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UKRAINE-RUSSIE : VERS DES NÉGOCIATIONS, ENFIN ?
Les négociations de paix en Ukraine « commenceront peut-être en hiver cette année » ! C’est le Premier ministre polonais, Donald Tusk, le plus proche allié de Kiev -et futur président du Conseil européen durant le premier semestre 2025- qui l’a annoncé le 10 décembre dernier. Poutine, de son côté, affirme que « si un souhait de négocier émerge, nous ne refuserons pas ». C’est encourageant, même s’il y a encore loin de la coupe aux lèvres !
Ainsi, le Président Zelensky a accompagné son accord pour un cessez-le-feu de l’exigence de voir « placer sous le parapluie de l’OTAN le territoire ukrainien que nous contrôlons ». Or, de son côté, Vladimir Poutine conditionne d’éventuels pourparlers au fait que ceux-ci se fondent « sur les documents sur lesquels on s’était entendus à Istanbul » au printemps 2022. De quel compromis russo-ukrainien s’agit-il ? Selon le quotidien allemand « Die Welt », il s’agirait d’un projet d’accord établi le 15 avril 2022 entre les deux belligérants, prévoyant, à l’époque, notamment… « une neutralité permanente » de l’Ukraine (1) .
L’autre enjeu crucial d’une telle négociation est naturellement le statut futur des territoires occupés par l’armée russe : le Dombass, voire la Crimée, reviendront-ils sous souveraineté ukrainienne ? Le réalisme de cette perspective divise désormais le « camp occidental ». Si Zelensky dit, aujourd’hui, penser pouvoir recouvrer la souveraineté ukrainienne de tous ces territoires « par la voie diplomatique », ses alliés semblent beaucoup plus dubitatifs. « On peut espérer que Trump refusera de se ranger aux exigences de Poutine (…) Mais il faut se confronter au réel », estime, par exemple un collectif d’anciens diplomates français (2). Sous-entendu : l’Ukraine ne récupérera pas les territoires conquis par Moscou.
Une telle issue n’était pas fatale ! Il faut le répéter pour contribuer à tirer les bonnes leçons de l’épouvantable tragédie que représente cette guerre- : une solution politique conforme au droit international était possible il y a plus de deux ans. Et aurait épargné des dizaines de milliers de victimes. Le Chef d’Etat-major général des armées des États Unis de l’époque, le général Mark Milley en personne, déclarait le 16 novembre 2022 : « La probabilité d’une victoire militaire ukrainienne, consistant à chasser les Russes de toute l’Ukraine (…) n’est pas élevée ». En revanche, « Il peut y avoir une solution politique, où, politiquement, les Russes se retirent : c’est possible ! » (3). Le plus haut gradé des militaires américains prenait ainsi le contrepied du Chef du Pentagone, le Général Austin, dur parmi les durs, qui, quelques mois auparavant, lors d’une visite-éclair à Kiev, avait défendu la principe de l’escalade militaire : « Les Ukrainiens peuvent gagner s’ils ont les bons équipements et le bon soutien », avait-il lancé, ajoutant « Nous voulons voir la Russie affaiblie » (4). Joe Biden optera pour la ligne dure, les dirigeants européens également, certains même avec zèle !
Ainsi a-t-on appris que, dès le 15 avril 2002, après les premiers pourparlers russo-ukrainiens évoqués plus haut, qui visaient précisément à avancer sur la voie d’une solution politique, l’aile dure des dirigeants européens s’était mise en branle. Aux dires de Poutine, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, se précipita à Kiev pour pousser l’exécutif ukrainien à refuser cette voie, au profit de la recherche d’une victoire militaire. Johnson a démenti cet épisode embarrassant, mais … le Chef de la délégation ukrainienne, Davyd Arakhamia, l’a confirmée (5). Même si cela ne change rien à la responsabilité russe dans l’agression contre l’Ukraine, il faudra, le moment venu, approfondir la réflexion sur tous les enchaînements qui ont marqué et marquent encore le désastre de cette guerre. Dans l’immédiat, rien ne doit compromettre le cessez-le-feu espéré.
