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L’UNION EUROPEENNE APRES LE 6 MAI
On l’imagine:l’élection de François Hollande suscite beaucoup d’espoirs parmi les peuples européens,particulièrement ceux qui n’en peuvent plus de subir la descente aux enfers que leur inflige la coalition des croisés de l’austérité: feu Merkozy; Draghi (BCE) ; Barroso (Commission). Ne pas les décevoir devra être une obsession de la « France de gauche ». Changer l’Europe doit être notre objectif commun.
Mais qu’en est-il des gouvernements,très majoritairement conservateurs,avec lesquels vont commencer dès juin de rudes négociations? Apparemment,certains d’entre eux ne voient pas d’un mauvais oeil l’idée de François Hollande d’ajouter un « volet croissance » au traité sur la discipline budgétaire.Ils en attendent, face au risque d’explosion sociale,un effet d’amortisseur de nature à faire passer le noyau dur du traité. Ce débat ne date pas d’aujourd’hui.
Cela fait des semaines qu’un certain nombre de dirigeants européens tentent de déssérer l’étau qui les paralyse en cherchant à concilier deux exigences contradictoires des marchés financiers:désendetter à marche forcée les Etats membres sans asphyxiet l’économie. Même le très orthodoxe M. Barroso a poussé l’audace jusqu’à déclarer que « ce n’est pas suffisant de se concentrer sur la stabilité financière ».(Une -petite- pierre dans le jardin de la Chancelière allemande.) En février dernier,ce ne sont pas moins de 12 Chefs de gouvernement, dont ceux d’Italie,d’Espagne,de Grande-Bretagne,des Pays-Bas,de Suède…-en fait les plus libéraux !- qui ont adressé une lettre ouverte au Président du Conseil européen pour exiger des mesures à même de doper la croissance.
Lesquelles? Plus de libéralisation des services;plus d’ « assouplissement » du marché du travail;plus de concurrence…Est-il besoin de le dire: on attend de la gauche française une tout autre ambition! François Hollande a formulé quatre demandes en faveur de la croissance.La première -des obligations européennes permettant à l’UE de financer par l’emprunt des infrastructures de transports ou d’énergie- est un « classique ». D’ailleurs la Commission y travaille…en prévoyant des « partenariats public-privé » chers aux Anglo-saxons.Cela ne va pas nous libérer de l’emprise des marchés sur l’économie,mais au contraire nourrir leur appétit. Les trois autres propositions ne posent pas de problème: augmentation du capital de la Banque européenne d’investissement (sauf que ses statuts actuels l’obligent elle aussi à emprunter sur les marchés et non auprès de la BCE !);utilisation des fonds structurels non encore alloués;création d’une taxe sur les transactions financières « d’un certain niveau ». En principe, tout le monde est aujourd’hui d’accord là dessus. Même Angela Merkel! Un coup de pouce français pour passer des paroles aux actes est donc bienvenu et salutaire. Cependant, attention à ne pas laisser noyer ces mesures dans un « paquet-croissance » incluant l’avalanche de « réformes » ultralibérales mises sur la table par les « 12 » au premier rang desquels l’Italien Monti,l’Espagnol Rajoy,le Britannique Camerone ou la Commission Barroso ! Et surtout ,tout cela laisse intact le traité lui-même,ses disciplines,ses contrôles,ses sanctions et ses propres « réformes structurelles »! On nous dira que,le rapport des forces étant ce qu’il est dans l’UE…Mais il y a un bon moyen de changer la donne à cet égard: laisser entrer le peuple dans la négociation en organisant un référendum! Il n’est pas trop tard pour le décider.
L’EUROPE ET LE PARIA ARGENTIN
La campagne électorale a fait passer au second plan de l’actualité des événements non seulement importants en eux-mêmes mais à méditer dans notre propre intérêt. Il en va ainsi de la décision annoncée il y a peu par la présidente argentine, Cristina Kirchner, de nationaliser 51% de la compagnie pétrolière YPF, filiale du groupe espagnol REPSOL – décision entérinée le 26 avril dernier au Sénat argentin par un vote qui en dit long sur la popularité de cette nouvelle mesure dans le pays: 63 pour, 3 contre!
Il n’en va pas de même en Europe! Le tollé déclenché par cette affaire, non seulement dans les milieux patronaux espagnols, mais dans les sphères officielles de l’Union européenne, mérite qu’on s’y arrête. Ainsi, la Commission Barroso a-t-elle dénoncé avec force cette mesure, qualifiée de « très mauvais signal à tous les investisseurs étrangers » et annulé immédiatement une mission européenne de coopération industrielle ainsi que d’autres rencontres programmées de longue date à Buenos Aires. La présidence (danoise) du Conseil n’a pas été en reste, en dénonçant une « décision inacceptable » qui fait planer une « menace sur l’activité économique ». Jusque là, me dira-t-on, ce sont des réactions peut-être déplorables, mais pas surprenantes. On peut, en revanche, être stupéfié d’apprendre que le Parlement européen, à près de 85% (458 voix pour, 71 contre et 16 abstentions!), a appelé la Commission à prendre des mesures de rétorsion en usant de « tous les instruments et règlements disponibles au sein de l’OMC et du G20 »!
