Posts filed under ‘Francis Wurtz Le Blog’

« SORTIR DE L’EURO? » POUSSONS LE DEBAT!

Dans une récente chronique, j’ai amorcé le dialogue sur une interrogation compréhensible mais, à mes yeux, piègeante : faut-il « sortir de l’euro » pour nous libérer des politiques dévastatrices menées en son nom?  Poussons le débat, sans prétendre faire le tour de la question en quelques lignes.

Tout d’abord, une donnée doit être claire: le statu quo est incompatible avec une ambition sociale.  La conception actuelle de la monnaie européenne a ses fondements dans le traité de Maastricht.  La logique de ce traité est, en particulier, traduite par une Banque centrale européenne (BCE) conçue pour ignorer l’emploi et le social.  Elle ne doit s’intéresser qu’à la « stabilité » des coûts, c’est à dire à la pression sur les salaires et les dépenses sociales afin de séduire les « investisseurs » à  la recherche de rendements élevés.  Cette logique a produit le pacte de …stabilité, véritable machine de guerre contre les dépenses publiques, et favorisé la politique de « l’euro fort », mortelle pour l’emploi.  Depuis la crise financière de 2008, elle a conduit les principaux dirigeants européens à sophistiquer encore substantiellement leur arsenal antisocial – et antidémocratique – avec la « pacte pour l’euro ».  Celui-ci vise à instaurer un régime d’hyperaustérité durable et à imposer d’en haut des « réformes structurelles » visant à doper la « flexicurité », l’allongement de l’âge de départ à la retraite, les privatisations…  La rupture avec cette logique est donc, plus que jamais, une exigence pour qui veut ouvrir la voie à un projet de gauche digne de ce nom.

Dès lors se pose la question: la meilleure rupture avec cette politique ne serait-elle pas la sortie pure et simple de l’euro?  Une fausse évidence, dramatiquement trompeuse!  Même un économiste comme Jacques Sapir, qui penche pourtant plus ou moins en faveur d’une telle issue, ne cache pas qu’ « il est évident qu’une sortie de l’euro est un basculement dans l’incertain », que le risque est que « la souveraineté monétaire soit captée par les marchés » et que la « nouvelle monnaie (soit menacée d’être) prise dans le tourbillon des spéculations financières ».  Les économistes communistes – non suspects de complaisance pour Maastricht ou la BCE! – estiment même pareille aventure bien plus dangereuse encore, avec, en particulier, les effets désastreux d’une forte dévaluation sur le niveau de vie des travailleurs et le poids de la dette, ainsi que l’explosion d’une mise en concurrence sans limite entre Européens.  Et surtout, ils mettent l’accent sur le besoin vital d’une construction monétaire européenne – mais profondément transformée – pour agir contre la domination du dollar et en faveur d’une monnaie commune de coopération à l’échelle du monde, au côté de pays du Sud et de grandes économies dites « émergentes ».

Naturellement, pour créer les conditions de tels changements, il ne faut pas se situer exclusivement au niveau des institutions européennes actuelles ou des négociations entre Etats, tels qu’ils sont sous nos yeux.  C’est précisément la responsabilité d’une gauche visant la transformation sociale d’offrir aux citoyens une grille de lecture plus dialectique des réalités et des potentialités.  Ainsi, la crise sans précédent des structures européennes et la montée partout d’aspirations au changement, elles aussi d’une ampleur sans équivalent depuis qu’existe l’UE, ouvrent-elles une « fenêtre d’opportunité » historique.  C’est le moment de faire valoir une vision alternative et d’avancer des propositions saisissables, crédibles et rassembleuses.  C’est dans cet esprit qu’on attend la gauche française en 2012.

19 Mai 2011 at 10:45 2 commentaires

La face la plus noire de Schengen

Le 6 janvier 1941, le Président des Etats-Unis, Franklin Roosevelt, prononça le célèbre discours dit « des quatre libertés »: la liberté d’expression, de religion, de vivre à l’abri du besoin, ainsi qu’à l’abri de la peur.  Les « pères de l’Europe », quinze ans plus tard, ont tenu à placer eux aussi leur œuvre sous l’égide de « quatre libertés fondamentales », mais plus prosaïques que les précédentes: la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services et des personnes sur le marché européen.

La première de ces libertés à avoir été intégralement
réalisée fut celle accordée aux marchandises de circuler sans
entraves.  La généralisation de la libre circulation des capitaux
intervint en 1990.  Puis vint le tour des services.  A partir de 2004,
aux yeux des dirigeants européens, l’adhésion à l’UE d’un grand nombre
de pays à bas salaires rendit plus cruciale et plus urgente la
suppression de tous les obstacles à la possibilité effective de tout
prestataire de services -notamment de ces pays- d’exercer son activité
dans n’importe quel autre Etat membre …en y appliquant les règles
« du pays d’origine ». La directive Bolkestein fut conçue à cet effet.
Cela étant, le principe de la libre prestation des services tout comme
celui de la liberté d’établissement des prestataires de services
étaient clairement reconnu dès 1957.

