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GAZA : LE SURSAUT SALUTAIRE DES ETUDIANTS OCCIDENTAUX !

Plus la sauvagerie de l’armée israélienne s’abat-elle au fil des jours sur la population civile -et parmi elle, sur d’innombrables enfants- de Gaza, plus deviennent insupportables l’inertie, et, trop souvent, la complicité de fait avec les agresseurs de la part de la plupart des gouvernements occidentaux. Ceux-ci ne se montrent-ils pas plus prompts à dénigrer, à réprimer et à poursuivre des manifestantes et des manifestants solidaires des Palestiniens qu’à arrêter le bras des criminels de Tel Aviv aux ordres d’un pouvoir d’extrême-droite, menacé de mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale, après que la Cour internationale de justice a eu évoqué à son propos « un risque plausible de génocide » ?

Aussi ne peut-on,  non seulement que comprendre le mouvement étudiant de solidarité avec le peuple palestinien, mais que se réjouir de constater que cette irruption fait tâche d’huile d’université en université ! Comparaison n’est pas raison, le monde des années 60 et 70 étant très éloigné du nôtre. Pourtant, en assistant à  ce sursaut salutaire face au désastre insoutenable qui se déroule à Gaza, on ne peut pas ne pas se remémorer la mobilisation étudiante -déjà partie de l’université de Columbia à New-York, avant de se répandre de campus à campus, comme une traînée de poudre, aux Etats-Unis puis dans tous les pays occidentaux- contre « l’apocalypse » d’alors, au Vietnam ! Il y a eu une « génération-Vietnam », il est en train de naître une « génération-Gaza ». 

« Cette volonté de s’identifier à des causes internationales, même éloignées, est un phénomène tout à fait remarquable qu’il ne faut pas sous-estimer dans les relations internationales », note avec pertinence un spécialiste reconnu de ces questions (1). Aussi, les tentatives répétées des autorités de discréditer cette mobilisation en la qualifiant d’ « extrémiste » sinon en la suspectant d’antisémitisme sont aussi infondées que contre-productives. Elles sont infondées car, sauf rarissimes exceptions -à condamner sans réserve- ces jeunes traitent l’agression d’Israël contre les Palestiniens pour ce qu’elle est: non un affrontement religieux ou ethnique, mais un conflit colonial, qui prendra fin en même temps que l’occupation et la colonisation des territoires palestiniens, ainsi que toutes les violences et les humiliations qui caractérisent ces crimes de guerre et ces crimes contre l’humanité . Le dénigrement de ces mobilisations en vue de disqualifier celles et ceux qui y prennent part peut, en outre, s’avérer contre-productif, car, il y a « un vrai risque que tout cela prenne feu s’il n’y a aucune attitude de dialogue, de compréhension et de reconnaissance » (2).

Autant il était et demeure  légitime d’attendre des militantes et des militants de la cause palestinienne une condamnation radicale des actes terroristes du 7 octobre, autant est-il justifié de leur part d’escompter des responsables politiques qu’ils renoncent enfin à l’indignation sélective et à l’insupportable impunité dont ils gratifient le gouvernement israélien -fût-il le plus indigne et le plus inexcusable de toute l’histoire de ce pays ! 35 000 morts, des centaines de milliers de personnes au bord de la famine, et plus de gravats sur un front de 40 km qu’en Ukraine sur un front de 1000 km, selon l’ONU ! Que faut-il de plus aux principales puissances occidentales pour stopper toute livraison d’armes à Israël et user de tous les leviers dont elles disposent pour contraindre son « cabinet de guerre » au cessez-le-feu ? Tel n’est-il pas le message on ne peut plus légitime de la mobilisation étudiante ? 

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(1) Bertrand Badie (Le Monde, 3/5/2024)

(2) Idem

10 Mai 2024 at 6:22 Laisser un commentaire

DISCOURS DE MACRON SUR L’EUROPE : GARE AUX « FAKE NEWS » ! 

