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MESURONS CE QUE NOUS DEVONS AUX KURDES DE SYRIE !

wurtz-l-humanite-dimanche Jusqu’où les dirigeants occidentaux laisseront-ils s’aventurer leur allié Erdogan ? La guerre que vient de lancer le Président turc contre les Kurdes de Syrie vise ni plus ni moins qu’à stopper l’offensive victorieuse de leurs combattants et combattantes contre le groupe « Etat islamique ».

Il y a juste deux ans, lorsque Daech , alors invaincu, avait déferlé sur la ville kurde de Kobane, le maître d’Ankara avait déjà bloqué ceux qui voulaient leur venir en aide, espérant sans doute leur écrasement par les islamistes surarmés . On sait ce qu’il advint : le « Stalingrad kurde » se conclut par la déroute des assaillants et révélait au monde entier l’indomptable courage, la détermination totale et finalement l’efficacité impressionnante des combattantes et des combattants kurdes liés au PYD de Syrie. A l’issue d’une bataille acharnée et réputée ingagnable, ils remportaient -au prix de lourds sacrifices- la première victoire contre le groupe « Etat islamique ». Devenus dès lors une cible privilégiée de Daech, ils poursuivirent leur combat avec d’autant plus de bravoure que l’enjeu n’était autre que la libération de leur territoire et l’émancipation de leur peuple. Comme l’exprime avec ses mots justes l’écrivain Patrice Franceschi après un séjour prolongé à leurs côtés : « Les Kurdes, c’est la démocratie contre la théocratie; la laïcité contre les religieux; le code civil contre la charia. Ils mènent un combat existentiel (…) Leur foi dans la démocratie et dans les valeurs qu’ils portent est plus forte que celle des islamistes radicaux qui les combattent. » (1)

En tout cas, force a été de reconnaître dans les chancelleries occidentales que les seules troupes au sol capables de faire reculer la milice islamiste étaient les Kurdes du PYD. C’est ainsi qu’ils gagnèrent le soutien militaire direct -et a priori improbable !- des Etats-Unis et la reconnaissance officielle ( tout aussi inattendue…) de François Hollande , qui reçut à l’Elysée des combattantes de Kobane avant d’accepter l’ouverture à Paris d’une représentation du « Rojava » , la région kurde, autonome de fait, au nord de la Syrie, près de la frontière avec la Turquie.

Depuis, l’on a eu -à tort- tendance à banaliser les succès répétés des combattants et des combattantes kurdes -avec leurs alliés, notamment arabes, des « Forces Démocratiques Syriennes »- contre Daech. Encore le 12 août dernier, après des semaines de combats acharnés, ils ont remporté une nouvelle bataille de portée stratégique contre la milice islamiste à Manbij. Un succès majeur, payé au prix fort par ce peuple décidé à chasser l’envahisseur. Le prochain défi était de libérer l’un des derniers bastions de Daech dans la région , Al-Bab, avant de livrer la bataille décisive contre legroupe islamiste dans sa « capitale » en Syrie : Raqqa.

C’en était trop pour Erdogan, tout à son obsession d’empêcher les Kurdes de Syrie de constituer à la frontière avec la Turquie une région kurde autonome et unifiée dans une future Syrie fédérale. Il est vrai qu’une telle entité , pratiquant l’égalité entre les hommes et les femmes, la laïcité et le respect des minorités serait un mauvais exemple dans la région ! Fort d’ un feu vert honteux arraché in extremis à Washington, le néo-sultan , en lançant ses blindés dans le Rojava, vient de planter un coup de poignard dans le dos des meilleurs combattants anti-Daech . La France, l’Europe, le monde vont-ils se taire et laisser faire ? Mesurons ce que nous devons aux Kurdes de Syrie !

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(1) Figarovox – 19/8/2016

1 septembre 2016 at 11:30 Laisser un commentaire

EUROPE : LES DOSSIERS CHAUDS DE LA RENTRÉE

wurtz-l-humanite-dimancheLa sidération et les traumatismes provoqués par les attentats sur notre société ont tendance à occulter aux yeux de nos concitoyens des enjeux politiques que nous ne saurions pourtant négliger. C’est le cas de nombre de « dossiers » européens qui vont se rappeler à nous sans tarder. Bref état des lieux à la veille d’une rentrée chargée.

Premier exemple : la crise agricole. Le 2 septembre prochain se tiendra à Chambord un sommet européen des 28 ministres de l’agriculture . Ce sera le moment de faire le bilan des effets désastreux des réformes libérales successives de la politique agricole commune , telle la suppression des aides à la production ou celle des quotas laitiers.

Autre exemple : le débat en cours jusqu’au sein de la Commission européenne au sujet des politiques d’austérité. Les ayatollahs de la « discipline budgétaire » n’ont, semble-t-il, pas digéré que ni l’Espagne ni le Portugal n’ait été sanctionné cet été pour « déficits excessifs » ! Un transfuge de la « tour de contrôle » bruxelloise chargée de surveiller les « dérapages budgétaires » des Etats membres de la zone euro vient ainsi de révéler bruyamment l’exacerbation des tensions dans l’exécutif européen à ce propos . C’est le moment de se faire entendre !
Cela nous conduit à nous rappeler un autre « front » à tenir : la Grèce ! Ce pays meurtri par six années de sacrifices et d’humiliations va devoir affronter un nouveau round de « négociations » avec ses créanciers cet automne . Objectifs : d’une part, débloquer la dernière tranche des prêts accordés -le couteau sous la gorge- en échange de « réformes » ultra-libérales à répétition, mais surtout arracher enfin une discussion sérieuse sur l’allègement de la dette, à l’évidence insoutenable, comme le Fonds Monétaire International lui-même en convient. Un défi énorme qui appelle un grand élan de solidarité !

