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TRUMP EST TOXIQUE ET DANGEREUX, MAIS PAS TOUT-PUISSANT !
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les dirigeants européens se cherchent. Certains jouent ouvertement, derrière Giorgia Melini, la carte du ralliement au nouveau maître. Les autres jurent de défendre l’Europe, mais en réalité, tétanisés face à cette nouvelle donne, plusieurs d’entre eux, et non des moindres, sont en train de céder aux injonctions de Washington. La Présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s’était d’emblée prononcée en faveur d’une augmentation significative des achats auprès des Etats-Unis, pour tenter de satisfaire à l’une des revendications du Président américain . Le Premier ministre polonais Donald Tusk, qui préside le Conseil européen durant le premier semestre 2025, fait du trumpisme-soft . À la stupéfaction d’observateurs même de droite, il vient de multiplier les sorties contre le Pacte vert -une des rares orientations positives de l’UE- , s’est lancé dans une surenchère caricaturale contre l’immigration -allant jusqu’à suspendre le droit d’asile dans son propre pays !- et demande à chacun de nos pays de porter les dépenses d’armement à…5% des richesses produites, soit une augmentation de 150% par rapport aux normes envisagées par l’OTAN elle-même jusqu’ici : exactement ce que réclame Trump comme prix de son éventuel soutien en cas d’agression ! Quant à la Présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, elle compte carrément sur le retour de Trump pour faire sortir l’Europe de sa « paresse » et de sa « bureaucratie » !
Avec ce concours d’ « approches pragmatiques »(Von der Leyen), on est loin, très loin d’une stratégie cohérente dictée par une claire conscience de la nature hyper-toxique et dangereuse de l’ère Trump qui s’annonce, mais non prisonnière du sentiment paralysant d’avoir à faire face à un pouvoir tout-puissant. Trump cherche à faire peur pour faire céder. Plus il aura l’impression de semer la panique ou d’arracher des concessions, plus il se sentira encouragé dans sa fuite en avant. Ainsi, les ahurissantes velléités impérialistes du Président américain -depuis le Groenland ou le canal du Panama qu’il entend s’approprier jusqu’à Gaza qu’il prétend vider de ses habitants !- devraient provoquer une levée de bouclier beaucoup plus radicale de la part de l’Europe, sans quoi, les pressions ne cesseront de s’accentuer. De même, la décision de sortir le principal pays pollueur (par habitant) de l’Accord de Paris sur le climat devrait entraîner une contre-offensive résolue des pays européens, aux côtés de tous les Etats attachés à ce combat vital ainsi que des Etats fédérés des Etats-Unis opposés à la politique irresponsable de Washington. Quant à la guerre économique et technologique sans merci qui s’annonce de la part des États-Unis à l’heure de l’intelligence artificielle, elle ne devrait pas être vue comme une fatalité face à laquelle le monde serait démuni. A notre époque, les interdépendances sont telles que même les Etats-Unis de Trump et de Musk ne font plus ce qu’ils veulent. Plutôt que de chercher l’issue à ce défi « existentiel » (Lagarde) dans la course à la « compétitivité », à l’ « Union des marchés de capitaux » et à la «débureaucratisation » (lisez : la déréglementation), ces enjeux de civilisation appellent une mobilisation inédite et sans œillères des forces favorables au multilatéralisme, conscientes qu’elles sont qu’une guerre économique ne fait que des perdants. L’Europe devrait ouvrir dans cet esprit des discussions stratégiques avec la Chine et d’autres cibles de la stratégie de Trump. Mais qui, dans l’UE actuelle, aura-t-il ou elle la lucidité et le courage de lancer , autrement qu’en parole, ce virage salutaire ?
GAZA : DU CESSEZ-LE-FEU A LA PAIX, 10 ENJEUX À SUIVRE
À la joie des Gazaouis à l’annonce de la conclusion de l’accord entre Israël et le Hamas sur le cessez-le-feu, le 15 janvier dernier, s’était mêlée de la circonspection, tant cette trêve leur semblait inespérée. Désormais, les armes se sont enfin tues. Mais il y a loin du cessez-le-feu à une paix durable. Rappel sommaire de quelques enjeux cruciaux dont le bon règlement conditionne les avancées vers une paix véritable.
La première phase prévue par l’accord est « a priori » la moins problématique. Prévue pour durer six semaines, elle doit se traduire par le retour à un approvisionnement des Gazaouis en nourriture, en médicaments, en carburant…dix fois plus important que durant la guerre -ce qui en dit long sur le calvaire innommable imposé par l’occupant, durant tous ces mois, à la population civile de ce territoire ! Avec le retrait des troupes israéliennes des « zones densément peuplées », les Gazaouis sont à présent libres de circuler pour rejoindre leur ancien lieu d’habitation. Enfin, à la libération de 33 otages israéliens doit répondre celle, selon la presse israélienne, de 1904 prisonniers palestiniens, dont 737 condamnés à de lourdes peines (1).
Seulement voilà : comment les populations déplacées vont-elles pouvoir se « réinstaller » en plein hiver dans un territoire où le niveau de destruction est « sans précédent dans l’histoire récente » (ONU) ? Et quid de l’UNRWA, l’agence de l’ONU au service des réfugiés palestiniens, bannie de tous les territoires occupés par une loi scélérate, adoptée en octobre dernier par le Parlement israélien et censée entrer en vigueur ces jours-ci ? Des questions jusqu’ici sans réponse.
