentaire

RETOUR SUR LA « BATAILLE » GAGNÉE PAR SYRISA

wurtz-l-humanite-dimanche« Nous avons gagné une bataille mais pas la guerre (…) Les difficultés réelles sont devant nous » : Alexis Tsipras, le Premier Ministre grec n’a rien caché à son peuple des obstacles que les institutions européennes et leurs maîtres actuels dressent sur le chemin de la réalisation du programme de Syrisa. De fait, les négociateurs grecs ont dû faire des concessions majeures à l’ « Eurogroupe » pour arracher un accord dont Athènes avait un besoin littéralement vital avant la date fatidique du 28 février -jour où prenait fin « l’assistance financière » accordée au pays depuis 2012 (avec, jusqu’ici, les « contreparties » dévastatrices que l’on sait).  Et surtout, de lourdes incertitudes planent sur l’issue des négociations entre les autorités grecques et Bruxelles, qui vont marquer les quatre prochains mois. Et pourtant, oui : le peuple grec a gagné une bataille ! Contrairement à une idée répandue, cet accord n’était nullement garanti ! Le fait de l’avoir imposé -si on connaît le contexte réel de ce bras de fer- est bel et bien un succès.

En effet, aux yeux de certains membres de cette instance, et notamment du plus influent d’entre eux, Wolfgang Schäuble, grand argentier allemand et donc principal créancier de la Grèce, l’ expulsion de ce pays de la zone euro n’entraînerait plus aujourd’hui de gros dégâts pour les autres membres de l’ Union monétaire. « Nous avons beaucoup appris des deux dernières années et instauré des mécanismes de protection. Le risque de contagion à d’autres pays de la zone euro a diminué et la zone euro dans son ensemble est devenu plus robuste » déclarait-il déjà bien avant la victoire de Syrisa. (1) Pire, l’abandon de la Grèce était vu plus récemment dans ces milieux comme une chance  : « Si le maillon faible de la chaîne cède, le reste se renforce » rapportait le mois dernier le magazine allemand « Der Spiegel ». Certains acteurs proches des négociations de l’ « Eurogroupe » soupçonnaient donc que le puissant ministre allemand, révulsé par la crise grecque depuis le début et , à plus forte raison, foncièrement hostile à Syrisa, « mise sur la sortie de la Grèce de la zone euro , voire qu’il cherche à la provoquer » , tant son intransigeance extrême paraissait suspecte ! (2)
Ajoutons à cela la panique des gouvernements espagnols, portugais, irlandais, baltes, etc devant la perspective que Syrisa obtienne d’éviter à l’avenir au peuple grec les fardeaux et les humiliations qu’ eux-mêmes ont imposés à leur population comme « la seule politique possible »! Ils ont été les premiers à soutenir l’attitude bornée de leur collègue allemand.

C’est à l’aune de ce rapport de force apparemment inextricable qu’il faut mesurer l’accord arraché « in extremis » par la Grèce à ses créanciers. Avant tout, le trou noir auquel aurait abouti l’arrêt de tout financement européen , qui aurait livré la Grèce aux marchés financiers, à été évité ! Ensuite, deux demandes essentielles du gouvernement grec ont été satisfaites. La première, c’est que la « troïka » est morte ! On n’imagine pas le pas symbolique que cela représente dans la reconquête de la dignité du peuple grec! Évidemment que les trois institutions dont ce monstre bureaucratique et de type colonial émanait -la Commission de Bruxelles, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international- continuent d’exercer leurs pressions , mais désormais, c’est Athènes qui choisira les « réformes » à entreprendre et en discutera avec ces institutions. La seconde demande satisfaite est l’ouverture de négociations sur le contenu d’un « nouveau contrat » qui liera la Grèce à la zone euro à partir de juillet prochain. Enfin, l’exigence qui pesait jusqu’ici sur la Grèce d’arriver cette année, non à l’équilibre budgétaire (hors service de la dette) proposé par le gouvernement, mais à un excédent de 3% du PIB grec est annulée. Cela veut dire que des milliards d’euros supplémentaires pourront aller aux dépenses jugées prioritaires par le gouvernement grec.
Gageons que ce sont le soutien de 81% de citoyens grecs à l’action de Syrisa (4) et l’énorme courant de sympathie qui entoure le nouveau gouvernement grec parmi les peuples européens qui ont finalement permis de « gagner une bataille » ! Dans les mois qui viennent, c’est à l’évidence cet atout qui devra encore s’affermir pour, ensemble, « gagner la guerre ».
———-
(1) Interview au quotidien allemand « Rheinische Post » (11/5/2012)
(2) Voir « Le Soir » (Bruxelles) 22/2/2015
(3) Voir humanite.fr (15/2/2015)

26 février 2015 at 10:32 1 commentaire

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