Autre exemple de dossiers brûlants à ne pas laisser avancer sans bruit dans le sens que l’on imagine : Le TAFTA ( Grand marché UE-USA ) tout comme le marchepied vers celui-ci , le CETA ( Grand marché UE-Canada, pays lui-même étroitement lié par un accord de libre-échange aux Etats-Unis ) . Or, si les négociations sur le TAFTA sont  loin d’avoir abouti à ce jour, celles sur le CETA sont, en revanche, achevées : les pressions en faveur de la signature officielle du traité UE-Canada , voire de son « application provisoire » ( avant même sa ratification par les différents parlements nationaux ) sont de plus en plus fortes, notamment du côté des milieux d’affaires. Une date est même avancée pour ce coup de force : le 26 octobre prochain, lors d’un sommet UE-Canada. C’est dire qu’il n’y a pas de temps à perdre pour relancer l’action !

Et puis, il y a les problèmes prétendument réglés, mais susceptibles d’éclater de plus belle à tout moment, au premier rang desquels celui de l’accueil des réfugiés ! L’accord calamiteux avec la Turquie est en suspens et offre à Erdogan un moyen de chantage rêvé sur l’UE. Plus de cent réfugiés venus de Turquie accostent chaque jour en Grèce, s’ajoutant aux quelque 60 000 bloqués dans le pays le plus éprouvé de l’UE . À partir d’octobre, tout devient possible, la plupart des autres gouvernements restant sourds aux appels à la responsabilité collective.

  1. Reste le Brexit… Mais , aux dernières nouvelles, Londres se hâte de plus en plus lentement dans la réalisation de son projet. Désormais, on parle de…2019. Le combat pour une autre Europe, lui, ne peut pas attendre.

25 août 2016 at 9:14 Laisser un commentaire

LE HDP, BOUSSOLE DÉMOCRATIQUE DE LA TURQUIE

wurtz-l-humanite-dimancheEntre coup d’Etat militaire et contre-coup d’Etat civil, la Turquie s’enfonce dans une terrible impasse. Pour autant, l’avenir de ce grand pays n’est pas écrit. En témoignent les manifestations de masse des forces démocratiques à Istanbul, fin juillet, s’opposant et au putsch et aux purges. L’une des inconnues est la place et le rôle que réussira à conserver ou à reconquérir le HDP, ce grand parti progressiste qui défend notamment -mais pas exclusivement- la cause kurde. Le 15 juillet dernier, alors que circulait encore la rumeur que les militaires putschistes avaient pris le pouvoir en Turquie , le président du HDP, Selahattin Demirtas, se voyait « probablement arrêté au petit matin (…) Nous sommes heureux que le putsch n’ait pas réussi ! » a-t-il souligné. D’abord, parce que l’un des principaux chefs des conjurés n’était autre que le boucher de Cizre, la ville kurde détruite dans le sang au printemps dernier par l’armée sous le commandement de cet ex-officier d’élite du régime ! Et plus généralement parce que le HDP rejette la « mentalité putschiste » et toutes les graves violations des libertés qu’elle recèle. C’est donc tout naturellement que le HDP s’était immédiatement solidarisé avec les autorités du pays contre la junte militaire -et ce en dépit du très lourd contentieux qui oppose depuis plus d’un an ce parti à Erdogan- tout en rejetant la purge phénoménale en cours et la sombre dictature qu’elle laisse présager.

Le HDP n’est heureusement pas la seule organisation politique turque à adopter cette attitude -le principal parti d’opposition, le CHP, social-démocrate, en particulier, est également engagé dans ce combat- mais le parti de Demirtas est le seul à être jusqu’ici exclu des initiatives organisées par le gouvernement au nom de l’ « unité nationale » depuis l’échec du coup d’Etat. Marginaliser coûte que coûte et par tous les moyens cette organisation est l’objectif stratégique d’Erdogan depuis ce jour historique de juin 2015 où, pour la première fois depuis son accession au pouvoir en 2002, celui-ci a perdu , sinon l’élection, du moins son pari électoral majeur : remporter une majorité suffisante pour changer la Constitution et conquérir les pleins pouvoirs, à la manière d’un sultan néo-ottoman. Dépassant la barre fatidique des 10% (à franchir pour accéder au Parlement), le HDP avait fait échec à ce rêve aussi extravagant que dangereux en se hissant , malgré tous les obstacles dressés sur son chemin, au rang de troisième force politique du pays. Erdogan ne lui a jamais pardonné ce crime de lèse majesté. D’autant moins que ce parti et son jeune et brillant leader avaient su incarner une ambition démocratique inédite dans ce pays. Loin de limiter son rôle à la défense de la cause kurde, ils ont « assuré une représentation aux citoyens arméniens, yézidis, arabes et assyriens, aux travailleurs, aux universitaires, à la jeunesse et aux femmes, aux alévis et aux sunnites, aux Turcs et aux Kurdes » (1) provoquant cette interjection d’Erdogan, très éclairante sur le choc des deux mentalités : « Qu’est-ce que la question des femmes a à voir avec le processus de paix kurde ? » Voilà pourquoi , dans le sinistre imbroglio actuel en Turquie, le HDP me semble être la boussole démocratique du pays. Il mérite à ce titre toute notre solidarité.

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(1) S. Demirtas -Monde Diplomatique ( juillet 2016 )

11 août 2016 at 8:07 Laisser un commentaire

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