Mais ce n’est rien en comparaison des incertitudes liées à la deuxième phase de l’accord. Celle-ci prévoit en principe -outre la libération des derniers otages- le retrait complet des troupes israéliennes et « la fin définitive de la guerre » (Biden). La mise en œuvre rapide et complète ou, à l’opposé, la violation de tout ou partie de ce double engagement israélien constitue un enjeu colossal ! Ces deux mesures sont, en effet, diamétralement opposées à l’objectif martelé par Netanyahou depuis des mois : sa guerre ne s’arrêterait pas « tant que le Hamas ne sera pas éliminé sur le plan militaire et organisationnel » -ce qui est loin d’être le cas, le sort réservé par Israël au peuple de Gaza depuis 15 mois n’ayant pu que pousser à la radicalisation un nombre toujours plus grand de Palestiniens . Dès lors, Netanyahou acceptera-t-il, jusqu’au bout, d’acter l’échec de sa stratégie à Gaza, ou cherchera-t-il des prétextes pour contourner, retarder, voire torpiller l’application de l’accord ?
La troisième phase de l’accord est celle de la « reconstruction » de Gaza ! Une affaire de 15 ans selon l’ONU ! Qui paiera ? Comment vivront les habitants en attendant ? Qu’en est-il de l’ « administration internationale intérimaire » envisagée pour gérer le territoire pendant cette période ? Quel avenir pour l’Autorité palestinienne ? Toutes ces questions de grande portée restent à discuter. Enfin, demeurera l’essentiel : quel chemin vers une solution politique d’ensemble, englobant, outre Gaza, la Cisjordanie -que le pouvoir israélien rêve de ré-annexer dans sa totalité- et Jérusalem Est, pour constituer l’indispensable État palestinien ? On le voit: plus que jamais, la plus large solidarité internationale avec le peuple palestinien est requise .
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(1) i24 NEWS (18/1/2025)
L’EUROPE FACE À L’OURAGAN TRUMP
Le retour fracassant de Donald Trump au pouvoir sème le désarroi dans l’Union européenne, car les plus lourdes menaces -économiques, politiques, stratégiques- viennent, cette fois-ci, de « nos alliés ».
L’imposition générale des tarifs douaniers de 10 à 20% sur l’ensemble des produits exportés d’Europe vers le marché américain risque, en effet, de se payer au prix fort, tant sur le plan social qu’en ce qui concerne l’économie, d’autant qu’elle est mal en point. La concurrence -déjà fortement exacerbée par Biden et sa cagnotte de 370 milliards de dollars destinée à attirer les entreprises du monde entier, à commencer par l’Europe- est appelée à se muer en guerre économique.
Dans le même temps, la situation politique de l’Europe sera durement impactée par l’effet-Trump. L’ultra-populisme de ce dernier lui vaut le soutien spontané des dirigeants européens les plus réactionnaires sous la conduite de la Cheffe du gouvernement italien, la « post-fasciste » Giulia Meloni, accentuant d’autant les fractures au sein de l’Europe. De son côté, le futur bras droit, sans foi ni loi, du nouveau Président américain , Elon Musk, met son immense fortune, son réseau social X et son nouveau « statut » au service d’une campagne de promotion inédite des partis d’extrême-droite dans les pays européens.
Et comme si toutes ces menées déstabilisatrices bien réelles ne suffisaient pas, certains voient déjà tout l’édifice stratégique des Etats de l’UE menacé par le supposé « lâchage », par Trump, de l’OTAN, voire son ralliement à Poutine. Des Cassandre annonçaient dès le lendemain de la victoire de Trump, outre une paix imposée à l’Ukraine aux conditions « maximalistes » du Kremlin, « le retrait des troupes américaines déployées en Europe », un manque à gagner de « 288 à 350 milliards de dollars par an » correspondant à l’actuelle « subvention américaine à la sécurité européenne », et même… « une guerre entre la Russie et l’OTAN à un horizon d’environ 5 ans »! (1) Et voilà que s’annoncent depuis Washington de nouveaux périls, hier encore inimaginables, avec les prétentions effarantes de Trump sur le Canada, le Groenland et le canal du Panama, « par la force » si nécessaire !
Comment l’Europe va-t-elle réagir face à cet ouragan prêt à déferler sur le monde ? La plupart des Etats membres étant incapables d’une vision du monde autre qu’atlantiste, il y a fort à parier qu’aucune idée neuve ne surgira pour répondre à ces enjeux inédits. Les premières réactions parlent d’elles-mêmes. Concernant les visées impérialistes de Trump, la cheffe de la diplomatie européenne fraîchement nommée, l’Estonnienne Kaja Kallas, au lieu de se montrer solidaire des pays visés, se dit « certaine » que les Etats-Unis respecteront la Charte des Nations unies…À propos de la sécurité européenne, l’actuel Président (durant le premier semestre 2025) du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, table sur la militarisation accélérée de l’Europe (avec des armes américaines) sans aucun projet de Conférence paneuropéenne de sécurité, pourtant indispensable. Quant aux futures relations économiques entre l’Europe et les Etats-Unis, la Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, plutôt que d’envisager d’ouvrir un dialogue avec l’autre grande victime désignée de Trump, la Chine, pour trouver un terrain d’entente, a proposé…de flatter Trump en augmentant les importations européennes de gaz naturel liquéfié américain ! Quo vadis, Europa ? (2)
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(1) Olivier Schmitt, Professeur de science politique au « Center for War Studies » à l’Université-du-Sud, au Danemark ( « Le Grand Continent »-18/11/2024 )
(2) « Europe, où vas-tu ? »




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