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(1) Die Welt (mai 2024)
(2) Tribune « Guerre en Ukraine : L’affrontement sanglant doit prendre fin » (Le Monde, 9/12/2024)
(3) Ouest-France, 20/11/2022
(4) l’Orient-le Jour, 25/4/2022
(5) Conférence de presse de Davyd Arakhamia, novembre 2003
SYRIE : SOULAGEMENT…ET LOURDES INCONNUES
Comment ne pas comprendre et partager le soulagement ressenti par la plupart des Syriens, libérés de l’oppression féroce d’un tyran ! Ils espèrent enfin venu le temps de la reconstruction et de la démocratisation d’une Syrie exsangue et trop longtemps asservie . Le fait que la chute de la dynastie des Assad ait eu lieu, jusqu’ici, sans affrontements meurtriers entretient l’espoir d’une transition pacifique. L’engagement du leader de la coalition insurgée d’éviter toute vengeance et de respecter les minorités renforce encore l’impression que la promesse d’une « nouvelle ère » sera tenue. On ne peut que le souhaiter pour la population syrienne comme pour les autres peuples du Proche-Orient.
Pourtant, force est malheureusement de reconnaître que rien n’est moins sûr. D’abord, le chef islamiste du groupe rebelle HTS a beau avoir quitté la branche syrienne d’Al Qaida et adapter son discours à ses nouvelles ambitions, son lourd passé de djihadiste plaide pour une attitude très lucide et résolument vigilante à son égard. En outre, rien ne nous préserve du risque d’éclatement de la coalition hétéroclite qu’il dirige.
On ne peut s’empêcher, à cet égard, de repenser avec effroi aux tragédies afghane ou libyenne. En Afghanistan, on se remémore deux moments-clés : d’abord, lorsqu’en 1992, les différentes factions de moudjahidines se sont déchirées après leur victoire, entraînant, quatre années durant, une terrible guerre civile; ensuite, quand en 2021, les talibans se sont publiquement engagés à protéger les droits humains, avant de les violer de la pire des manières ! Concernant la Libye, qui n’a en mémoire la rapidité avec laquelle l’euphorie suscitée par l’élimination de Kadhafi, en 2011, a laissé place à l’affrontement entre deux pouvoirs rivaux et au chaos qui s’ensuivit, provoquant des dizaines de milliers de victimes et transformant le pays en un véritable enfer pour les réfugiés originaires de 41 pays ! Sans parler de l’après-Sadam Hussein en Irak…
Certes, comparaison n’est pas raison : les leçons tirées de ces précédents désastreux peuvent aider à éviter les mêmes dérives fatales. Comme l’a noté avec beaucoup de diplomatie l’émissaire des Nations unies en Syrie, Geir Pedersen: les presque 14 ans de guerre civile ont été « un chapitre noir (qui) à laissé des cicatrices ». Aussi, ajouta-t-il, faut-il regarder vers l’avenir « avec des espoirs prudents d’ouverture (…), de paix, de réconciliation, de dignité et d’inclusion pour tous les Syriens »…
Il reste à surveiller l’attitude des Etats voisins, qu’il faut empêcher de jeter de l’huile sur le feu. C’est le cas de l’Iran, qui prône pour le moment le « dialogue »…C’est le cas d’Israël qui, en plus d’occuper le Golan syrien, vient, pour « sécuriser sa frontière », de pénétrer avec des chars en territoire syrien ! Et c’est le cas de la Turquie qui, « avec le changement de donne sur le terrain, apparaît comme l’acteur majeur du moment en Syrie », souligne un chercheur américain, spécialisé dans les affaires de la région (1). Erdogan poursuit, en l’occurrence, un double objectif : favoriser toute action à même de dominer les Kurdes de Syrie -qui représentent, avec plus de deux millions de personnes, la principale minorité du pays- et profiter de la conjoncture favorable à ses ambitions hégémoniques pour renforcer le poids de la « puissance » turque dans la région. On attend enfin de voir si la Russie, en conservant ses deux bases en Syrie, adoptera une position neutre. La vigilance va de pair avec notre solidarité à l’égard du peuple syrien.
