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SORTIR DE LA « GUERRE DES MONNAIES »

Ce qu’on appelle déjà la « guerre des monnaies » -et qui est avant tout le duel dollar/euro- doit attirer notre attention sur l’importance qu’il y a  à changer en profondeur la politique monétaire européenne. Depuis des mois, la Banque centrale des Etats-Unis (FED) fait marcher la planche à billets, provoquant sciemment la baisse du dollar. Le but poursuivi par les autorités américaines est de rendre plus faciles les exportations et de tenter ainsi de relancer leur économie malade, non par la coopération mais par la domination. Washington reste, à cet égard, fidèle à la célèbre devise du Secrétaire au Trésor de Richard Nixon: « le dollar est notre monnaie mais votre problème ». Or, dans le même temps, en Europe, tout se passe comme si la Banque centrale (BCE) laissait faire, délibérément, trop contente de pousser l’euro à la hausse.

Une telle politique attire les capitaux -c’est le but de la BCE- mais elle a un, coût très élevé pour les peuples, ce qui n’émeut guerre M. Trichet, son président. « La zone euro vient de perdre cinq années de gains de productivité au cours des deux derniers mois » analyse un expert[1]! Mesure-t-on ce que cela veut dire? Que de sacrifices ont-ils été exigés des salariés européens au nom de la nécessité de gagner en « productivité » dans la concurrence mondiale! On aura trimé pour l’euro fort: Louis Gallois, le patron d’EADS, prévient pour sa part que si l’euro atteint la valeur de 1,50 dollar à la fin de cette année, comme on l’annonce, on ne pourrait plus fabriquer d’Airbus en zone euro! D’autres analystes laissent entendre que l’actuelle hausse de l’euro fera sentir ses effets sur le commerce extérieur en 2012 et que cela annonce un surcroit de mesures d’austérité pour le budget de l’Etat… On imagine, en outre, l’avalanche de reculs sociaux que directoires d’entreprises et de gouvernements sans scrupules justifieraient par cette « contrainte extérieure » contre laquelle on ne pourrait rien.

Mais justement, si! On peut et on doit faire d’autres choix de politique monétaire. Une monnaie européenne n’a de sens que si elle permet de ne pas subir,  les pressions déstabilisatrices de la mondialisation libérale.   Autrement dit, si elle favorise le  développement de l’emploi et la promotion d’un modèle social avancé en Europe, et si elle donne à l’Union européenne la capacité de coopérer efficacement avec tous les partenaires intéressés à œuvrer à de nouvelles règles dans les relations européennes internationales.

C’est le sens des propositions faites de longue date par les économistes communistes -aujourd’hui fort heureusement rejoints par d’autres- en faveur d’une refonte des missions et des statuts de la BCE, d’une nouvelle orientation du crédit bancaire (en faveur de l’emploi, de la formation, de la protection de l’environnement, de la recherche), de l’instauration d’un contrôle démocratique de la BCE, d’une intervention forte de l’Europe contre l’hégémonie monétaire américaine et pour l’émergence d’une vraie monnaie commune mondiale. La perspective d’une « guerre des monnaies » renforce l’urgence d’un débat de fond sur ces alternatives.


[1] Patrick Artus (Les Echos 8/10/2010)

14 octobre 2010 at 9:14 1 commentaire

La face cachée du « modèle allemand »

«C’est une expansion de taille XL », s’est exclamé, triomphant, le ministre allemand de l’Économie en commentant les chiffres flatteurs enregistrés par son pays pour le deuxième trimestre 2010 : une croissance de plus de 2 % ! Il n’en fallait pas plus pour faire fantasmer l’équipe Sarkozy : voilà plus que jamais l’exemple à suivre ! Vraiment ? Rappelons quelques aspects de la face cachée du « modèle allemand ».

Premier constat : les Allemands, eux, ne s’y re-trouvent pas. La chancelière, qui incarne cette politique, est au plus bas dans les sondages. Plus profondément, le taux record de l’épargne populaire allemande (plus de 15 % du

revenu disponible) traduit une profonde peur de l’avenir, sentiment que reflète aussi le durablement faible taux de natalité. Le nombre de naissances en 2009 est même le plus bas de l’histoire de

la République fédérale…

L’apparente solidité de l’économie s’accompagne, en effet, d’un envol de la précarité et de la pauvreté. Les « mini-jobs à 1 euro » de l’heure y sont l’héritage de l’ère Schröder (SPD), tout comme l’absence persistante d’un salaire minimum. Sa successeur de droite y a ajouté la retraite à 67 ans, l’augmentation de la TVA et les coupes drastiques dans les prestations sociales. Ce terrible coût social n’est certes pas le seul moteur de la puissance exportatrice allemande, mais il en constitue une composante essentielle. Tout cela peut conduire à de bons chiffres, mais certainement pas à un bon modèle !