Le discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe,  à la Sorbonne, le 25 avril dernier, appelle beaucoup plus que quelques chiquenaudes politiciennes. Le Président français a évoqué des enjeux suffisamment importants pour mériter qu’on s’y arrête pour ouvrir à leur sujet un authentique débat de fond. 

Ainsi, l’Union européenne risque-t-elle d’être « reléguée », peut-elle « mourir », comme l’a affirmé sur un ton délibérément dramatique le Chef de l’Etat ? Hélàs, oui ! Encore faut-il clarifier le diagnostic de ce déclin. Sommes-nous la citadelle assiégée qu’il décrit pour justifier « un nouveau paradigme de défense », autrement dit un saut inédit dans la re-militarisation de l’Europe ? Ou n’est-ce pas avant tout le modèle économique néolibéral -celui que la majorité des Françaises et des Français avait rejeté en 2005 en s’opposant au traité constitutionnel européen- qui est en cause ? A force de peser sur les moyens de vivre des ménages; de brider les dépenses d’éducation, de santé, de recherche ; de refuser de se servir des capacités phénoménales de financement de la Banque centrale européenne pour promouvoir les services publics ; de laisser libre cours aux capitaux à la recherche permanente des placements les plus lucratifs; de pratiquer jusqu’à l’overdose le libre-échange à l’échelle de la planète…, l’UE ne cesse de se fragiliser, notamment par rapport à son principal concurrent : les Etats-Unis. Forts du statut scandaleusement privilégié du dollar, ceux-ci font financer par leurs « alliés » une partie de leurs dépenses utiles comme de  leurs gigantesques gabegies, en particulier militaires. En outre, si le conflit russo-ukrainien est, à tous égards, un désastre pour l’UE, il constitue une aubaine tant stratégique qu’économique pour les Etats-Unis. Et, en prime, Biden, « l’ami » des Européens, s’efforce d’attirer outre-Atlantique les entreprises de l’UE à coup de plusieurs centaines de milliards de dollars de subventions, au nom de …la lutte contre l’inflation !

Il en résulte que les remèdes au déclassement de l’Union européenne ne se situent ni dans l’émergence d’un « pilier européen au sein de l’OTAN » ni dans la constitution d’une « intimité stratégique » entre les armées des « 27 », qualifiée d’ « occasion extraordinaire de pousser nos standards » au profit de notre industrie de défense, encore moins dans le fait de voir dans l’armement nucléaire français « un élément incontournable de la défense du continent européen » ! Le salut de l’Europe ne passera pas davantage par la création d’un « Conseil de sécurité intérieure » chargé de la « maîtrise des frontières » de l’UE en vue de renforcer la lutte contre l’immigration. Toute cette partie du discours présidentiel témoigne d’une valorisation délibérée des thèmes chers à la droite et à l’extrême-droite.

L’autre partie mérite un examen plus détaillé. Si elle est dramatiquement faible sur la politique climatique, si elle comporte son lot de promesses démagogiques ou, pour le moins, ambiguës (« mettre fin à l’Europe compliquée »), elle évoque aussi des formules qui sonnent comme des remises en cause de poncifs Maastrichtiens : « politique industrielle » ; « doubler les investissements publics »; « dérogation à la libre concurrence »…et même  -comme l’avaient déjà fait Sarkozy et Hollande  avant des élections !-  le changement du mandat de la Banque centrale européenne pour y inclure « des objectifs de croissance et de décarbonation ». Plutôt que de laisser le super-candidat de « Renaissance » s’approprier, au passage et dans le flou, ces idées, le temps d’une campagne électorale, ouvrons sans attendre le débat ! Non aux « fake news » !