Il faudra, en revanche, attendre 1995 pour qu’entre en
vigueur la convention d’application des accords de Schengen et 1999
pour que soit intégrée aux traités européens la liberté des personnes
de circuler dans un espace sans frontières composé de 22 pays de
l’UE et de 3 pays associés: l’Islande, la Norvège et la Suisse (la
Grande Bretagne et Irlande ont obtenu le droit de conserver leurs
frontières. La Roumanie, la Bulgarie et Chypre attendent que le
Conseil européen les juge aptes à ouvrir les leurs.)  Enfin, un beau
symbole dira-t-on? Oui, mais la médaille a un revers…

Certes, nul ne conteste la légitimité, pour les Etats qui
ont aboli leurs frontières intérieures, d’une surveillance des
frontières extérieures du nouvel espace commun, ni même de l’existence
d’une clause de sauvegarde permettant, dans des cas extrêmes, de
rétablir ponctuellement, des contrôles à l’entrée de leur territoire.
Mais les tendances à l’œuvre – dont le couple Sarkozy – Berlusconi est
un protagoniste zélé – sont d’une tout autre nature.  Il s’agit de
détricoter maille par maille un acquis démocratique, en ne conservant
de « Schengen » que sa face noire, hyper-sécuritaire et attentatoire aux
libertés.  Ainsi, le système d’information Schengen (SIS) qui stocke
dix millions de données concernant un million et demi de personnes
dans une opacité totale va-t-il être encore renforcé.  En outre,
l’Agence Frontex, véritable bras armé de Schengen, auquel les Etats
membres délèguent des moyens colossaux (des dizaines d’hélicoptères,
d’avions, de navires et des centaines de radars, de caméras
thermiques, de détecteurs de battements de cœur, ainsi que des
patrouilles de gardes- frontières et autres « groupes d’intervention
rapide ») pour traquer et refouler les migrants dont 4200 ont payé de
leur vie, depuis 2003,leur recherche éperdue d’un havre de paix et
d’une vie meilleure doit, elle aussi, être encore promue.  Ayant perdu
leurs fidèles auxiliaires – de Ben Ali à Kadhafi – qui assuraient
jusqu’il y a peu l’externalisation des contrôles au mépris des droits
fondamentaux, ils choisissent la fuite en avant et entraînent l’Europe
dans une aventure démagogique et xénophobe.  Ne tombons pas dans leur
piège!

13 Mai 2011 at 12:46 Laisser un commentaire

NOUVELLE DONNE AU PROCHE-ORIENT!

Enfin de bonnes nouvelles de Palestine!  On sentait depuis quelques temps Mahmoud Abbas manifestement décidé à tirer les leçons de l’autisme des dirigeants israéliens et de la capitulation de la Maison Blanche face à Netanyahou.  Le Président de l’Autorité palestinienne et son brillant Premier Ministre, Salam Fayad, ont bel et bien repris l’initiative.  En sortant enfin d’un statu quo intenable et humiliant, ils ont surpris tout le monde et placé tant Israël que le « Quartet » (USA, Union européenne, Russie et ONU) devant leurs responsabilités.  Déjà, ils avaient fait le choix stratégique de porter devant les Nations Unies, en septembre prochain, la demande de la reconnaissance internationale de l’Etat palestinien dans les frontières de 1967.  Il vient de s’y ajouter cet accord de « réconciliation » totalement inattendu entre le Fatah et le Hamas, prévoyant la formation d’un gouvernement transitoire et la préparation, pour dans un an, d’élections présidentielles et législatives.

Comment un tel résultat a-t-il pu être obtenu alors même que les divergences sont – et demeurent – très profondes entre les deux principaux courants du mouvement palestinien?  Voilà encore une manifestation du « printemps arabe », et en particulier un nouvel « effet place Tahrir ».  Le 12 mars dernier, les jeunes Gazaouis étaient descendus massivement dans la rue pour exiger la réunification du peuple palestinien.  Dès le lendemain, le Président Abbas avait saisi la balle au bond, se déclarant prêt à se rendre à Gaza « dès demain ».  Le Hamas, en perte de vitesse, ne put ignorer la montée de cette exigence de rapprochement.  Son leader, Khaled Mechaal, réfugié en Syrie, est également rendu plus enclin au dialogue par l’instabilité croissante du régime à Damas.  Les nouvelles autorités égyptiennes, de leur côté, entendent montrer leur capacité à faire bouger une situation bloquée sous leur prédécesseur.  Dans ce contexte, l’improbable est devenu réalité.  Un nouvel espoir est né.

Attention, cependant, à ne pas sous-estimer les énormes pressions en cours, visant à faire échouer le plan palestinien!  Israël fulmine.  Netanyahou s’apprête à prononcer un discours vengeur devant…le Congrès américain, à l’invitation du Parti Républicain – ce qui ne manquera pas de peser sur la position d’un Obama déjà peu enclin à résister aux pressions dans ce domaine.  Shimon Pérès annonce la couleur: « le monde ne peut pas soutenir l’établissement d’un Etat en partie gouverné par une organisation terroriste ».  Peu lui importe qu’il ait été clairement annoncé que le gouvernement palestinien de transition ne comprendra que des « experts » affiliés à aucun parti.  Heureusement, d’autres voix s’expriment-elles en Israël, en faveur d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 – et parmi elles, celle de 17 personnalités lauréates du « Prix Israël », la plus haute distinction culturelle et scientifique du pays.

Quant à l’Union européenne, à l’heure où ces lignes sont écrites, elle n’a pas pris position sur cette nouvelle donne au Proche Orient.  Rappelons le précédent de 2007: déjà le président Abbas, grâce au prestige de Marwan Barghouti, prisonnier des Israéliens, auprès de la jeunesse palestinien, avait réussi à mettre sur pied un gouvernement d’unité nationale.  L’Union européenne refusa de le reconnaitre, contribuant au tour dramatique que prit la situation dans la région.  Saura-t-elle tirer les enseignements de cette erreur fatale et jouer, cette fois, le rôle qu’on attend d’un grand acteur mondial en faveur de la justice et de la paix?

5 Mai 2011 at 8:20 1 commentaire

Older Posts Newer Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 297 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

avril 2026
L M M J V S D
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930  

Archives

Catégories

Pages

Pages