LA FAUTE À L’ « EUROPE » OU A L’ ÉTAT ? : L’EXEMPLE DE L’HYDROÉLECTRICITÉ

La France va-t-elle ouvrir les concessions des barrages hydroélectriques à la concurrence ? Cette menace plane depuis des années sur l’avenir d’un secteur stratégique de notre économie. Et elle est à prendre très au sérieux. Mieux vaut donc savoir d’où vient exactement cette menace afin de voir comment agir pour la conjurer. Rappelons les explications généralement fournies à ce propos : « l’Europe » exige cette ouverture à la concurrence; la France a promis d’obtempérer à ses injonctions mais a tardé à s’exécuter ; « Bruxelles » lui a donc adressé, en 2015, une « mise en demeure ». Désormais, il ne resterait à Édouard  Philippe qu’à s’incliner au plus vite. D’ailleurs, c’est ce qu’il a laissé entendre l’an dernier.

Comme toujours, il y a, dans cette version simplifiée des faits, une part de vérité. Mais une part seulement. Certains s’en contentent, comme ce responsable de la France insoumise : « La Commission tente depuis une dizaine d’années de privatiser les barrages français. En 2015, elle a mis en demeure le gouvernement d’agir. En janvier 2018, le gouvernement d’Emmanuel Macron s’engage à répondre à ses attentes. » (1) C’est si confortable que chaque chose soit à la place qu’on lui a assignée ! L’Europe nous ligote, il faut donc lui « désobéir » ou en « sortir ». Pourtant, quand on se donne la peine d’écouter ce qu’en disent les premiers concernés, on apprend à affiner son jugement, et, partant, la stratégie à mettre en œuvre . C’est ainsi que l’animateur du collectif hydraulique de la CGT, Dominique Pani, apporte cette précision de taille : « En tant que syndicat, nous sommes allés rencontrer la Commissaire européenne, qui nous a expliqué qu’elle avait rappelé la France à ses propres engagements mais que CETTE MISE EN CONCURRENCE N’AVAIT RIEN D’OBLIGATOIRE. Si l’énergie était une prérogative européenne, les nombreuses fonctions réalisées par une centrale hydraulique, notamment dans la gestion des eaux, font qu’elle peut être rattachée aux « services d’intérêt général » qui ne sont pas soumis à la concurrence. » (2) C’est donc Paris qui, dans le cadre d’un inavouable « donnant-donnant », avait bradé, en son temps,  un patrimoine public essentiel,  à une Commission qui, en l’occurrence, n’en demandait pas tant !

Souligner cela n’enlève naturellement rien à l’exigence de contrer en permanence tous les vecteurs de l’Europe libérale, Commission en tête ! Mais à ne se laisser obnubiler que par elle, on en arrive trop souvent à sous-estimer gravement la part de responsabilité directe d’un État comme le nôtre dans la gestion de l’actuelle UE. En l’occurence, c’est, au nom-même des règles rappelées par la Commissaire au syndicaliste, qu’il nous faut arrêter le bras des bradeurs bien français d’un bien public comme nos centrales hydrauliques, qui, rappelons-le, représentent 61 % de la production d’électricité d’origine renouvelable en France -qu’elles sont, en outre, seules à pouvoir réguler en fonction des besoins- sans parler de l’utilisation des réservoirs d’eau qui leur sont associés pour l’agriculture, l’industrie ou l’alimentation des populations en eau potable. Une expérience qui doit faire réfléchir.

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(1) Gabriel Amard (Gabrielamard.eu-4/9/2018)
(2) Entretien avec Angélique Schaller (La Marseillaise 8/4/2018)

11 janvier 2019 at 1:13 Laisser un commentaire

ENVERS LES KURDES , A NOUVEAU, UN DEVOIR DE SOLIDARITÉ !

Existe-t-il attitude plus lâche que celle de Donald Trump , qui vient de livrer les combattants et combattantes kurdes des YPG et YPJ du nord de la Syrie à leur ennemi mortel : Erdogan ?

Rappelons que ces militants et militantes constituent le noyau décisif des « forces démocratiques syriennes »,  une coalition militaire créée en octobre 2015 pour chasser le groupe « Etat islamique » (Daesh) de la zone. Unanimement admirés pour leur courage et leur efficacité à libérer ces territoires des troupes de Daesh -on se souvient de leur victoire héroïque contre « l’Etat islamique » à Kobané en 2014 !- , ces hommes et ces femmes ont été, depuis plus de trois ans, soutenus par la coalition internationale menée par les Etats-Unis, notamment sous la forme d’un indispensable appui aérien ainsi que de livraisons d’armes.

Depuis le début, Erdogan s’insurge auprès de Washington contre ce soutien. Sa priorité n’est, en effet, non la défaite des djihadistes -parmi lesquels il compte nombre d’alliés- mais celle des Kurdes de Syrie . Leur crime ? Avoir conquis une certaine autonomie ainsi qu’un réel prestige international, dont il craint l’effet contagieux sur leurs frères de Turquie. Déjà, en mars dernier, bravant Trump lui-même, -qui envisageait alors d’installer dans le nord de la Syrie une « force de sécurité » de 30 000 combattants, essentiellement kurdes, pour empêcher le retour de Daesh- Erdogan avait lancé ses troupes contre les Kurdes de Syrie à Afrin. A présent, il veut aller plus loin, en pénétrant dans la ville syrienne de Manbij (100 000 habitants) pour y affronter les combattants kurdes, et détruire leurs institutions originales patiemment mises en place ces dernières années. Mais cette fois, c’est le Président américain qui lui ouvre la voie en annonçant -contre l’avis de tous ses propres responsables- le retrait précipité de ses forces et équipements militaires. Autrement dit, en plaçant désormais ses anciens alliés kurdes entre la marteau de l’armée turque (secondée par ses milices supplétives syriennes) et l’enclume des troupes de Bachar el-Assad.

