LE RAPPORT « AMBIVALENT » DES FRANÇAIS A L’EUROPE

« La France fait partie du groupe de pays dont les habitants sont les moins favorables à l’UE », note un récent rapport de plusieurs spécialistes des enjeux européens, tout en soulignant « l’ambivalence » des relations de nos concitoyennes et concitoyens avec « l’Europe » (1). C’est principalement l’analyse de cette « ambivalence » qui fait l’intérêt de cette étude. Les résultats de l’enquête confirment, en effet, de façon éclatante la thèse que nombre d’entre nous défendons, au moins depuis la campagne pour le « NON de gauche » au Traité constitutionnel européen de 2005 : une grande partie des Français n’est pas anti-européenne mais anti-libérale, donc opposée au modèle que structurent les traités de l’UE ! Il semble, d’après cette enquête, que, malgré toutes les expériences européennes calamiteuses vécues depuis dix ou quinze ans, la révolte légitime à l’encontre de « l’Europe réellement existante » n’ait pas réduit à néant l’intérêt pour une autre vision de l’Europe, voire l’ambition de lutter pour sa concrétisation. Citations.
Si « 57% des Français estiment que l’Union européenne est éloignée et 65% qu’elle n’est pas efficace », 53% des Français se disent, dans le même temps, « attachés à l’Europe ». Ce sont bien les orientations et le fonctionnement de l’UE qui sont incriminés , non le principe d’une construction européenne qui serait coopérative et solidaire. Mieux : le rapport en question évoque, sans le dire explicitement, un clivage de classe « significatif pour tous les pays », même si c’est particulièrement le cas pour la France : « L’appartenance aux catégories sociales les moins favorisées correspondent très largement à une représentation de l’Europe comme une menace de perte de protections sociales nationales » . Et pour cause !
« Non à l’Europe libérale, oui à l’Europe sociale ! » scandions-nous en 2005. L’enquête citée confirme l’actualité de ce slogan : « les représentations négatives du libéralisme, du libre-échange et de la concurrence impactent négativement le rapport que maints Français entretiennent avec le marché, qui constitue le cœur de l’Union européenne ». Elle note, dans le même esprit notre « défiance vis-à-vis du Pacte de stabilité » et, a contrario, notre « préférence pour les dépenses publiques ».
Mais, si, notamment donc sur le terrain social, « la France se classe parmi les pays où les jugements eurosceptiques sont les plus répandus (…), les attitudes pro-européennes peuvent (sur certaines questions) rassembler près des trois-quarts des Français ». Par exemple, sur « l’ouverture aux autres », les « politiques communes » ou « la voix de l’UE dans le monde ». Ainsi, les mêmes « ambivalents » sont-Ils à peine 22% à avoir « plutôt confiance » dans l’UE, mais 84% à apprécier positivement « le droit de travailler dans tous les Etats membres », 73% à attacher de l’importance à la place de l’UE sur la scène internationale, et même 76% à se prononcer pour l’Euro ! Nous sommes loin d’être un peuple anti-européen ! Mais, pour sauver l’Europe, il faut la changer.
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(1) « Les Français et l’Europe : entre défiance et ambivalence » de Thierry Chopin, Bruno Cautrès et Emmanuel Rivière (publié le 8/5/2020).
27 ET 29 MAI : DEUX COMMÉMORATIONS, UN MÊME PROJET

