Posts filed under ‘Francis Wurtz Le Blog’

EUROPE-PALESTINE : UNE EMBELLIE ?

Le très dynamique et très politique premier ministre de Palestine, Salam Fayyad, vient d’effectuer à Bruxelles, le 13 juillet dernier, une visite officielle réussie. L’accueil reçu, après plusieurs autres initiatives européennes récentes, peut laisser espérer une embellie dans l’engagement – longtemps décevant – des 27 en faveur d’une solution juste du problème palestinien.

La visite du chef du gouvernement palestinien avait un triple objet. D’abord obtenir un soutien européen plus appuyé à son plan : « Mettre fin à l’occupation ; construire l’État palestinien », lancé il y a un an. Il s’agit, selon Salam Fayyad, de « créer (en deux ans) l’infrastructure appropriée à l’État palestinien et (de) nous préparer à l’acquisition de ce statut. » Y compris en posant les jalons d’un État de droit, en assumant ses responsabilités sur le plan sécuritaire et surtout en favorisant l’appropriation de ce processus préétatique par la population. Il apparaît ainsi que la seule condition à remplir pour la création de l’État est le déblocage du processus politique visant l’arrêt de l’occupation des territoires palestiniens par Israël. Sur le terrain, là où ce plan a pu être mis en œuvre, les premiers résultats sont très encourageants. Le soutien international est, à ce stade, déterminant.

Le deuxième objectif de la visite de Salam Fayyad était de presser ses interlocuteurs d’agir pour la levée du blocus de Gaza. Enfin, l’autorité palestinienne a un besoin impérieux d’obtenir de chaque acteur du « Quartet » (États-Unis, Union européenne, Russie, ONU) qu’il use de son influence sur Israël en faveur de négociations dignes de ce nom.

Les réactions européennes se sont avérées plus positives qu’à l’accoutumée ! Y compris de la part du président de la Commission européenne. Ainsi M. Barroso a-t-il rendu un hommage public et appuyé au travail du premier ministre palestinien qui est, à ses yeux, « d’une incroyable importance », et débloqué  une aide substantielle « en soutien direct à la construction de l’État ». Puis, au sujet de Gaza, il a souligné que l’Europe n’attendait pas d’Israël qu’il « laisse simplement passer l’aide ». Ce qu’il faut, a-t-il rappelé, c’est le développement du territoire et donc « l’ouverture de passages frontaliers l’infrastructure, les hôpitaux et les écoles puissent être reconstruites, que les matières premières puissent entrer et les exportations sortir. « Enfin, évoquant la colonisation à Jérusalem-Est et les récentes démolitions de maisons palestiniennes, le chef de l’exécutif bruxellois a qualifié ces politiques israéliennes de « contre-productives », « illégales », et d’« obstacle à la paix ».

Ce ton nouveau du président de la Commission s’inscrit dans un ensemble de faits encourageants de la dernière période, de la part de toutes les institutions européennes, et même du Conseil (qui représente les 27 gouvernements). En son nom, la nouvelle haute représentante pour la politique étrangère et la sécurité, Mme Catherine Ashton, ne vient-elle pas de se rendre pour la seconde fois en Palestine, y compris à Gaza, appelant à « un changement urgent et fondamental » de la politique d’Israël vis-à-vis de ce territoire ? » Tout comme le premier ministre (palestinien) Fayyad, a-t-elle précisé à ce propos, « je pense que le mouvement des personnes et des biens entre Gaza et la Cisjordanie doit devenir un des objectifs clés. » L’exaspération de millions d’Européens devant l’impunité accordée jusqu’ici aux dirigeants israéliens commencerait-elle à produire son effet ? On veut l’espérer. Tout en amplifiant les actions pour une issue juste et durable au drame palestinien

22 juillet 2010 at 9:44 Laisser un commentaire

SWIFT :UNE AFFAIRE QUI VOUS CONCERNE !

SWIFT : retenez ce sigle, car il renvoie a une affaire qui vous concerne!SWIFT- dont j’ai déjà eu l’occasion de traiter dans ces colonnes quand le Parlement européen avait osé se montrer ferme sur ce dossier – est une société privée basée près de Bruxelles et par où passent toutes les transactions effectuées entre quelque 8000 banques de plus de 200 pays.Elle rassemble par là même des millions de données personnelles de tous les clients concernés.

En 2006,des journaux américains révèlent que les autorités des Etats-Unis accèdent à ces données illégalement et en toute opacité.Ce scandale provoqua un tollé dans toute l’Europe.La justification avancée par Washington -la lutte contre le terrorisme- ne suffit pas à faire accepter cette violation grossière du droit de chaque citoyen ou citoyenne de l’Union européenne à la protection de sa vie privée.Pas moins de quatre directives européennes,ainsi que la Charte des Droits fondamentaux, et même une Autorité européenne de contrôle -qui regroupe la CNIL française et d’autres commissions nationales comparables- sont censées veiller au respect scrupuleux de cette garantie démocratique.

La Commission européenne crut alors surmonter l’obstacle en négociant avec son partenaire d’outre-Atlantique un projet d’accord pour donner,après-coup,une base légale à ces pratiques illicites.Mais le Parlement européen , à l’époque, refusa d’enteriner ce texte et fit connaitre les conditions à remplir pour obtenir son agrément.On ne pouvait qu’applaudir! C’était le 11 février dernier.