Quels peuvent bien être les termes du « deal » ignoble passé entre le milliardaire fantasque et sans scrupule de la Maison-Blanche et le dictateur nationaliste d’Ankara pour conduire le premier à faire ce cadeau cynique au second ? Qu’a donc pu obtenir Trump de la part d’Erdogan, en échange de cet incroyable camouflet infligé par le Président américain à tous les siens et au risque  inouï qu’il fait ainsi courir au monde : celui d’un nouveau chaos propre à revivifier ce qu’il reste du groupe « Etat islamique » dans la région , voire à offrir aux djihadistes étrangers aujourd’hui retenus prisonniers par les Kurdes une chance de pouvoir se libérer et de retourner en Europe ? Il semble que la Turquie ait, en retour, accepté de revenir sur le crime de lès-OTAN qu’elle s’apprêtait à commettre en achetant à la Russie son nouveau système de défense antimissile S-400, jugé incompatible avec la sécurité d’armes de fabrication américaine utilisées par l’armée turque, notamment les avions de combat F-35…La sécurité des Etats-Unis contre celle de ses « alliés » ? Quelles conclusions vont en tirer les dirigeants concernés, en France et en Europe ? Pour nous, aucune hésitation possible : nous avons collectivement envers les Kurdes un devoir de solidarité .

4 janvier 2019 at 10:33 2 commentaires

CE QUE L’AFFAIRE DE MARRAKECH NOUS DIT DE L’EUROPE

Ce 10 décembre fut l’occasion d’une singulière commémoration de la journée internationale des droits humains ! D’un côté, Emmanuel Macron appela, ce jour-là, dans son allocution télévisée, à un débat sur « la question de l’immigration » en liaison avec « l’identité profonde » de la nation, ce qui rappelle de peu glorieux souvenirs. De l’autre, le sommet de l’ONU qui se tenait à Marrakech pour symboliser l’adoption par la communauté internationale du « Pacte mondial des Nations-Unies pour des migrations sûres, ordonnées et régulières » a enregistré une série de défections : en l’occurrence près de la moitié des Etats de l’UE ont, l’un après l’autre, récusé ce texte, accusé d’instituer « un droit à l’immigration ». Il s’agissait pourtant d’un document explicitement non contraignant et soulignant en toutes lettres qu’il « respecte la souveraineté des Etats » , mais qui avait, aux yeux des nationalistes et des xénophobes désormais au pouvoir dans nombre de pays membres, l’outrecuidance d’énoncer 23 objectifs visant -oh, scandale !- à « améliorer la coopération en matière de migrations internationales ». Pourtant, lors des discussions préparatoires à ce « Pacte » au sein de l’ONU, une quasi-unanimité semblait se dégager en sa faveur, à la notable exception des Etats-Unis et d’Israël, aussitôt suivis, notamment, par…la Hongrie d’Orban. Aucun autre État membre de l’UE ne faisant alors défection, la responsable de la diplomatie européenne, Federico Mogherini, annonça d’ailleurs que le texte onusien avait « le plein soutien » de l’UE.

C’était sans compter avec le revirement, aussi spectaculaire qu’indigne, de l’Autriche -qui préside l’UE jusqu’à la fin de l’année !- manifestement soucieuse de ne pas être dépassée sur sa droite par son allié de Budapest qui claironnait haut et fort que l’ONU voulait pousser des « millions de personnes à se lancer sur les routes ». Cette surenchère minable entraîna dans la foulée la quasi-totalité des pays d’Europe centrale et orientale, ainsi que l’Italie de Salvini, dans le rejet de ce texte. Du jamais vu dans une « Union » qui aime tant afficher ses « valeurs » et s’ériger en modèle en matière de coopération avec les Nations-Unis. Devant cette ignominie, il m’est revenu en mémoire le magnifique discours de Kofi Annan sur le même sujet devant le Parlement européen (29/1/2004). Évoquant les souffrances endurées par tant de migrants poussés à s’exiler, le Secrétaire Général de l’ONU clama il y a près de 15 ans cette vérité plus actuelle que jamais : « Le silence qui entoure cette tragédie sur le front des droits de l’homme est une honte pour notre monde (…) Tous les Etats ont le droit souverain de décider quels migrants volontaires ils sont prêts à admettre, mais nous ne pouvons pas tout simplement fermer nos portes ou fermer les yeux sur cette tragédie (…) Seule la coopération permettra de mettre en place, entre les pays d’émigration et les pays d’accueil, les partenariats bénéfiques aux deux parties ». C’est cette évidence que tout un pan de pays membres prétend désormais nier. Cette forme de sécession à laquelle pousse, chaque jour davantage, sur des questions touchant à l’essentiel , un certain nombre de pays membres, représente pour l’avenir de l’UE un problème plus grave que le « Brexit ». Un sacré défi .

20 décembre 2018 at 7:45 Laisser un commentaire

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