Le 27 mai prochain, nous commémorerons la naissance du Conseil National de la Résistance. Cela fera, en effet, 77 ans que le CNR a tenu sa première réunion. La puissance de ce symbole -celui de l’union des forces antifascistes pour la renaissance démocratique et l’émancipation sociale- en fit, longtemps, une référence intouchable en France. Son programme, adopté le 15 mars 1944, à l’unanimité de ses composantes -communiste, gaulliste, socialiste, centriste…- , fut, durant quatre décennies, considéré comme la pierre angulaire du fameux « modèle social français », souvent gravement écorné, mais jamais récusé.
Tout changea au milieu des années 80, marqué par le début de la fin du système soviétique et, concomitamment, par l’explosion de la mondialisation capitaliste : âge d’or du « Reaganisme » d’un côté de l’Atlantique et, de l’autre, grand tournant néolibéral de la Communauté européenne, avec la signature de l’Acte unique européen, véritable trait d’union entre dirigeants politiques « Thatcheriens », chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates (1986). Il faudra attendre encore une vingtaine d’années de plus -et l’élection de Nicolas Sarkozy- pour que le MEDEF ose s’attaquer frontalement à la référence « systémique », voire civilisationnelle, du CNR. C’est Denis Kessler qui s’y emploiera dans le magazine « Challenges » (4/10/2007) avec sa véritable « leçon de choses » devenue célèbre : « Le modèle social français est le pur produit du CNR (dont le programme) se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.(…) Il y a une profonde unité à ce programme ambitieux (…) Il s’agit aujourd’hui de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! » Bel hommage du vice à la vertu , tel un rappel, « a contrario », des grandes batailles de notre temps ! Il faut croire que « l’effet-CNR » est toujours vivace dans la mémoire collective pour qu’Emmanuel Macron se soit cru obligé d’y faire subrepticement allusion en concluant l’une de ses récentes allocutions télévisées par ces mots directement tirés de cette belle page de notre histoire contemporaine : « Nous retrouverons les jours heureux »…
Par un hasard du calendrier, deux jours après la commémoration de la première réunion du CNR, nous célébrerons un événement bien plus récent, dont nombre de actrices et d’acteurs étaient empreints de l’esprit du CNR : la mise en échec du Traité constitutionnel européen, symbole de « l’Europe libérale » et l’affirmation de la volonté d’agir ensemble pour l’émergence d’une « Europe sociale ». Le fait que le fruit de cette victoire a pu être confisqué est un échec politique, non la fin de l’ Histoire. Restent une expérience exemplaire de démocratie citoyenne et d’une mobilisation solidaire au-delà des frontières; une volonté irrépressible de conquête sociales , écologiques et éthiques; et aussi la conscience d’une communauté de destin de toute l’humanité, sans laquelle une « autre Europe » n’aurait de « refondée » que le nom. Les 27 et 29 mai : deux commémorations, un même projet.
LA TORPILLE DES JUGES ALLEMANDS RELANCE LE DÉBAT SUR LA BCE

C’est un ultimatum sans précédent que les 8 juges de la Cour constitutionnelle allemande viennent d’adresser à la Banque centrale européenne (BCE). Celle-ci est sommée de prouver « dans les trois mois » qu’en lançant en 2015 son programme de rachat de titres de dettes des Etats de la zone euro, elle n’a pas outrepassé son mandat (qui lui interdit de financer des Etats membres). Faute de quoi, la Cour de Karlsruhe menace d’ ordonner à la Banque centrale allemande (première actionnaire de la BCE) de se retirer de ces rachats de titres et de revendre les 534 milliards d’euros d’obligations publiques qu’elle détient ! En clair, les juges allemands reprochent à la BCE d’avoir aidé financièrement les pays d’Europe du Sud au détriment des « actionnaires, propriétaires, épargnants ou détenteurs de police d’assurance » allemands, lésés par la baisse des taux d’intérêt qu’a entraînée l’action de la BCE !
Cela ressemble fort à une bombe à retardement ! En effet, ce jugement va encourager d’autres recours contre la BCE. Celle-ci ne vient-elle pas, face à la crise du coronavirus, de prendre l’initiative d’un nouveau programme de rachats massifs de dette publique ? Circonstance aggravante, aux yeux des adeptes de l’orthodoxie monétaire : elle a, cette fois, expressément privilégié les pays du sud de l’Europe (en plus grande difficulté) en rachetant beaucoup plus de dette italienne, française ou espagnole qu’allemande. Il y a peu de chances que la BCE, jalouse de son « indépendance », ne plie devant la Cour allemande. Mais les pressions sur elle risquent fort de s’accentuer. La torpille que viennent de lancer les juges constitutionnels allemands relance spectaculairement le débat sur le rôle à faire jouer à la BCE !
Attention dans ce contexte, à ne pas confondre deux types de critiques -diamétralement opposés- qui sont adressées à cette dernière ! D’un côté, celui dans lequel excelle le courant national-libéral allemand, rejoint, de ce côté-ci du Rhin, par la droite anti-européenne : pas question de mettre le doigt dans ce qui pourrait conduire, même modestement, à une logique de solidarité et de résistance commune aux pressions des marchés financiers ! De l’autre, celui que porte, en France, de longue date, le PCF et qu’expriment d’une façon ou d’une autre des voix de plus en plus nombreuses : la monnaie créée doit être impérativement assortie de critères qui l’orientent vers la création de richesses. Ces masses d’argent doivent permettre de financer gratuitement (voire, dans certains cas, à taux négatif) des investissements publics pour sécuriser l’emploi, développer la formation et la recherche, favoriser la transition écologique, promouvoir les services publics et les biens communs de l’Union (santé, climat, industrie…) Depuis plus de dix ans, le PCF (puis, à son initiative, toutes les composantes du Parti de la Gauche Européenne) proposent dans cet esprit la création d’un « Fonds européen de développement social, environnemental et de solidarité » financé grâce à la création monétaire de la BCE et placé sous un contrôle démocratique. C’est le moment ou jamais de relancer ce débat.
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JE VEUX RENDRE HOMMAGE À CECILE ROL-TANGUY, UNE FIGURE DE LA RÉSISTANCE QUI A, TOUT AU LONG DE SA VIE, FAIT HONNEUR À SON PARTI ET À LA FRANCE



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