Zone euro : n’entrons pas dans leur « guerre »

« La France doit passer d’une économie de paix à une économie de guerre »: le premier que j’aie vu utiliser ce mot hideux de « guerre » à propos de la crise de l’euro était François de Closet, dans le JDD de fin août.  « Face à l’urgence, précisait-il dans une formule très éclairante sur ses motivations, (les) clivages (gauche-droite) n’ont pas cours. »  Foin du débat démocratique, de l’analyse rationnelle des causes, de la confrontation des options, du choix politique clairement assumé: c’est « la guerre »!  Bon, me suis-je dit, on connait l’oiseau, passons.  Mais voilà que, dix jours plus tard, ce fut au tour de l’éditorialiste du « Monde » d’en appeler, à la une, à l’adoption de « l’économie de guerre ».  Nicolas Sarkozy a présenté « un diagnostic très sombre de la situation »: la « pusillanimité » n’est donc pas de mise si l’on veut être « crédible aux yeux des marchés » Re-CQFD!

Le surlendemain, sans doute soucieux de prouver à la sourcilleuse et impitoyable « troïka » (Commission européenne, Banque centrale et Fonds Monétaire international) sa détermination à rajouter encore une couche de « rigueur » à son programme et à accélérer les privatisations attendues impatiemment par les créanciers, voilà que le Premier Ministre grec Georges Papandréou, s’y mettait lui aussi: « Nous devons défendre le pays comme si nous étions en guerre » a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse.  Et je ne parle pas de la sortie très raffinée du ministre polonais des finances, relatant la semaine dernière, dans l’hémicycle du Parlement européen, une observation que lui avait faite « une vieille connaissance » disant carrément craindre « de voir éclater une guerre dans les dix prochaines années. »

Cette brusque inflation de références à la guerre – à propos d’une construction européenne qui s’est toujours enorgueillie d’avoir éradiqué ce cancer dans la réalité comme dans les consciences – traduit quelque chose de profond.  Une récente manchette des « Echos » l’a exprimé sans détours: « le grand désarroi de la zone euro: les dirigeants européens en panne de solutions ».  Comme le reconnait avec humilité Nouriel Roubini, économiste américain devenu mondialement célèbre pour avoir annoncé la crise des subprimes bien avant son éclatement en 2008: « Après avoir tout essayé, les voici démunis ».  De fait, un à un, leurs dogmes s’écroulent.  « Il semble donc – ajoute même Roubini – que Karl Marx avait au moins partiellement raison. »

N’attendons pas des dirigeants européens ou des idéologues de leur modèle en capilotade qu’ils acceptent sans coup férir d’envisager des solutions qui remettent en cause les intérêts qu’ils servent et la doctrine qui les exprime.  Ce débat de fond sur une vision alternative de la construction européenne, c’est aux forces de gauche de l’ouvrir.  C’est le moment ou jamais.

22 septembre 2011 at 1:16 1 commentaire

GARE AU « GOUVERNEMENT ECONOMIQUE EUROPEEN »!

L’atmosphère est de plus en plus électrique dans les milieux dirigeants de la zone euro.  Intervenant après nombre d’expressions publiques contradictoires et même de violentes polémiques sur la conduite à tenir face à « la plus grave crise depuis la seconde guerre mondiale » (Jean-Claude Trichet), la démission surprise du numéro deux – allemand – de la Banque centrale européenne, la semaine dernière, illustre la profondeur du désarroi qui règne au sommet de l’ « Union ».  Il y a, cependant, trois points très cohérents sur lesquels toute cette « élite » se retrouve pleinement.  Un: hors du « désendettement » à marche forcée, quelqu’en soit le coût social (et le risque de récession), point de salut!  Deux: comme les reculs sociaux sont difficiles à imposer durablement aux peuples, les politiques  économique et budgétaire, voire sociale, ne peuvent plus être laissées entre les mains des parlements – trop influençables par les citoyens et les mouvements sociaux – ni même des gouvernements, fragilisés par… le suffrage universel.  Trois: pour « rassurer les investisseurs » sur le marché financier, il n’y a pas d’autre issue que de soustraire à leur tour ces politiques (comme c’est déjà le cas de la politique monétaire) aux aléas du débat public et des échéances électorales de chaque pays,  pour les confier à une autorité unique, européenne, tenue à des « règles » coercitives, chargée de veiller au respect de la « discipline » et dotée du pouvoir de « sanctionner » les contrevenants.