2 Mai 2024 at 3:21 Laisser un commentaire

L’ESCALADE, POISON DES RELATIONS INTERNATIONALES

« Il est grand temps d’arrêter le cycle dangereux de représailles au Moyen-Orient »insista opportunément Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations-unies, face au risque d’un « conflit régional généralisé » , lorsque tombèrent les premières dépêches sur « des explosions » près de la ville iranienne d’Ispahan, qui abrite des sites militaires, y compris nucléaires. « Empêcher toute escalade » : tel fut également l’objet de l’appel lancé ce même 19 avril  à « toutes les parties » par les ministres des Affaires étrangères du « G7 » (Etats-Unis, Canada, Japon, France, Allemagne, , Grande-Bretagne, Italie). Manifestement, bien que plus limitée que ce qu’on redoutait, cette réplique (israélienne) à la réplique (iranienne) inquiétait en premier lieu -légitimement- Washington, ce qui ne l’empêcha pas de décider aussitôt de nouvelles livraisons d’armes à l’une des « parties »…Or, pour éviter une escalade, il faut que les deux protagonistes le veuillent. Si l’un des deux estime que c’est à l’autre de faire le premier pas, c’est l’engrenage ! Dans l’immédiat, il semble qu’on ait évité ce piège. Mais tant que subsisteront ces deux régimes, nous resteront loin d’une relation apaisée entre les deux pays : comme le notait le grand quotidien libanais « l’Orient-Le Jour » : « La guerre n’est pas évitée, elle est reportée ». Le Moyen-Orient manque cruellement d’une architecture de sécurité assurant à chaque peuple -et d’abord au peuple palestinien- des garanties solides de respect de ses droits fondamentaux et créant, par là même, les conditions d’une paix durable.  

Dans un tout autre contexte, les mêmes questions de fond se posent face à la cruelle guerre russo-ukrainienne. Même si l’agresseur et l’agressé y sont clairement identifiés, l’escalade militaire n’y mène qu’à plus de guerre, avec la circonstance aggravante que se confrontent ici, indirectement, deux puissances nucléaires : l’OTAN et la Russie. C’est cette spécificité -sans précédent-  qui avait fait dire dès novembre 2022 au Chef d’Etat-major des armées des Etats-Unis, le Général Milley : « L’une des choses que j’ai toujours en tête, c’est la maîtrise de l’escalade. Les Russes ont la capacité de détruire l’humanité. Tout mouvement doit être mûrement réfléchi. » Et il ajouta, quitte à tourner le dos à l’orientation de son Président : « Il peut y avoir une solution politique, où, politiquement, les Russes se retirent. C’est possible ! » 17 mois et des milliers de morts plus tard, on en est toujours, dans chaque camp -celui de l’agresseur comme celui de l’agressé et de ses alliés-, à s’engager à aller « jusqu’au bout » (?) pour « gagner la guerre »…Jusqu’où poussera-t-on cette fuite en avant -tels deux bolides fonçant l’un contre l’autre, chacun escomptant que l’autre cède en premier- au risque du pire ? Est-ce réellement la bonne et la seule voie de la solidarité avec le peuple ukrainien ?

En vérité, dans le monde d’aujourd’hui, plus interdépendant qu’il ne l’a jamais été, l’escalade est un poison des relations internationales. En plus de n’aboutir, dans le meilleur des cas, qu’à une « victoire » à la Pyrrhus de l’un des deux belligérants, elle rend de plus en plus difficile l’indispensable quête de stabilité durable des relations avec l’ancien ennemi, sitôt la guerre terminée. En Europe aussi, il nous faudra reconstruire une architecture de sécurité aujourd’hui effondrée. C’est, du reste, pour avoir négligé cette tâche,  essentielle à une paix durable, dès les lendemains de la chute de l’Union soviétique -en préférant lancer l’irresponsable extension de l’OTAN, quitte à nourrir le nationalisme russe-  que nous devons, 30 ans plus tard, gérer un désastre anachronique. Il est grand temps d’en tirer les leçons.

25 avril 2024 at 11:19 Laisser un commentaire

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