LA « GOUVERNANCE ECONOMIQUE » DE L’EUROPE : PROGRES OU MENACE ?

Rarement l’Union européenne n’a connu situation aussi instable voire chaotique au plus haut niveau de ses institutions. Cette crise politique est le reflet tout à la fois des problèmes explosifs de nombre de pays membres et de l’épuisement du modèle qui structure l’actuelle construction européenne elle même.

Particulièrement éclairant est, à cet égard, l’état des lieux des pays censés assurer successivement la présidence tournante du Conseil européen tous les six mois. Depuis le 1er juillet dernier, il s’agit de la Belgique, qui vient de connaitre le séisme électoral que l’on sait. La victoire écrasante du nationalisme flamand y met en question la survie même de l’Etat. Comme en Autriche ou en Italie, la paupérisation de régions entières, la montée des inégalités sociales, l’absence de perspectives démocratiques et solidaires y ont fait le lit du populisme -au demeurant tout à fait compatible avec les thèses de l’Europe libérale. Avant la Belgique, c’est l’Espagne qui avait la charge de diriger les affaires de l’Union européenne. La vitrine du libéralisme triomphant venait de voir son économie s’effondrer comme un château de cartes et le chômage s’envoler. C’est ce gouvernement décrédibilisé qui prétendait conduire l’Europe vers la « sortie de crise »…Quant à la prochaine présidence semestrielle, elle va échoir au 1er janvier 2011 à la Hongrie -autre ex-référence des libéraux -actuellement placée sous la coupe du Fonds monétaire international et confrontée, de l’aveu même du Président de la Commission européenne, M. Barroso, à « une situation très délicate, soyons clair». Voilà trois pays représentatifs de toute la diversité de l’UE : pays fondateur de la Communauté européenne, gouverné par les chrétiens-démocrates et situé au Nord de l’actuelle Union, dans le cas de la Belgique; pays dit « de la cohésion » ayant rejoint l’UE après la chute de la dictature, longtemps principal bénéficiaire des fonds structurels européens, gouverné par les socialistes et situé au Sud de l’Europe, dans le cas de l’Espagne; enfin pays du grand élargissement de 2004,aujourd’hui dominé par la droite dure et la droite extrême, et situé à l’Est, dans le cas de la Hongrie…Leur seul point commun est d’avoir fait pleinement leur le modèle libéral des traités européens.

Autre symptôme de cette crise politique au sommet de l’UE : le très rigide Président de la Banque centrale européenne, M. Trichet, a réussi à se faire publiquement critiquer…pour sa prétendue flexibilité vis-à-vis des pays fortement endettés, par le candidat à sa succession, M. Axel Weber, l’actuel patron de la puissante Bundesbank ! En vérité, il n’y a, ces temps-ci guère que la Chancelière allemande, Mme Merkel, à imposer ses vues, plus décomplexées que jamais.

C’est dans ce contexte que le « Président permanent «institué par le traité de Lisbonne, M. Herman Van Rompuy, a été chargé de préparer des propositions visant à « améliorer la gouvernance économique » de l’UE. On aurait envie d’y voir une chance de progrès. Hélàs, ce que l’intéressé vient de nous confirmer de ses projets montre qu’il s’agit au contraire d’une nouvelle menace: celle d’un accroissement de la « discipline budgétaire » ,donc d’un renforcement du Pacte de stabilité, assorti d’une palette de « sanctions », de pressions en matière de « compétitivité » et de nouvelles formes de déni de souveraineté populaire. Là dessus, a précisé M. Van Rompuy, »tout le monde est d’accord ». Vrai ?

8 juillet 2010 at 7:33 Laisser un commentaire

L’EUROPE SOLIDAIRE A RENDEZ-VOUS A ISTANBUL

         « Un autre monde est possible! »  Dix ans déjà que ce slogan, alors novateur, a commencé à rassembler militants de gauche et acteurs sociaux des cinq continents.  Depuis la chute du Mur de Berlin, le capitalisme se voulait triomphant et éternel.  Le rassemblement gigantesque contre la Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), à Seattle (USA), en novembre 2009, donna le signal de la contre-offensive progressiste à l’échelle de la planète.  Dans la foulée, naquit l’idée d’un « forum social mondial » (FSM) comme réplique populaire au « forum économique mondial » de Davos – ce rendez-vous annuel informel des ténors du capital et de leurs principaux interlocuteurs politiques.  Le Parti des Travailleurs du Brésil, le « parti de Lula », proposa de tenir ce nouveau lieu d’échanges alternatifs à Porto Alegre.  Il proposa, dans le même temps, à notre groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE-NGL) au Parlement européen de constituer en commun un « Forum parlementaire international » au sein du FSM.  Ce qui fut fait.  Magnifique expérience alliant le sérieux des débats de fond à la chaleur humaine de la solidarité internationale.