         Il s’agit là de la conception la plus autoritaire du fédéralisme, très éloignée de l’utopie d’apparence généreuse et solidaire propagée au début de la construction européenne.  Dans certains pays membres, les promoteurs de ce projet de « saut fédéral » qualifient celui-ci de grand pas vers « plus d’Europe », en misant sur la persistance supposée de l’attachement d’une large partie de l’opinion publique à cet « idéal ».  En France, où la perspective d’un tel renoncement au débat démocratique et à l’exercice de la souveraineté populaire est massivement rejetée, ses partisans évoquent plus volontiers le vocable très ambigu de « gouvernement économique ».  Nicolas Sarkozy en a fait son cheval de bataille, mais tant le PS qu’ Europe Écologie-les Verts s’y réfèrent également.  Or, tous sont forts discrets sur les implications concrètes de leur « solution ».

Il est grand temps de clarifier, aux yeux du plus grand nombre, les enjeux réels d’un tel basculement!  La campagne pour les élections présidentielles et législatives, en particulier ne saurait faire l’impasse sur un choix aussi fondamental, qui appelle, au contraire, des confrontations d’idées franches et précises.

        Certes, il y a loin de la coupe aux lèvres!  Ces bouleversements ont peu de chances de s’imposer en l’état, encore moins à court terme.  Cependant, l’impasse du système actuel est si explosive que le choix va, de plus en plus, se résumer à deux options ou la fuite en avant de type fédéral pour tenter de faire passer par la contrainte centralisée ce que la voie démocratique ne permet pas d’obtenir dans chaque pays, ou un changement de cap structurel de la politique européenne [1].  Dans l’imbroglio de la période que nous vivons, chaque initiative politique peut donner une impulsion décisive à l’une ou à l’autre des deux options.  Une opportunité à saisir par les forces de  gauche….

15 septembre 2011 at 2:19 1 commentaire

George Bush a développé une vision apocalyptique du monde

L’Interview paru le  9 septembre 2011 dans l’Humanité

Quelle a été l’influence des attentats du 11 septembre 2001 sur la décennie écoulée ?

Francis Wurtz. En décidant de mener la guerre au terrorisme, plutôt 
que de s’attaquer aux racines profondes du mal, les États-Unis de George Bush ont donné un tour sécuritaire sans précédent qui s’est soldé par un échec retentissant. Cela a conduit à une vision apocalyptique du monde qui a légitimé les guerres en Afghanistan et en Irak. En 2003, au moment même où George Bush célébrait la victoire de ses troupes en Irak, l’Union européenne mettait au point son actuelle doctrine stratégique qui épouse cette vision américaine du monde. L’autre principale conséquence 
du 11 septembre est la mise à mal d’acquis démocratiques 
et de liberté au nom de la sécurité et de la prévention du crime. 
Depuis le 11 septembre 2011, il n’y a plus de droit sanctuarisé.

Mort de Ben Laden, retrait programmé de l’Otan d’Afghanistan, printemps arabe…Une page des relations internationales est-elle 
en train de se tourner ?

Francis Wurtz. On ne tournera pas une page simplement parce que l’on commémore le dixième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 à New York. Même si des événements significatifs et très sains 
sont apparus, comme le mouvement des Indignés ou le printemps arabe, mettant en cause cette conception de l’ordre intérieur et international, un changement ne va pas intervenir comme cela. La logique de force prévaut toujours même si l’opinion publique est davantage prise en considération. Les États-Unis ne peuvent plus faire n’importe quoi. Pour que cela change réellement, il faut qu’il y ait un courant politique suffisamment fort pour porter une conception alternative des relations internationales. Autant il y a des éléments d’une telle aspiration, autant on est encore loin du compte. C’est pourquoi, il faut inscrire ce changement 
sur le prochain agenda des forces démocratiques dans le monde.

12 septembre 2011 at 7:48 1 commentaire

Older Posts Newer Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 297 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

Mai 2026
L M M J V S D
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031

Archives

Catégories

Pages

Pages