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DEBAT SUR L’EURO: QUELQUES REPERES
Des interrogations s’expriment: « Pourquoi essayer à tout prix de sauver l’euro ? Pourquoi un retour en arrière est-il tant un problème ? »

Soyons clairs: nous ne cherchons pas à « sauver » l’existant ! Les transformations que nous préconisons en matière de politique monétaire européenne sont radicales ! Il ne s’agit pas moins que de libérer les pays membres de la toute-puissance des grandes banques, compagnies d’assurance, fonds de pension, hedge funds et autres « acteurs des marchés financiers »! Mesure-t-on l’enjeu de classe que constitue le fait que la Banque centrale européenne aurait pour mission, non plus d’attirer les « investisseurs » au prix d’une politique d’austérité salariale et de rationnement des dépenses publiques, mais celle d’utiliser son pouvoir de création monétaire pour financer, à taux quasi-nul et sur le long terme, le développement social et écologique ainsi que la réduction progressive des déséquilibres, notamment entre le nord et le sud de l’Europe? Si nous y parvenons, c’est une révolution ! Il va sans dire que c’est un combat qui suppose des luttes sociales et politiques d’envergure, des conquêtes de droits nouveaux, des rassemblements larges, des convergences avec d’autres peuples européens, et même la recherche d’alliés dans d’autres régions du monde qui aspirent à voir réformer le Système monétaire international dans son ensemble. Comme toute grande bataille,celle-ci n’est pas gagnée d’avance.Mais le niveau d’exaspération et la volonté de changement sont tels en Europe aujourd’hui qu’un objectif de cette nature peut devenir plus mobilisateur que jamais. Songeons que les syndicats allemands partagent notre projet de créer une banque publique européenne exclusivement dédiée au financement des investissements sociaux,ou encore que la Confédération européenne des syndicats s’est engagée dans une opposition ferme au traité budgétaire et à sa logique d’austérité. La donne change…
Question: ne serait-il pas plus facile de choisir le « retour en arrière » ? Rien n’est écrit d’avance, mais plusieurs données majeures sont connues et doivent nous faire réfléchir: en particulier le besoin vital de solidarité et de coopération entre Européens face à la puissance acquise par le capital financier, aux effets dévastateurs de la crise depuis 2008, et à cette triste évidence que , de nos jours, « la majorité des élites politiques ne voie pas d’issue hors de la soumission aux diktats des marchés financiers. »(1)
Or, comment risquerait de se traduire, dans ce contexte, un retour aux monnaies nationales, autrement dit un éclatement de la zone euro? En toute logique par une guerre économique exacerbée entre nations voisines, avec les conséquences sociales, idéologiques et politiques qu’on imagine. Pourquoi? Parce que ce sera à qui exportera le plus et importera le moins , et qu’à ce jeu, il y a, par définition, quelques « gagnants » et beaucoup de perdants ! Pour tenter de figurer parmi les « gagnants », chaque Etat sera ,en toute logique (ultra libérale), conduit à faire du zèle dans la course à la « compétitivité », dévaluant de plus en plus sa monnaie, réduisant toujours davantage ses « coûts du travail » et ses « dépenses excessives », appelant les salariés à la discipline et enrôlant son opinion publique dans cette croisade mortelle pour le progrès social, la démocratie et la solidarité. Où serait l’avantage? Certes,le pire n’est jamais sûr, mais peut-on faire courir ce risque à son peuple …et à l’Europe, qui n’a vraiment pas besoin d’une nouvelle poussée de nationalisme et de xénophobie?
Une France de gauche a, à cet égard, un devoir d’initiative. Elle peut prendre des mesures en rupture avec l’actuel consensus de la classe dirigeante européenne chaque fois qu’elles sont susceptibles de crédibiliser aux yeux, non seulement d’une majorité de Français mais de millions d’Européens , la perspective d’un autre euro et d’une « autre Europe ».
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(1) Bernd Riexinger, co-président de la Linke,d’Allemagne (Economie et Politique,mai-juin 2013.)
UNE EUROPE AMERICAINE ?
Les révélations effarantes de l’ex-collaborateur de l’Agence américaine de sécurité nationale (NSA), Edward Snowden, au sujet du programme de surveillance d’internet,PRISM, des activités de surveillance de tous les moyens de communication à travers l’Europe et de la mise sur écoute de dirigeants et de diplomates de nombre de nations « amies » nous donnent l’occasion de nous rappeler la copieuse série de scandales de ce type -mais chaque fois plus graves- qui émaillent l’histoire récente des relations USA-Union européenne.
En 1999 (donc avant l’attentat du 11 septembre 2001, toujours invoqué pour justifier la paranoïa américaine en matière de « renseignement »), on découvre l’existence du réseau de surveillance planétaire Echelon sous l’égide , déjà, de la NSA. Plus exactement, on apprend alors que ce système, mis en place aux temps de la guerre froide pour espionner « l’ennemi commun de l’Occident », a été, par la suite, réaffecté à la surveillance …des Alliés! Le Parlement européen (PE) se saisit de l’affaire, enquête, consulte, mais les (timides) conclusions de son rapport publié en…mai 2001 disparaissent, quatre mois après, dans les ruines du World Trade Center.