D’autant moins que, jugée « injuste » par 79 % des Allemands et « cruelle » par les syndicats, cette politique n’est pas sans risque pour l’économie elle-même, tant celle-ci devient dépendante de la bonne santé de ses « clients ». Or ne dit-on pas les États-Unis à la veille d’une possible rechute (les ventes de

logements viennent d’y subir une baisse historique de plus de 27 % !) et le Japon en mauvaise posture ? Quant aux « partenaires »

européens de Berlin, si la vague de rigueur annoncée n’y est pas mise en échec, ils risquent de basculer dans la récession. Comme quoi, l’obsession de la compression des coûts salariaux à l’intérieur, articulée à

une stratégie non coopérative au détriment des voisins, peut avoir sur l’Allemagne un effet boomerang auquel devraient réfléchir et madame Merkel et ses admirateurs prêts à lui emboîter le pas dans notre pays. Dernière observation, réjouissante elle : non seulement les revendications salariales refont surface en Allemagne, au point que le président du « Conseil des sages » s’étrangle en appelant à « ne pas casser les succès remportés grâce à la modération des salaires et aux réformes structurelles », mais la conscience de la nécessité d’engager une rupture avec le modèle libéral européen progresse dans le mouvement social outre-Rhin. Ainsi la confédération syndicale DGB analyse-t-elle à présent la soumission de chacun de nos pays aux marchés financiers comme « une des plus grandes fautes de naissance de l’Union monétaire européenne ». On ne saurait mieux dire.

Retrouvons-nous dans la contestation des « fautes de naissance » des traités européens et des « réformes » Merkel-Sarkozy qui s’yinscrivent. Et travaillons ensemble à un modèle social digne de ce nom !

5 septembre 2010 at 7:39 Laisser un commentaire

Europe : la diversité des langues en danger

Au début de l’été, le gouvernement a salué une « première » historique : la présence d’un ministre allemand (des Finances) à un Conseil des ministres français. Des observateurs perfides ont remarqué à cette occasion qu’au bout d’un demi-siècle de relations privilégiées entre les deux pays – et notamment d’une promotion volontariste de l’apprentissage réciproque de la langue du voisin –, seulement deux membres du gouvernement Fillon n’ont pas eu besoin de recourir aux services des interprètes pour comprendre leur interlocuteur d’outre-Rhin. Preuve qu’aujourd’hui l’hégémonie de l’anglais (ou du « globish » qui en tient souvent lieu et qui a peu à voir avec la langue de Shakespeare) n’est pas un problème pour les seuls Français, qui voient décliner dangereusement l’usage de leur langue, mais qu’il menace d’étouffer tout le pluralisme linguistique européen. Or, une langue, c’est bien plus qu’un mode d’expression. Elle fait vivre et rayonner une culture. Le « marché unique » peut se contenter d’un charabia unique. La culture, qui est plurielle, appelle, elle, la pluralité des langues.

Voilà bel et bien une autre bataille politique à ne pas négliger : assurer la vie – et non la survie – de toutes les langues européennes, de celles dites « minoritaires », nombreuses dans l’Europe élargie à 27 nations, aux plus parlées. Y compris – of course ! – de l’anglais authentique. Il est inacceptable d’exiger de qui que ce soit de renoncer à s’exprimer dans sa langue pour – à égalité de chances – participer à un appel d’offres ou à un concours, publier un article sur des travaux de recherche, ou soutenir une thèse. Il est encore plus scandaleux de condamner à la marginalité des pans entiers du patrimoine culturel européen sous prétexte qu’ils ne répondent pas aux canaux linguistiques dominants. Toute pratique qui favorise ces tendances doit être combattue, tout effort de créativité pour s’en émanciper mérite, à l’inverse, un soutien résolu.

Citons, à titre d’exemple, une initiative développée au début des années 2000 par l’Union des théâtres d’Europe – avec, à l’époque, le soutien de l’Union européenne. Elle consistait à traduire, à publier et à diffuser, chaque année, dans les cinq langues européennes les plus parlées, cinq pièces d’auteurs contemporains écrites dans les langues les moins répandues. Dans le même esprit a été lancé, à Orléans en 1998, un partenariat exemplaire entre huit pays européens (France, Espagne, Italie, Portugal, Grèce, Hongrie, Slovaquie, Roumanie) qui a permis, en l’espace de dix ans, d’assurer la traduction, l’édition et la diffusion de quatre cents textes dramatiques bien au-delà des limites de l’Union européenne. Mais faute d’un soutien pérenne – national et européen –, de telles initiatives ne peuvent s’inscrire dans la durée.

Je me souviens que, jeune étudiant, j’avais été ébahi de voir, dans le métro de Budapest, bon nombre de voyageurs plongés… dans des recueils de poèmes hongrois. J’avais alors décidé de me lancer dans l’apprentissage des rudiments de cette langue – « minoritaire » s’il en est – pour tenter de m’approprier ces œuvres apparemment si captivantes… Aujourd’hui, les bourses Erasmus ouvrent fort heureusement des perspectives plus assurées aux jeunes Européens qui ont la chance d’en bénéficier. Cela doit devenir un droit pour tous et pour toutes ! Un proche, très investi dans ces enjeux, milite en faveur d’une initiative annuelle symbolique et médiatique du type Fête de la musique, mais appliquée aux langues et aux cultures d’Europe. Une sorte de Printemps européen des langues favorisant l’éclosion d’initiatives citoyennes sur ce thème trop délaissé. Una bellissima idea.

19 août 2010 at 1:55 1 commentaire

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