          Au fil des ans, ce processus se diversifia, notamment en se régionalisant une année sur deux.  Ainsi, pour la sixième fois, se tient (du 1er au 4 juillet 2010) un « Forum social européen », cette fois symboliquement, à Istanbul, en Turquie, pour signifier qu’aux yeux des progressistes, ce pays a toute sa place en Europe – non seulement lors de l’euro de foot…, mais aussi pour l’organisation de la vie sociale et politique du continent!  Une fois encore, quelque 10 000 voix de cette Europe  solidaire que nous aimons vont se faire entendre sur des thèmes en rupture avec les orientations en vigueur: « Crise sociale et économique: résistance et alternatives »; « Des droits sociaux pour une Europe sociale »; « Quel type de démocratie? Promotion des droits civils et politiques »; « Contre l’Europe forteresse »; « L’égalité contre les discriminations.  L’alternative féministe »; « Sauvons la planète »;  « La paix contre la guerre » et notamment le rejet de l’occupation des territoires palestiniens; « la jeunesse : le droit à l’éducation, au travail et à un avenir »; « L’Europe et le monde: coopération et développement » etc…

          Naturellement, ce type de forum a une limite: il n’ouvre pas par lui-même de débouché politique.  C’est sans doute parce qu’une partie des progressistes qui se sont investis dans les premiers rassemblements de ce type espéraient en voir éclore quasi-spontanément cet « autre monde » dont la nécessité est si vivement ressentie qu’il en a résulté une forme de déception ou de lassitude qui s’est traduite par un affaiblissement du mouvement altermondialiste.  C’est que, pour transformer la société, dépasser le capitalisme, changer le monde, rien ne permet de faire l’économie d’un combat politique, en liaison avec les luttes sociales, organisé dans la durée, à l’échelle de chaque pays et en coopération étroite avec le plus de partenaires possibles d’autres pays, notamment au niveau d’une région structurée comme l’Union européenne.  Forums sociaux et combat politique sont complémentaires et doivent s’articuler.

          Aussi est-il heureux qu’à côté des mouvements sociaux et de réseaux progressistes – comme « Transform » -, un parti politique tel que le PCF soit présent à Istanbul et que son premier dirigeant y débatte des « réponses politiques à la crise ».

1 juillet 2010 at 3:31 1 commentaire

Europe. « Soyons lucides : le compte n’y est pas »

Dimanche dernier,dans son discours de clôture du 35e congrès du PCF, Pierre Laurent,à peine élu secrétaire national de ce parti,a évoqué à plusieurs reprises la dimension européenne des combats à venir.Mieux: ses deux premiers déplacements concernent le Forum social européen (FSE,le 2 juillet prochain à Istambul) et le Parti de la Gauche européenne (PGE, le 12 juillet à Bruxelles).Voilà qui augure bien de l’engagement européen du Parti communiste dans la période cruciale qui nous attend.

Mesurons bien,en effet,dans quelle période historique nous sommes entrés.Face au tourbillon de la crise du capitalisme,les dirigeants européens -les Sarkozy,Merkel,Barroso (Commission européenne),Trichet (Banque centrale européenne)…-tout à leur refus de s’attaquer aux racines du mal,ont choisi une irresponsable fuite en avant.Le tournant de l’hyper-austérité que vient de prendre l’Union européenne;sa capitulation devant la boulimie des marchés financiers;son arrogance vis-à-vis des Etats membres en difficulté;sa prétention à piétiner partout,non seulement les acquis sociaux les plus emblématiques -comme la retraite – mais la souveraineté populaire elle-même,par exemple en s’arrogeant un droit de contrôle des budgets nationaux préalablement à leur examen par les parlements concernés, ne nous donnent qu’une petite idée de ce que nous réserve un système qui s’embale.Il ne s’agit pas d’un mauvais moment à passer.Un nouvel engrenage est enclenché,dont nul ne peut dire jusqu’à quelles extrémités il peut nous entrainer.

Voilà pourquoi ce n’est pas une « régulation » du système à la marge qui nous protègera du pire.C’est d’un processus de ruptures progressives avec la logique et les règles en vigueur que nous avons besoin.Ce que Pierre Laurent,citant Jean Jaurès,a appelé « une évolution révolutionnaire ».Dans le sens d’un dépassement du capitalisme.Or,nous ne relèverons pas un tel défi dans les limites de l’Hexagone.Une coopération étroite avec toutes les forces de la gauche européenne qui y sont prêtes ne peut plus être une sorte de supplément d’âme:elle est désormais une composante essentielle de toute action crédible visant à transformer la société.Pierre Laurent a traduit cette exigence par un appel à « des efforts de convergence redoublés ».

Le Forum social européen va offrir une occasion d’avancer dans cette voie.C’est le 6e rendez-vous de ce type que se fixent des miliers d’acteurs sociaux du continent.Mais celui de cette année aura la particularité de se situer en pleine offensive des « marchés »-et des gouvernements à leur service – contre les peuples.Le besoin de réponses de fond,impliquant des choix politiques,s’y exprimera nécessairement.Des pas qualitatifs peuvent donc être franchis lors des nombreuses rencontres d’Istambul,dans le sens des convergences souhaitées.

Quant au Parti de la Gauche européenne (PGE) -dont le PCF est un membre fondateur-il prépare , dans ce contexte brûlant,son 3e congrès,qui se tiendra pour la première fois à Paris,les 3 et 4 décembre prochains.Le moment est donc,là aussi,particulièrement propice aux confrontations d’expériences et d’idées ainsi qu’aux actions communes pour la résistance et l’alternative en Europe.D’ores et déjà,nous apprenons des luttes et des débats politiques en Grèce,au Portugal,en Espagne…Inversément,c’est avec beaucoup d’attention qu’un représentant du PGE a suivi les travaux du congrès du PCF.Mais, soyons lucides: le compte n’y est pas !Face à la coordination étroite,permanente et organisée entre les principaux dirigeants européens,la gauche fait pâle figure.Franchir une étape décisive dans le travail commun pour faire vivre,en liaison avec les luttes,des alternatives crédibles:tel est le défi à relever.Maintenant.

25 juin 2010 at 2:53 Laisser un commentaire

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