Posts filed under ‘Francis Wurtz Le Blog’

GRECE, IRLANDE… URGENCE – SOLIDARITE !

L’Union européenne a « pour but de promouvoir le bien être de ses peuples (et) d’établir entre eux une union sans cesse plus étroite »: cette phrase des traités européens illustre bien le fossé qui ne cesse de se creuser entre les images d’Epinal dérisoires censées décrire l’actuel modèle européen et les sombres réalités des politiques effectivement mises en œuvre au nom de l’ « Europe». Le calvaire imposé au peuple irlandais, après celui déjà infligé au peuple grec, est, à cet égard, un scandale qui ne doit pas rester sans réaction! Pour mesurer ce que représente le fardeau du plan dit de « sauvetage » pour cette population d’à peine plus de 4 millions d’habitants, il faut rappeler ce que cela signifierait, en proportion de la population respective de chacun des deux pays, pour la France.15 milliards d’ « économies » en l’espace de quatre ans, c’est l’équivalent de 200 milliards d’euros pour notre pays ! C’est à dire pas loin  du budget annuel de l’Etat.25 000 emplois supprimés dans la fonction publique reviendrait à rayer de la carte quelque 330 000 postes publics en France. Etc…Et ce plan d’austérité est le troisième en trois ans. »War on the poor » (guerre aux pauvres) titrait fort justement un quotidien de Dublin.

Mais le plus incroyable, c’est qu’il se soit trouvé des dirigeants européens qui, à l’instar de M. Trichet, le patron de la Banque centrale européenne, avaient prédi que le peuple irlandais accepterait sans coup férir cette provocation sociale doublée d’une humiliation nationale. Les fortes mobilisations des Grecs avaient été mises sur le compte de l’atavisme protestataire des Méditerranéens. Mais les traditions du Tigre celtique se révèleraient tout autres, empreintes de pragmatisme et de capacités à s’adapter et à rebondir…La seule chose dont il y avait lieu de se préoccuper était de « rassurer les marchés». La règle à calcul aidant, cela voulait dire faire passer les déficits publics de 32% (!!) des richesses nationales (du fait du renflouement de banques privées en faillite)aux mythiques 3% en quatre ans.  De la folie furieuse qui ne peut émerger que d’esprits pour lesquels les personnes, la vie humaine sont des variables d’ajustement. Seules sont incontournables les « inquiétudes » des « marchés ».

Mais les Irlandais ne l’ont pas entendu ainsi. Il sont descendus dans la rue aussi massivement, en proportion, que les Français. Ils ont sévèrement bousculé leur gouvernement qui avait accepté de se plier aux honteuses injonctions des dirigeants européens et du FMI. Ils ont engagé un courageux bras de fer avec les puissants, dont l’issue n’est pas écrite. Sur place, ils peuvent compter sur les syndicats et sur des forces politiques de gauche au premier rang desquelles figurent avec beaucoup de dignité nos amis du Sinn Fein. Mais cela ne suffira pas. Leur combat est celui de tous les peuples européens. N’a-t-on pas entendu la Directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, préconiser, pour gérer la crise européenne, la création d’ « une autorité budgétaire centralisée, avec une indépendance comparable à celle de la Banque centrale européenne »?!N’attendons pas que la liste des pays-martyrs s’allonge et se rapproche pour réagir. La solidarité avec les peuples grec et irlandais est un devoir vis à vis d’eux et un besoin pour nous – mêmes.

2 décembre 2010 at 8:46 Laisser un commentaire

QUAND L’EUROPE EST SANS…BUDGET!

Décidément, rien ne va plus.  Des économistes décrivaient déjà l’Union européenne comme « l’homme malade de la planète » parce qu’elle affiche une croissance deux fois inférieure à la moyenne mondiale et trois fois moindre que celle des pays émergents.  Puis l’on a entendu son président, Van Rompuy, annoncer que « la zone euro lutte pour sa survie ».  Voilà que Conseil (les gouvernements) et Parlement viennent d’échouer dans leur recherche d’un accord sur le budget 2011!  Seuls les Chefs d’Etat et de gouvernement peuvent encore éviter le pire lors de leur prochaine rencontre, les 16 et 17 décembre prochains, à condition de trouver entre eux – et à l’unanimité – un compromis acceptable pour la majorité des députés européens.  Ce qui est loin d’être évident. 

         Cette situation n’a rien d’anecdotique.  elle ne s’est produite, à ma connaissance, que deux fois en plus d’un demi-siècle, dans les années 80.  Elle signifie que les institutions européennes ne disposeraient, pour fonctionner et investir, que d’un douzième du budget précédent (2010) par mois, jusqu’à ce qu’un accord intervienne sur un nouveau budget.  Par voie de conséquence, aucune des dépenses nouvelles prévues pour l’an prochain ne pourrait être engagée.  Ainsi, les agences de supervision des banques, des assurances et des marchés financiers dont la création devait annoncer une nouvelle « régulation » – au demeurant fort éloignée des exigences de ruptures avec la financiarisation à outrance de l’économie européenne – ne pourraient pas fonctionner; le chantier du futur réacteur expérimental de fusion nucléaire qui vient d’être lancé à Cadarache, dans les Bouches du Rhône, serait privé de 940 millions d’euros (Bonjour, la crédibilité de l’Union européenne vis à vis de ses partenaires pour ce projet: la Chine, l’Inde, la Corée, la Russie, les Etats-Unis…); les fonds structurels d’aide aux régions seraient amputés de 14% de leurs montants prévus; 24 milliards d’euros d’aides directes aux agriculteurs devraient être avancés par les Etats membres.  Cerise sur le gâteau: le « service européen d’action extérieure » présenté comme la grande innovation du traité de Lisbonne (sorte de « quai d’Orsay » européen) ne pourrait pas voir le jour. 

