Posts filed under ‘Francis Wurtz’

INSUPPORTABLE MILITARISATION DES ESPRITS !

Face à l’impasse actuelle sur la ligne de front de la guerre russo-ukrainienne, le matraquage militariste a franchi un nouveau seuil en Europe, au point d’en devenir insupportable. Emmanuel Macron a, comme il se doit, pris le leadership de cette gesticulation guerrière en « brisant le tabou » de l’envoi éventuel de « troupes au sol » dans le pays agressé; en ironisant sur la pusillanimité de ses proches alliés qui, au début du conflit, envisageaient de « proposer des sacs de couchage et des casques » aux Ukrainiens; en invitant ses homologues à « ne pas être lâches »; en affirmant ne se fixer, quant à lui, « aucune limite, aucune ligne rouge » dans l’engagement français au côté de Kiev; puis en lâchant, semble-t-il, d’un ton détaché, devant quelques proches : « De toute façon, dans l’année qui vient, je vais devoir envoyer des mecs à Odessa », avant de se mettre en scène en pleine séance de boxe, dans l’une de ces poses virilistes habituellement plus en vogue à Moscou qu’à Paris…De l’initiative politique la plus aventureuse à la communication la plus déplacée : Macron tel qu’en lui-même. 

Bruxelles n’est pas en reste. La Présidente de la Commission, Von der Leyen, outrepassant allègrement son champ de compétences, évoque devant le Parlement européen « une menace de guerre », quoique « peut-être pas imminente » (!) et invite les Européens à « y être préparés ». Le Président du Conseil européen, Charles Michel, y va également de son couplet belliciste : « L’Europe doit passer en mode économie de guerre », proclame-t-il, martial, car, pour ce pâle imitateur de Clausewitz, « si nous voulons la paix, il faut nous préparer à la guerre ». N’hésitant pas à en rajouter sur sa rivale Von der Leyen, il nous met en garde : « Si nous n’apportons pas suffisamment d’aide à l’Ukraine, nous serons les suivants »! Manifestement fier que ce soit sous sa présidence qu’a été actée « la naissance de l’UE géopolitique » et qu’a eu lieu « une première dans l’histoire de notre Union : (la livraison) d’armes létales à l’Ukraine » ! « Nous pouvons être fiers de ce que nous avons déjà accompli », confirme le représentant des 27 Etats de l’Union européenne : « l’industrie de défense a augmenté sa capacité de production de 50% depuis le début de la guerre et nous doublerons la production de munitions pour atteindre deux millions d’obus d’ici la fin de l’année prochaine ». Quant aux projets de renforcement de notre industrie d’armements d’ici 2030, ils offriront « de la prévisibilité accrue à nos entreprises » et permettront de « créer des emplois et de la croissance dans l’ensemble de l’UE », ose-t-il ! « Nous devons être capables de parler le langage de la puissance, nous devons opérer un changement radical et irréversible (sic) de notre réflexion », conclut le politicien, depuis son petit nuage guerrier. 

L’exemple venant d’en haut, chaque pays a sa variété de va-t-en guerre. En France, c’est la liste LR aux élections européennes qui innove en plaçant en troisième position le Général Christophe Gomart, ancien directeur du Renseignement militaire et ex-commandant des opérations spéciales, l’un des nombreux experts qui nous font vivre en direct sur les media la guerre, comme si vous y étiez. C’est que l’éventuel futur élu européen du parti d’Eric Ciotti sait apprécier en connaisseur notre armée, « la seule armée européenne qui intervienne à l’extérieur », « la seule qui ait été engagée de manière opérationnelle à travers l’Afrique, le Sahel, en Afghanistan, en Irak,… et aujourd’hui encore au Liban ». Et donc ? « Elle est prête de manière opérationnelle ; maintenant, elle a besoin de se réarmer ».
C’est quand même beau, tout ce dévouement à la cause de la solidarité et de la paix …

29 mars 2024 at 10:14 Laisser un commentaire

UKRAINE, DEUX ANS DE GUERRE : ET MAINTENANT ?

« Pour l’Europe et le monde, il faut que l’Ukraine l’emporte » : sous ce titre est paru, deux ans après le déclenchement de la guerre par la Russie, une déclaration commune du ministre ukrainien des affaires étrangères, Dmytro Kuleba, et du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell. On ne peut qu’acquiescer à leur constat qu’il s’agit d’une « guerre d’agression (russe) accompagnée d’atrocités horribles et généralisées » . En revanche, s’il est largement admis que cette agression russe est injustifiable et inexcusable, considérer pour autant des enjeux cruciaux tels que  « la neutralité de l’Ukraine, l’élargissement de l’OTAN, la protection des russophones » comme autant de « prétextes inventés » par Poutine est, en revanche,  très contestable, comme en témoignent, de longue date, des mises en garde de hauts responsables américains eux-mêmes . Quant à se fixer aujourd’hui comme seule perspective de paix « de faire en sorte que l’Ukraine puisse renverser le cours de la guerre en sa faveur » et à appeler « au soutien du monde pour parvenir à ce résultat », voilà qui interroge doublement : d’abord, parce que « le monde », hormis l’Occident, est clairement opposé à toute idée de solution militaire à la tragédie ukrainienne ; ensuite du fait de la quasi-certitude que les territoires ukrainiens aujourd’hui occupés voire annexés par la Russie ne pourront pas être reconquis par la force, malgré les sacrifices insoutenables imposés aux Ukrainiens, sauf à faire le pari irresponsable d’une escalade vertigineuse  face à une puissance nucléaire poussée dans ses derniers retranchements. En vérité, ni Kiev ni Moscou ne sortiront « gagnants » de cette guerre dévastatrice. La solidarité ne doit pas consister à pousser l’allié dans une impasse de plus en plus dramatique.