L’agence Europe, spécialisée dans la diffusion des informations sur les institutions de l’UE, a consacré un long éditorial à ce dossier, en se félicitant que le Parlement européen ait « réagi avec rigueur, à l’exception de quelques députés d’extrême gauche (notre groupe de la Gauche unitaire européenne et une minorité d’autres députés de gauche) qui se croient généreux et avant-gardistes en prenant position au détriment d’un Etat membre qui est dans son droit et traverse un moment particulièrement difficile »! Pauvre PDG du pétrolier REPSOL, qui estime avoir droit, à titre de « compensation » pour ses 57,4% d’actions détenues dans YPF, la somme rondelette de 8 milliards d’euros! Ah, elle est belle, cette mentalité de caste européenne qui n’a cure du calvaire imposé au peuple espagnol par les programmes d’austérité à répétition pilotés depuis Bruxelles et Francfort mais en appelle à la « solidarité » avec un grand pétrolier mis devant ses responsabilités.
Car, ce que ne disent pas tous ceux qui font de l’Argentine un nouveau paria, c’est que cette mesure d’ « expropriation » ne vise aucune autre entreprise étrangère dans ce pays ni même aucun autre actionnaire d’YPF. Elle ne concerne que REPSOL, à qui tout le pays reproche le refus d’investir depuis six ans dans YPF pour protester contre un encadrement des prix de l’énergie en Argentine, qui avait le grand tort de rendre cette entreprise un peu moins profitable que celles des pays voisins. Cette grève des investissements a obligé l’Argentine à importer du pétrole, explosant par la même, ses déficits. Or, les marchés financiers n’ont jamais pardonné à l’Argentine son « défaut » de 2001. Ils refusent de lui prêter l’argent dont elle a un besoin impérieux. La nationalisation d’YPF tient, dès lors, de la légitime défense. Le peuple espagnol et le peuple argentin ont les mêmes ennemis.
22 avril : et l’Europe dans tout cela ?

Les résultats du premier tour des élections présidentielles nous livrent nombres d’enseignements politiques utiles à la poursuite de l’expérience salutaire du Front de Gauche.Certains d’entre eux mériteront de faire l’objet de débats approfondis, au-delà de l’échéance du 6 mai qui doit permettre d’assurer la défaite de Nicolas Sarkozy. La question européenne est dans ce cas.
Tout d’abord, un constat d’apparence banale appelle en fait des confrontations d’opinions très poussées: depuis 2010, toutes les élections dans l’Union européenne, de Londres à Dublin ou de Lisbonne à Madrid (sans oublier le cas d’espèce de Rome…) se sont traduites par une sanction populaire,souvent sévère,des dirigeants en place, qu’ils aient été libéraux ou sociaux-démocrates.Quoi de plus logique? Ils appliquent tous,dans leurs grandes lignes,les mêmes politiques de régression sociale issues de la « coordination économique européenne » placée sous la tutelle des Etats les plus puissants,la vigilance impitoyable de la BCE et la domination des marchés financiers.On se souvient du bon mot (de mauvais goût) de Jean-Claude Juncker, Président de l’eurogroupe: » On sait quelles mesures prendre. Ce qu’on ne sait pas,c’est comment se faire réelire une fois qu’on les a prises. » Pour tenter d’échapper au sort de ses pairs,malgré le rôle d’aiguillon qu’il a joué au côté de sa suzeraine, Angela Merckel, pour imposer ces orientations honnies,Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à miser sur le nationalisme,en agitant à l’égard de Bruxelles la menace de quitter l’espace Schengen et de refermer les frontières françaises aux ressortissants européens, ou en annonçant le « gel de la contribution française à l’Union européenne. »On connait désormais le résultat de cette stratégie de Gribouille…Elle doit faire réfléchir tous ceux qui seraient tentés d’emprunter cette voie minée:l’orthodoxie libérale matinée de démagogie populiste conduit à la défaite,singulièrement aggravée par le triomphe de l’extrême droite!
Par ailleurs,François Hollande, mesurant la défiance grandissante de son propre électorat vis à vis de cette machine « austéritaire » et coercitive qu’est devenue l’Union européenne,a pris l’engagement de « renégocier » le projet de traité sur la discipline budgétaire qui est censé entrer en vigueur début 2013.Les lecteurs les plus attentifs savent que ses ambitions transformatrices sont, en la matière, modestes: l’ajoût d’une déclaration en faveur de la croissance…Mais les Français dans leur plus grand nombre en attendront beaucoup plus, qu’ils aient voté pour le candidat socialiste ou non. Une nouvelle désillusion à ce propos serait, on l’imagine aisément, en plus d’un échec electoral problable, du pain bénit assuré pour le FN. Jusqu’où?
Tout cela conduit à se dire que si le Front de Gauche n’existait pas, il faudrait, vite, l’inventer! Sur les enjeux européens, en effet, il fait vivre les idées et les pratiques de l’ expérience de démocratie citoyenne exemplaire que fut la campagne contre le TCE de 2004-2005: pas de fuite en avant antieuropéenne, mais au contraire un projet européen solidaire, en rupture profonde avec le modèle caricatural imposé aujourd’hui.Que cette perspective alternative ait conquis une place de choix dans le débat national -et même européen- est un succès à apprécier à l’aune des dangers mortels que nous venons de rappeler.




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