En 2004, l’UE négocie avec Washington un accord au terme duquel les données personnelles des passagers (appelées PNR) à destination des Etats-Unis ou prévoyant de survoler leur territoire seront transmises aux autorités américaines. Le problème est qu’ outre -Atlantique, la législation est notoirement moins protectrice que dans l’UE pour les données personnelles. Qu’à cela ne tienne: la Commission assure que le niveau de protection obtenu des Américains est « adéquat ». Aussitôt saisie par le PE, la Cour européenne de Justice annulera cet accord -fait rare- en 2006 ! Un accord , un peu plus protecteur, sera conclu en 2007 pour sept ans.
En 2006, nouveau scandale: on apprend, stupéfaits, que les Etats-Unis disposent depuis cinq ans des données bancaires des citoyens européens, dans le cadre de leurs enquêtes internationales sur le financement du terrorisme. Là encore, le PE adopte , en 2007, une directive acceptant cette pratique mais visant à l’ « encadrer ». Il tente d’améliorer le texte en 2010, mais, de l’aveu même du Contrôleur européen des données, Peter Hustinx, « Cet accord permet de transmettre (au Trésor américain) beaucoup plus d’informations que nécessaire »!
Le double point commun à toutes ces affaires est l’affirmation sans scrupule de la suprématie américaine et la confirmation sans vergogne de la soumission européenne. » Susan Rice, la conseillère à la sécurité du Président Obama, vient tout juste de rappeler au monde que son pays est « le plus puissant, le plus influent, le plus important, la plus grande économie, la plus grande puissance militaire » sans oublier ses « valeurs », of course ! Alors,pourquoi se gêner? D’autant que, en Europe, ne manquent ni les « chevaux de Troy » qui s’assument -Grande-Bretagne (ouvertement co-organisatrice du système d’espionnage!); Autriche; pays d’Europe de l’Est…- ni les « indignés » d’un jour qui finissent toujours par s’aligner (suivez mon regard…) Même l’Allemagne ne s’est pas offusquée plus que cela d’être classée par la NSA « partenaire de troisième zone » ni d’apprendre que sa Chancelière était sur écoute ! Il est vrai que la Stratégie européenne de sécurité stipule depuis 2003 que : « En agissant ensemble, les Etats-Unis et l’Union européenne peuvent représenter une formidable force au service du bien dans le monde. « Ben voyons!
LES INCENDIAIRES PASSENT AUX AVEUX
L’un après l’autre, les « ténors » de l’Union européenne passent , d’une certaine manière, aux aveux sur l’impasse dramatique où nous a conduits leur politique d’austérité draconienne. Le premier à sembler battre sa coulpe fut José-Manuel Barroso. Le président de la Commission, jusqu’alors adjudant-chef zêlé dans la chasse aux « déficits excessifs », reconnaissait le 22 avril dernier que « cette politique a atteint ses limites » faute de « bénéficier d’un minimum de soutien politique et social ».
Le très orthodoxe président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, ne fut pas longtemps en reste. Le 2 mai, il est allé jusqu’à réclamer des « mesures immédiates » en faveur de la croissance et de la création d’emplois. « Prendre ces mesures » lui parait même subitement « plus urgent » que tout le reste. En effet, confesse le coordinateur de toute la stratégie d’ « assainissement des comptes publics » mise en oeuvre sous l’égide des Chefs d’Etat et de gouvernement : « Après trois ans de combats, la patience à l’égard de l’austérité est pratiquement épuisée ».
Et voilà que Jean-Claude Juncker, qui fut, jusqu’à ces dernières semaines, le « patron » de l’Eurogroupe (qui réunit les ministres des finances de la zone euro), s’épanche à son tour sur les conséquences , non plus seulement sociales mais politiques , gravissimes, des choix austéritaires des principaux dirigeants de l’UE tout comme des humiliations désastreuses qui les ont accompagnés. Dans un entretien au magazine allemand « Der Spiegel », il s’alarme ainsi, particulièrement au sujet de la Grèce et de l’Italie, de la renaissance du « ressentiment national » -notamment dirigé contre Berlin- en des termes qui frisent l’affolement: « ceux qui croient que la sempiternelle question de la guerre et de la paix en Europe est derrière nous risquent de se tromper lourdement » diagnostique l’ex-leader de la zone euro, qui va jusqu’à oser un parallèle entre « le contexte européen de 2013 » et celui de…1913 ! On ne peut dresser plus implacable acte d’accusation contre ce qu’est devenue une construction européenne dont la première raison d’être officielle fut jadis de rendre à jamais impossible toute guerre entre ses peuples et ses Etats!
Serions-nous donc face à une prise de conscience salutaire, prélude à une révision déchirante des politiques poursuivies jusqu’ici ? Hélàs, non. Si le réalisme impose un report des échéances pour atteindre les mythiques « 3% », la logique libérale est, elle,réaffirmée: celle de la « compétitivité » par la « baisse du coût du travail » , le rationnement des dépenses publiques et sociales , les « réformes structurelles » du marché du travail et du système des retraites…afin de « gagner des parts de marché » sur les partenaires de la zone euro.
Alors, rien de neuf ? Oh que si! Quand les dirigeants européens sont eux-mêmes contraints de constater qu’ils se sont gravement fourvoyés, ils perdent ce qu’il leur reste de légitimité pour continuer d’ imposer leurs vues comme « les seules solutions possibles ». L’heure est au débat citoyen sur les alternatives. L’Europe est décidément un enjeu trop important pour que les peuples s’en laissent désaisir.




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