Il est fort heureusement d’autres acteurs des relations internationales qui prennent le contrepied de cette vision étroitement occidentale et de ces perspectives exclusivement militaires. Rappelons, pour le principe, les propos du Chef d’Etat major interarmées des Etats-Unis (aujourd’hui à la retraite), le général Milley, qui notait dès novembre 2022 (contre son Président) que « la probabilité d’une victoire militaire ukrainienne consistant à chasser les Russes de toute l’Ukraine n’est pas élevée » mais qu’ « il peut y avoir une solution politique, où, politiquement, les Russes se retirent, c’est possible ». Plus près de nous, citons l’ex-ambassadeur de France en Russie, Jean de Gliniasty, qui, dans un livre qui vient de paraître, tout en soulignant légitimement « la responsabilité russe, écrasante », revient longuement et en détail sur les lourdes fautes commises par les Etats-Unis et l’OTAN, poussant à la montée des tensions durant deux décennies entre l’Occident et la Russie après la chute de l’Union soviétique, et sur ce qu’il considère comme « un échec de la diplomatie française » et européenne, dans la gestion de la crise russo-ukrainienne entre 2014 et 2021 (1) . Le même a très récemment clairement préconisé la voie diplomatique pour terminer cette guerre (2). Rechercher une solution politique ne signifie pas entériner les conquêtes militaires russes, mais rechercher un accord mutuellement acceptable à partir de deux principes fondamentaux : la souveraineté de l’Ukraine (à faire respecter par la Russie) et la prise en considération des aspirations du peuple russe à la sécurité (à faire admettre à l’OTAN). 

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(1) « France, une diplomatie déboussolée » (Édition L’inventaire), 2024

(2) Table ronde à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) , 21/2/2024

29 février 2024 at 7:28 Laisser un commentaire

RIMA HASSAN : LE DÉBAT, OUI ! LE LYNCHAGE, NON !

Est-il encore possible de débattre sérieusement, à partir de faits établis, et dans le respect mutuel, sur le Proche-Orient, en France ? La question se pose une fois de plus à propos des graves accusations portées sur les réseaux sociaux par un célèbre animateur, fort de son audience, contre la jeune juriste franco-palestinienne Rima Hassan.  Pour qui n’a pas suivi cet épisode déplorable, rappelons que Rima Hassan, à qui on doit notamment la création de l’Observatoire des camps de réfugiés palestiniens, et qui est devenue une figure de la jeunesse palestinienne, avait été classée parmi « les 40 femmes d’exceptions »par le magazine américain Forbes. Cette distinction n’a manifestement pas plu à la vedette de la télévision, qui a accusé la jeune femme de « faire l’apologie du terrorisme du Hamas » -alors même qu’elle a condamné  « les crimes de guerre du Hamas »- et « d’être une antisémite patentée » ! Des propos outrageants sur lesquels l’intéressé devra s’expliquer devant la Justice, Rima Hassan ayant, logiquement, décidé de porter plainte pour diffamation. 

Que lui reproche-t-on dans les faits ? De qualifier d’ « apartheid » le régime en place en Israël à l’égard des Palestiniens ? Faut-il rappeler à ses détracteurs que des responsables israéliens de haut rang eux-mêmes font leur cette analyse. Le dernier en date est l’ancien chef …du Mossad, Tamir Pardo, pour qui « les mécanismes israéliens de contrôle des Palestiniens (…) alors que les colons juifs dans les territoires occupés sont gouvernés par des tribunaux civils, sont à la hauteur de l’ancienne Afrique du Sud » (1). 

Certes, je ne partage pas toutes les positions de Rima Hassan. Par exemple, elle semble davantage miser sur l’hypothèse d’un futur État binational israélo-palestinien que sur « la solution à deux Etats » nécessitant un engagement fort de la communauté internationale. Je comprends la désillusion alimentée par l’abandon, de fait, de la cause palestinienne par les dirigeants occidentaux tout comme par ceux des pays arabes, malgré la radicalisation jusqu’à l’extrême du pouvoir israélien. Je suis néanmoins de ceux qui restent convaincus qu’il n’y a pas d’alternative à la bataille pour l’édification d’un État palestinien sur les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale. De même, la reprise du slogan « De la rivière (le Jourdain) à la mer (Méditerranée) » (souvent assimilé à la non-reconnaissance de l’Etat d’Israël) me semble malheureuse et contre-productive. Certes, Rima Hassan précise la signification qu’elle donne à cette expression, à savoir : « on veut libérer TOUS les Palestiniens; ceux des camps, ceux de Gaza, ceux de Cisjordanie, ceux d’Israël et tous ceux de la diaspora ». Mais le risque d’incompréhension est réel. 

En tout état de cause : comment ne pas comprendre qu’une personne née dans un camp de réfugiés, qui n’a connu de la part des dirigeants israéliens que la politique coloniale, et de la part des dirigeants occidentaux que l’impunité à l’égard des occupants, avant d’assister au « cauchemar de Gaza » (Antonio Guterres) et à des « actes susceptibles de tomber sous le coup de la Convention sur le Génocide » (Cour Internationale de Justice) de la part de hauts responsables israéliens, n’use pas nécessairement, pour exprimer ses sentiments, des mêmes mots que nous, qui, tout solidaires que nous soyons du peuple palestinien, sommes néanmoins loin du front? L’échange respectueux permet aisément de clarifier d’éventuels malentendus ou d’acter, le cas échéant, des différences. Rien de plus méprisable, en revanche, que la chasse aux sorcières fondée sur la mauvaise foi et la volonté de nuire.
Le débat, Oui ! Le lynchage, Non !

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(1) France Culture (7/9/2023)

8 février 2024 at 12:01 Laisser un commentaire

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