Négociateurs européens et américains n’ont , dès lors, pas eu d’autre choix que de revoir leur copie, en promettant de tenir compte des objections des parlementaires de Strasbourg.Une nouvelle mouture de l’accord fut signée le 28 juin dernier.Si elle marquait quelques évolutions,elle restait,sur nombre de questions essentielles,totalement inacceptable pour quiconque était attaché à la sauvegarde des libertés publiques, y compris dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Par exemple,était maintenu le principe de la transmission en masse de millions de données dites « potentiellement intéressantes » et non pas les seules données concernant telle ou telle affaire de terrorisme clairement identifiée.Autre exemple: l’Autorité européenne autorisée à contrôler les opérations était non pas une autorité judiciaire, publique et indépendante,mais une agence…policière (Europol)!Dernier exemple: l’accord n’excluait même pas que certaines de ces données soient trasmises par les Autorités américaines à des services répressifs de pays tiers!Plus généralement,on cherchait vainement dans ce « compromis » une définition claire et acceptable pour les Européens de ce qu’on entend en l’occurence par « terrorisme »,et encore moins la preuve de la nécessité de la transmission -puis de la détention pendant cinq ans!- de cette masse de données pour la lutte contre ce fléau.

Malgré cela, la majorité des parlementaires européens n’a pas fait montre,cette-fois ci,de la même fermeté qu’en février dernier.Tous les groupes politiques – à l’exception de la Gauche unitaire européenne (GUE-NGL) et des Verts – se sont finalement sagement rangés.Ce 8 juillet,ils ont transformés,respectivement,leur belle action du 11février dernier en simple barroud d’honneur.Faut-il ,pour autant,en rester là et tourner la page SWIFT? Je ne le pense pas. J’y reviendrai.

15 juillet 2010 at 12:58 Laisser un commentaire

LA « GOUVERNANCE ECONOMIQUE » DE L’EUROPE : PROGRES OU MENACE ?

Rarement l’Union européenne n’a connu situation aussi instable voire chaotique au plus haut niveau de ses institutions. Cette crise politique est le reflet tout à la fois des problèmes explosifs de nombre de pays membres et de l’épuisement du modèle qui structure l’actuelle construction européenne elle même.

Particulièrement éclairant est, à cet égard, l’état des lieux des pays censés assurer successivement la présidence tournante du Conseil européen tous les six mois. Depuis le 1er juillet dernier, il s’agit de la Belgique, qui vient de connaitre le séisme électoral que l’on sait. La victoire écrasante du nationalisme flamand y met en question la survie même de l’Etat. Comme en Autriche ou en Italie, la paupérisation de régions entières, la montée des inégalités sociales, l’absence de perspectives démocratiques et solidaires y ont fait le lit du populisme -au demeurant tout à fait compatible avec les thèses de l’Europe libérale. Avant la Belgique, c’est l’Espagne qui avait la charge de diriger les affaires de l’Union européenne. La vitrine du libéralisme triomphant venait de voir son économie s’effondrer comme un château de cartes et le chômage s’envoler. C’est ce gouvernement décrédibilisé qui prétendait conduire l’Europe vers la « sortie de crise »…Quant à la prochaine présidence semestrielle, elle va échoir au 1er janvier 2011 à la Hongrie -autre ex-référence des libéraux -actuellement placée sous la coupe du Fonds monétaire international et confrontée, de l’aveu même du Président de la Commission européenne, M. Barroso, à « une situation très délicate, soyons clair». Voilà trois pays représentatifs de toute la diversité de l’UE : pays fondateur de la Communauté européenne, gouverné par les chrétiens-démocrates et situé au Nord de l’actuelle Union, dans le cas de la Belgique; pays dit « de la cohésion » ayant rejoint l’UE après la chute de la dictature, longtemps principal bénéficiaire des fonds structurels européens, gouverné par les socialistes et situé au Sud de l’Europe, dans le cas de l’Espagne; enfin pays du grand élargissement de 2004,aujourd’hui dominé par la droite dure et la droite extrême, et situé à l’Est, dans le cas de la Hongrie…Leur seul point commun est d’avoir fait pleinement leur le modèle libéral des traités européens.

Autre symptôme de cette crise politique au sommet de l’UE : le très rigide Président de la Banque centrale européenne, M. Trichet, a réussi à se faire publiquement critiquer…pour sa prétendue flexibilité vis-à-vis des pays fortement endettés, par le candidat à sa succession, M. Axel Weber, l’actuel patron de la puissante Bundesbank ! En vérité, il n’y a, ces temps-ci guère que la Chancelière allemande, Mme Merkel, à imposer ses vues, plus décomplexées que jamais.

C’est dans ce contexte que le « Président permanent «institué par le traité de Lisbonne, M. Herman Van Rompuy, a été chargé de préparer des propositions visant à « améliorer la gouvernance économique » de l’UE. On aurait envie d’y voir une chance de progrès. Hélàs, ce que l’intéressé vient de nous confirmer de ses projets montre qu’il s’agit au contraire d’une nouvelle menace: celle d’un accroissement de la « discipline budgétaire » ,donc d’un renforcement du Pacte de stabilité, assorti d’une palette de « sanctions », de pressions en matière de « compétitivité » et de nouvelles formes de déni de souveraineté populaire. Là dessus, a précisé M. Van Rompuy, »tout le monde est d’accord ». Vrai ?

8 juillet 2010 at 7:33 Laisser un commentaire

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