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(1) Ömer Özkizilcik, chercheur associé à l’Atlantic Council à Ankara
AFFLIGEANTE « DIPLOMATIE » MACRONIENNE !
L’affaire de « l’immunité » accordée par Paris à Benjamin Netanyahu finit d’abimer l’image et d’affaiblir l’autorité de la France sur la scène internationale. Derrière les justifications pseudo-juridiques avancées par Paris -et catégoriquement démenties par la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese- se cache un arrangement honteux conclu par le Chef de l’Etat avec le Président Biden visant à satisfaire son allié stratégique au Moyen Orient. Dans un cas similaire, la CPI avait, il y a peu, condamné la Mongolie pour avoir accueilli le président russe en refusant d’appliquer le mandat d’arrêt émis contre lui . La France n’avait alors aucun doute sur la procédure en question : « Aucun responsable de crimes commis par la Russie en Ukraine, quel que soit son statut, ne doit échapper à la justice », avait déclaré le Quai d’Orsay. Mais, pour Paris, dès que l’on touche au Proche-Orient prévaut la règle insoutenable des « deux poids-deux mesures », fût-ce en piétinant la justice internationale. En l’occurrence, en banalisant la violation des règles de la CPI, Macron vient ni plus ni moins que de signer à Netanyahu un permis de poursuivre sa guerre sans merci à Gaza.
Pour être l’illustration la plus récente de l’affligeante « diplomatie » d’ Emmanuel Macron, cette faute est malheureusement loin d’être un cas unique. On pense aussitôt à sa provocation calculée à l’égard de l’Algérie consistant à épouser arbitrairement et sans nuance, fin octobre à Rabat, la thèse de « la souveraineté marocaine » du Sahara occidental, lui qui disait vouloir travailler à la réconciliation entre Paris et Alger ! En échange, Paris attend notamment du Maroc qu’il lui achète 18 hélicoptères militaires et retienne ses candidats à l’émigration…
L’Afrique subsaharienne est une autre région où la politique anachronique et brouillonne, tantôt dominatrice, tantôt paternaliste, d’ Emmanuel Macron a finit de ruiner l’intérêt porté à la France. Là aussi, les proclamations de sa volonté de « mettre fin à la Françafrique » alternent avec ses initiatives post-coloniales comme le fait de maintenir des troupes dans des pays indépendants depuis plus de 60 ans, ou de cautionner l’auto-proclamation du « Chef de l’Etat » tchadien, à l’époque encore allié de Paris au Sahel. C’est sous la pression des sociétés africaines et à la demande expresse de leurs dirigeants que Paris se voit aujourd’hui contraint de retirer ses soldats de pays légitimement attachés à leur souveraineté à l’égard de l’ex-colonisateur…
Les exemples abondent de ce déphasage de la politique de la France par rapport aux réalités nouvelles et irréversibles du monde actuel, en particulier la montée en influence de ce « Sud global », qui, par-delà sa diversité, exprime des exigences communes, telles que le respect de ses droits et l’égalité. Ces peuples jugent la France, non sur l’ambition déplacée de son Président d’en refaire « une grande puissance » (Macron en 2017), mais sur des décisions concrètes, comme la diminution de 34% sur un an (!) de l’ Aide publique au développement ou la prolifération de « lois immigrations » d’inspiration raciste, en politique intérieure ; et sur le choix d’une diplomatie de plus en plus intégrée à la stratégie occidentale dominante, et, par là-même, en porte à faux avec les réalités de notre temps. Il appartient à la gauche de réinventer une politique étrangère qui ne relève plus d’un « Jupiter » et qui ait pour boussoles les droits des peuples, l’égalité et la paix.




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