         Comment en est-on arrivé là?  L’adoption du budget suppose que Conseil et Parlement se mettent d’accord sur le même projet.  Ce fut presque le cas, à la mi-novembre, la majorité des députés ne remettant en cause ni les orientations ni les limitations drastiques des dépenses: 126 milliards d’euros, soit 1,01% du revenu national brut des 27 pays membres…  Le clash a pour origine l’intransigeance des gouvernements britannique, nordiques et néerlandais qui ont refusé de prendre l’engagement exigé par les parlementaires, en échange de leur extrême « modération » en matière de dépenses publiques européennes, de les associer à la réflexion prévue sur le financement futur de l’Union européenne (impôt européen? taxe sur les mouvements de capitaux? suppression de la ristourne substantielle accordée à la Grande Bretagne depuis le forcing victorieux de l’ex – « Dame de Fer », Margaret Thatcher?…) et à l’élaboration des perspectives financières pour les années à venir (2014-2020). 

         Rendez-vous le 16 décembre…  Mais quelle que soit l’issue de cette ultime négociation, une double conclusion s’impose: d’abord, la question,  hautement politique, des recettes comme des dépenses de l’Union européenne est à suivre de près dans la période à venir.  Ensuite, cette nouvelle illustration des contradictions qui traversent l’actuelle construction européenne confirme la justesse d’une ambition que nous ne cessons d’affirmer: celle d’une véritable refondation d’une « Union » qui, décidément, prend l’eau de toutes parts.

26 novembre 2010 at 11:20 Laisser un commentaire

« COMMENT SOMMES-NOUS DEVENUS PAUVRES? »

« Comment sommes-nous devenus pauvres? »  C’est le thème choisi par un très dynamique cercle progressiste hongrois pour un colloque qui vient de se tenir à Budapest avec la coopération du réseau de  fondations de la gauche européenne « Transform! ».  Le cercle en question, le « Kossuth Klub », mériterait en lui-même qu’on lui consacre toute notre attention – ce sera chose faite à une prochaine occasion.  Concentrons-nous aujourd’hui sur le sujet traité lors de cette riche confrontation d’idées et d’expériences. 

            « Année de la lutte contre la pauvreté » oblige: le Commissaire européen aux affaires sociales avait fait le  déplacement.  A l’entendre, le constat est, certes, navrant: 84 millions de personnes étaient considérées comme pauvres dans l’Union européenne …avant la crise de 2008!  Mais, grâce à la nouvelle stratégie adoptée cette année, « UE2020 », on peut, selon Bruxelles, se fixer l’objectif « non pas de l’élimination de la pauvreté, ce ne serait pas réaliste, mais de la réduction de 20 millions du nombre de personnes  » touchées par ce fléau.  Des raisons de l’augmentation constante de l’étendue de ce drame il ne fut pas question.  Pas plus que des changements politiques à opérer pour en enrayer la prolifération, « UE2020 » n’étant que la poursuite de la funeste « stratégie de Lisbonne 2000-2010 » qui a conduit où l’on sait. 

            Apportons donc quelques éclaircissements au sujet de ce qu’est devenu, dans toute l’Union européenne, un problème de société des plus brûlants.  D’abord, contrairement aux dires du Commissaire, l’Union européenne affiche depuis un demi-siècle l’ambition d’éradiquer la pauvreté.  Mais c’est en 2000 qu’elle s’était engagée le plus clairement à « donner un élan décisif à l’élimination de la pauvreté » (d’ici…2010) et d’ « assurer l’inclusion sociale active de tous ».  L’existence, alors, de 55 millions de pauvres dans l’Europe des « 15 » (avant l’élargissement à l’Est) avait été déclarée « inacceptable ».  Des moyens financiers furent mobilisés, des instruments juridiques créés et même une « clause sociale » intégrée au traité de Lisbonne prévoyant que soit évalué l’impact social de toutes les politiques européennes. 

            C’est donc à l’aune de cette expérience de 10 ans d’une stratégie économique de plus en plus libérale, matinée d’un « volet social » qu’il faut apprécier les résultats obtenus: la pauvreté n’a pas disparu, elle n’a pas même reculé, elle a augmenté jusqu’à frapper – avant le krach de 2008-2009 et l’hyper austérité qui a suivi! – un Européen ou une Européenne sur six…  La vérité si difficile à reconnaitre par les promoteurs des orientations européennes actuelles est celle-ci: à force de laisser de plus en plus de pouvoirs aux marchés financiers; d’encourager la mise en concurrence des peuples et le « dumping social »; d’affaiblir encore et encore les capacités d’intervention des citoyens et des acteurs sociaux, les politiques coordonnées par les gouvernements européens, la Commission, la Banque centrale…sont devenues une véritable machine à fabriquer de la richesse insolente et de la pauvreté scandaleuse.  C’est donc à ces niveaux-là que doivent être imposées des ruptures si l’on veut que la « Charte des droits fondamentaux » ait un sens lorsqu’elle affirme: « la dignité humaine est inviolable.  Elle doit être respectée et protégée. »

18 novembre 2010 at 8:22 1 commentaire

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